Mise en ligne le Dimanche 28 Janvier 2018
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BORDEAUX / LYON (3-1) : Ils avaient mangé du Lyon et ont lâché les chevaux...

Elles ne sont pas nombreuses aujourd'hui, les équipes du championnat à avoir laissé cette saison 6 points sur 6 possibles au Stade Malherbe de Caen, plus faible attaque de Ligue 1. Mais celles qui ont pris 4 points sur 6 et marqué 6 buts aux Lyonnais sur les deux rencontres sont tout aussi rares. Les Girondins ont pourtant réussi le tour de force de combiner ces deux "performances", ce qui n'est pas le moindre des paradoxes et qui démontre s'il en était encore besoin combien le football tient à peu de choses. Après le match-référence à l'extérieur de la semaine passée, à Nantes, est donc venu le match-référence à domicile que les supporters attendaient depuis le début de la saison. Dans le prolongement logique - et espéré - de l'excellente impression nantaise et amorçant une série de deux victoires consécutives, honneur que les Girondins n'avaient plus connu depuis le 23 septembre dernier (victoire à Toulouse 1-0 puis contre Guingamp 3-1). Même si le match de Marseille, en cas de victoire, aurait pu être ce match-référence (mais à cette époque, rien ne souriait aux bordelais, à qui il avait manqué 15 secondes), ce succès face à l'une des équipes du Top 4, qu'on attendait à Bordeaux depuis près de deux ans et demi (victoire 3-1 déjà contre...un OL diminué le 26 septembre 2015, puis Monaco un mois et demi plus tard sur le même score, sous l'ère Sagnol) confirme le renouveau de ce groupe, amorcé à Troyes avant le départ de Jocelyn Gourvennec. Sans doute les Lyonnais peuvent-ils invoquer au moins un fait de jeu qui leur fut défavorable, le premier penalty concédé par Morel sur Malcom (26e) qui vit le référé M.Letexier hésiter quelques fractions de secondes avant de décider de siffler. Mais l'exclusion sévère d'Otavio (76e) pour un second jaune consécutif à une prétendue faute sur Fekir qui a passé toute la soirée à plonger aux abords de la surface pour espérer obtenir des coups-francs dont ses partenaires ne firent jamais bon usage, sauf sur celui de Depay repris en deux temps que Costil sortit au prix d'un superbe arrêt-réflexe du poignet (78e), après une première envolée décisive sur un coup-franc enroulé du capitaine des Gones (51e), a de toute façon rééquilibré la donne, et cette fois-ci ce sont les Girondins qui ont dû finir la rencontre avec le couteau entre les dents, comme l'avaient fait les lyonnais à l'aller après l'exclusion de Gonalons. Du reste, si le référé a vu rouge sur l'action anodine du brésilien, on peut se demander pourquoi il n'a pas appliqué la même sanction en première période à Rafael, déjà averti, et qui ne fit rien pour stopper sa course et éviter de heurter De Préville de plein fouet, pour un KO en règle des deux joueurs pendant quelques instants (40e). Et puis, les Girondins avaient été tant de fois spoliés en la matière depuis trois mois (Caen à l'aller et au retour, Toulouse en Coupe de la Ligue, Granville...) qu'on n'allait tout de même pas pleurer que la roue tourne enfin. Mais ce succès indiscutable sur un OL qui fut autant anesthésié ce dimanche qu'il avait été lumineux et irrésistible contre Paris puis à Monaco durant la semaine, les Girondins ne le doivent pas qu'aux faits de jeu. Cette équipe a enfin évolué à son vrai niveau, quadrillant le terrain avec une rigueur qui fit rapidement déjouer des Lyonnais pourtant venus au grand complet, cette fois. C'est un contre d'école qui amena le premier but de la partie, quand un ballon sorti par Meïté, puis récupéré par le très actif Laborde, trouva Malcom sur le côté droit. Le centre en retrait du brésilien retrouvait Meïte à l'entrée de la surface mais le monégasque avait la lucidité de servir De Préville, oublié au marquage par Rafael et mieux placé que lui sur le flanc gauche, dont la frappe en pleine course de l'intérieur du pied fusillait Lopes (1-0, 21e). Les Girondins laissaient, comme prévu, le ballon aux lyonnais (57% de possession aux visiteurs sur le 1er acte) mais chacun de leurs contres était menaçant. Sur le second du match, ils profitaient d'une mauvaise relance lyonnaise, pour pousser Morel, peu à son avantage sur ce match (qu'il réussit néanmoins à terminer sans carton jaune, une performance...) à accrocher Malcom qui avait intercepté un ballon brûlant. Certes, la faute était sans doute moins évidente que celle de Diakhaby sur ce même Malcom la saison dernière que M. Schneider avait oubliée, privant ce soir-là les bordelais d'un succès probable. Penalty ou pas, toujours est-il que le Brésilien enquillait son 8e but en prenant Lopes à contrepied (2-0, 26e). Les 30 000 spectateurs du Matmut n'en croyaient pas leurs yeux, pas plus que le Virage Sud (photo) qui s'était paré de nouveaux atours. Entre ce Bordeaux rigoureux et réaliste et l'équipe de garnements incorrigibles qui s'était sabordée contre Strasbourg (0-3) le 8 décembre ou à Granville, par exemple, il existait un monde d'écart, une galaxie même, on avait du mal à croire qu'il s'agissait bien des mêmes hommes. Lyon, qui ne parvenait pas à trouver la profondeur dans une défense centrale bordelaise une nouvelle fois impériale, à l'image d'un Fékir très nerveux et plus occupé à discuter avec le référé, devait patienter jusqu'à la 43e minute pour enfin se créer une occasion digne de ce nom. Occasion qui allait malheureusement faire mouche, avec la complicité involontaire de Meïte, auteur d'un dribble improbable sur la ligne de but qui occasionna un corner tout à fait inutile. Sur celui-ci, tiré de la droite par Fekir, Marcelo surgissait au point de penalty, totalement seul, et fusillait Costil d'une imparable reprise de la tête (2-1, 43e) pour le...16e but de la saison encaissé par Bordeaux sur coup de pied arrêté. Simple péripétie cette fois quand on craignait que ce but fasse changer l'espoir de camp. Car au bout du temps additionnel du premier acte, et d'un centre de la droite de Malcom trop haut pour De Préville qu'on crut perdu pour tout le monde, Bordeaux allait au contraire porter le coup fatal. Le tournant du match, sans doute, et une action qui résume à elle seule le changement fondamental d'état d'esprit des Girondins qui s'est opéré depuis leur réveil à Troyes le 14 janvier (0-1). Comment aurait-on pu imaginer en effet qu'un bordelais irait faire le pressing sur ce ballon offensif donné perdu à cent contre un, quand, il y a un mois encore, les bordelais ne se fendaient même pas, dans ce domaine, du minimum exigible de leurs tâches défensives, en étant simples spectateurs où en courant à côté de l'adversaire sans le contrarier sur plus de 3 mètres ? Qu'on se rappelle ou que l'on revisionne les buts encaissés à Dijon, contre Strasbourg, Montpellier ou à Granville...Or, cette fois, Maxime Poundjé ne rechigna nullement à aller empoisonner l'adversaire sur ce ballon de rapine sur le coté gauche, où Cornet et Lopes se firent inexplicablement des politesses...au point d'obliger le portier des Gones à la plus inutile des fautes sur le latéral bordelais, qui s'était intercalé et s'apprêtait à profiter de l'offrande. Indiscutable cette fois-ci, la faute était logiquement sanctionnée d'un second penalty que Laborde, en force, transformait en plein milieu (3-1, 45e + 2). Le plus dur était fait pour les Girondins, à condition de ne rien laisser au hasard en seconde période et de ne pas trop reculer. Les deux remplacements opérés par Genesio aux citrons (Tete et Depay à la place de Rafael et Tousart) ne changèrent rien à l'affaire. Si l'OL tint encore le ballon en seconde période, ce fut souvent en pure perte et c'est bien Bordeaux qui, sur contres, continua d'être le plus dangereux, par De Préville d'une tête décroisée sur un centre de Laborde (55e), Lerager qui frappa de peu à coté (58e), De Préville, encore omniprésent sur cette rencontre, à la réception d'un centre de Poundjé (70e) ou Meïte, qui monte en puissance au fil des matches, dont le centre-tir après un face-à-face avec Lopes longea la ligne de but sans que personne ne puisse le pousser au fond de la cage déserte (85e). La métamorphose des Girondins se poursuit, mais eux, au moins, ne seront pas changés en cafard, comme le héros de Kafka (*). Le cafard et la tristesse, justement, ils avaient été laissés aux vestiaires et ils semblent derrière eux désormais. Pourvu que ça dure...Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral depuis le Matmut Atlantique de Bordeaux aux côtés de Laurent Dauriac, entraîneur du FC Libourne, écoutez les réactions des deux entraîneurs, Bruno GENESIO (OL) puis Gustavo POYET (FCGB) le coach bordelais qui a donc connu sa première victoire au Matmut, et des deux présidents, Stéphane MARTIN (FCGB) et Jean-Michel AULAS (OL). D'autres réactions bordelaises et lyonnaises à écouter ce lundi 29 janvier dans nos journaux de 6h à 18h, puis dans Sports Magazine à partir de 18h30.



(*) "La métamorphose", nouvelle de l'écrivain tchèque de langue allemande Franz Kafka, publiée en 1915, raconte les mésaventures d'un réprésentant de commerce qui se réveille un matin transformé en insecte monstrueux, scarabée ou cafard.