Mise en ligne le Dimanche 16 Septembre 2018
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BORDEAUX / NIMES (3-3) : Ricardo a du pain sur la planche...

Le malade girondin aura échappé de peu aux dents féroces des Crocodiles, dans un match paradoxal et spectaculaire, incertain jusqu'au bout, mais à déconseiller aux puristes du football, qui n'y auront sans doute pas trouvé leur compte, tant il aurait pu s'inscrire dans le cadre d'une journée Portes Ouvertes. Adepte de la rigueur défensive qui avait mené Bordeaux en Champions Ligue et permis de rafler la Coupe de la Ligue, Ricardo Gomez Raymundo, le manager girondin qui s'est assis pour la première fois sur le banc de touche d'un stade qui n'existait même pas quand il a quitté Bordeaux en 2007, a pu mesurer l'ampleur du travail qui l'attend pour tenter de redonner à sa formation une base défensive digne de ce nom. Car pour l'instant, c'est peu d'écrire que sans Pablo, actuellement blessé, les Girondins, avec 10 buts concédés en 5 matches dont la moitié sur des coups de pied arrêtés (domaine dans lequel ils furent encore à l'agonie ce dimanche, même si le mal n'est pas nouveau et dure depuis trop de saisons), n'ont pas encore trouvé la recette qui leur permettrait de voyager loin et d'entretenir les ambitions affichées par leur futur repreneur. Peu d'écrire aussi qu'après ce match, dont on espérait qu'il effacerait la sale impression laissée à Rennes et rassurerait les supporters sur la qualité du jeu bordelais, l'inquiétude est grandissante, à la veille d'entamer la phase de poule de l'Europa League et d'aller défier ce jeudi 20 septembre (en direct intégral sur nos ondes) un Slavia Prague qui sera d'un tout autre calibre que le promu gardois. Lequel jouait dimanche sans ses deux milieux titulaires de la saison passée et enregistrait le retour du vétéran Lybohy (35 ans) en défense centrale, jamais associé encore au capitaine Briançon. On a eu du mal à remarquer ces absences importantes, tant les Gardois ont rarement été poussés dans leurs derniers retranchements. Ricardo a 4 jours pour tenter de trouver un début de solution aux errances difficilement pardonnables qui furent affichées face au promu, privant Bordeaux, qui a pourtant mené 2 fois au score, d'une victoire qui n'aurait jamais dû lui échapper avec un minimum de rigueur et un peu moins de condescendance. De quoi verser quelques larmes...de Crocodiles. Dans le style rigoureux et efficace sans être flamboyant, on avait préféré la qualification contre Gand (2-0). Là, on a vu tout le contraire, entretenu il est vrai par une formation gardoise joueuse comme peu d'équipes le seront cette saison au Matmut, jamais battue ni abattue mentalement, et qui n'a pas volé ce partage des points. On peut même dire que Bordeaux s'en sort bien car la formation de l'ex-bordelais Bernard Blaquart (qui fut coéquipier de notre consultant Michel Le Blayo sous le maillot girondin à la fin des années 70) aurait très bien pu mener plus largement à la pause, et il y a gros à parier que dans ce cas, Bordeaux ne serait pas revenu. Si Sankharé, par ailleurs bien trop indolent dans l'effort et la concentration, à l'image de certains de ses coéquipiers, avait allumé la première mèche, d'une frappe lobée obligeant Bernardoni à une belle manchette (17e), la possession de balle avait été équilibrée jusqu'alors, Nîmes répliquant par un corner de la gauche de Bobichon et une tête de Ripart totalement oublié au premier poteau repoussée par l'extérieur du montant (24e) alors que Costil n'avait pas bougé. Le ton était donné et cet avertissement sans frais aurait dû inciter les bordelais à redoubler de vigilance. Une subtile déviation de Sankharé mettait le très actif Briand sur orbite sur le flanc gauche de la surface, qui calmement et du plat du pied malgré l'angle fermé, trompait Paul Bernardoni d'un petit ballon dans le soupirail, avec la complicité du poteau (1-0, 27e). Joie de courte durée car, sur un ballon perdu par le même Sankharé, le remuant turc Bozok - peut-être le meilleur nîmois avec Ripart - déposait bien trop facilement Poundjé sur le flanc droit et offrait un caviar sur la ligne des 5,5 mètres au second poteau pour Guillaume, lâché au marquage par Lewczuk qui avait couvert le hors-jeu au départ de l'action (1-1, 31e). 4 erreurs individuelles sur la même action, difficile de faire pire. Kamano, d'une frappe sans élan au ras du montant (34e), tentait bien de donner le change, mais les Gardois monopolisaient le ballon, les Girondins continuant d'évoluer sur courant alternatif, avec parfois de bonnes séquences et d'autres où, simples spectateurs, ils en étaient réduits à courir après un ballon insaisissable. C'est d'ailleurs une de ces séquences de passivité coupable que la sanction allait tomber, sous la forme d'un ballon traînant devant leur surface qui aurait dû être dégagé depuis longtemps, mais personne ne prit le relais du tacle de Lerager sur l'action, sauf Palencia, obligé de commettre une faute à 18 mètres, légèrement sur la gauche. Le coup-franc chirurgical du pied droit de Bobichon, hors de portée d'un Costil placé bien loin de son poteau (réplique quasi-parfaite du coup-franc de Traoré qu'il avait encaissé à Lyon la saison passée sur un placement similaire) et peut-être masqué par un mur imposant, forçait l'admiration (1-2, 44e) et déclenchait derechef une belle bronca avant les citrons. Le second acte ne dissipait pas les doutes bordelais, Nîmes continuant d'attaquer comme s'il avait deux buts à remonter, par un bloc très haut qui conduisait les Girondins à un nombre incalculable d'erreurs techniques et de contrôles manqués. Pourtant, un bon pressing et un grand pont de Palencia sur le flanc droit suivi d'un centre en retrait fatal, permettait à Jimmy Briand de surgir au premier poteau dans un trou de souris et de relancer Bordeaux (2-2, 55e). Dans la foulée, et enfin convaincus du bien-fondé d'un pressing sur l'adversaire qu'ils n'avaient jusque là guère exercé, les Girondins trouvaient encore la faille en récupérant le ballon dans les pieds de leurs adversaires à 30 mètres de leur but grâce à Plasil, avant que Kalu n'assène une frappe du gauche imparable à ras de terre de 20 mètres, victorieuse et encore aidée par le montant (3-2, 57e). Leur erreur fut alors de ne pas insister dans leur pressing pour mettre KO pour de bon un adversaire qui, pour la première fois du match, mettait un genou à terre. Et de se remettre à subir. Après un nouveau coup-franc de Bobichon boxé par Costil (76e), la défense girondine, nettement moins carrée dans son alignement que la Maison du même nom qui fait la fierté de la cité gardoise, se faisait prendre comme une débutante, Lewczuk étant encore à la traîne,  et Bozok filait seul dans son dos ajuster Costil (3-3, 77e). La rencontre, assez débridée, pouvait alors basculer d'un côté ou de l'autre, à l'instar d'un épique Angers / Nîmes du mois d'août (3-4), mais plus rien n'allait finalement être marqué. On aurait aimé se réjouir du premier doublé de Briand et du premier but de Kalu sous leurs nouvelles couleurs en championnat, ou du sympathique retour à la compétition de Sabaly et des premiers pas girondins de Cornelius, qui entrèrent tous deux en fin de match. Mais c'est plutôt un sentiment d'inquiétude et de flou pas très artistique qui prévaut pour l'instant, comme celui, sans doute, des supporters girondins qui, dans un Matmut qui sonnait creux (15 000 spectateurs) ne se sont pas privés, avant, pendant et après le match, de faire savoir par des banderoles puis par la vox populi, leur désapprobation sur la future orientation du club. Avec 4 misérables points, Bordeaux reste pour l'instant enlisé dans la zone rouge. Les adversaires qui l'attendent d'ici la fin de ce mois (Guingamp, Lille, Reims) ne seront sûrement pas plus faciles à dompter que les Gardois. Surtout s'il continue à tourner à deux buts encaissés par rencontre. Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo, écoutez les réactions des deux entraîneurs, Bernard BLAQUART (Nîmes Olympique),et Eric BEDOUET (FCGB). De nombreuses autres réactions bordelaises et nîmoises à écouter ce lundi 17 septembre dans nos journaux de 6h à 18h, puis dans Sports Magazine à partir de 18h30.