Football (10e Journée - Ligue 1) : Bordeaux / Montpellier (0-2) : the AMERICAN DREAM : How deep can they go ? (*)


07 novembre 2020

Bordeaux pouvait réagir en s'imposant face à Montpellier, après une lourde défaite contre Monaco (4-0), une semaine auparavant. Encore terriblement à la peine sur le plan offensif, Ben Arfa semblant une fois de plus le seul élement à même d'apporter un peu de danger, les hommes de Jean-Louis Gasset se sont inclinés pour la première fois à la maison contre une équipe de Montpellier plus réaliste et conquérante, pourtant privée (entre autres) de Hilton son capitaine emblématique et de Le Tallec, tous deux suspendus.

Les Girondins doivent "travailler" comme l'a répeté plusieurs fois le Brésilien, Pablo. Même après plusieurs discussions tout le long de la semaine, où Jean-Louis Gasset, Laurent Koscielny avaient tapé du poing, et où même Alain Roche s'était fendu d'une visite de vestiaire, les Girondins n'ont montré aucune réaction, ce samedi soir. Dans la droite ligne de leur Bérézina monégasque. Peuvent-ils tomber plus bas ?

Film du match :


Jean-Louis Gasset
n'a toujours pas trouvé la formule pour l'instant, face à Montpellier où il alignait un 4-2-3-1 avec Oudin et Zerkane sur les ailes, De Préville une nouvelle fois sur le banc, Maja de retour en pointe de l'attaque bordelaise et Kwateng qui retrouvait son poste de défenseur droit.

La première période fut assez équilibrée et disputée dans la retenue entre deux équipes du milieu de tableau, malgré plusieurs alertes languedociennes (Savanier 13e, Delort 14e, Laborde, 33e après une bévue de Pablo), et une bonne fin de première période des Girondins, avec Ben Arfa qui s'infiltrait dans l'axe en fixant quatre défenseurs, mais était gêné par la présence d'Oudin et croisait trop sa frappe, détournée par Bertaud (40e). Avant la pause, Bordeaux s'offrait une dernière occasion d'ouvrir le score avec Mehdi Zerkane, avec une frappe enroulée qui filait juste au-dessus de la lucarne de Bertaud, battu (0-0, 45e). Ce devaient être hélas les deux premières et dernières vélléités girondines de la journée...Infiniment trop peu pour espérer battre une équipe de ce calibre. 



Montpellier démarrait la seconde période avec plus de rythme et de fraîcheur, le bloc héraultais était assez haut et récupèrait rapidement le ballon face à un milieu de terrain bordelais qui, comme à son habitude, commençait à se déliter dangereusement. Sambia trouvait Gaëtan Laborde côté droit qui enrhumait un Benito transparent, l'ancien Bordelais sans opposition centrait en retrait pour Florent Mollet qui ouvrait le score calmement au milieu de 3 bordelais (Koscileny, Pablo et Oudin) placés très loin de lui (0-1, 49e) alors que deux autres montpelliérains étaient absolument seuls au second poteau. Encore un marquage à la Covid-19 (distance minimale oblige), comme à Marseille et à Monaco. "L'état d'esprit était là, c'était le minimun syndical de se battre. Puis le but d'entrée nous fait mal. Quand on prend un but, on est obligés de passer à quelque chose de plus offensif et de temps en temps on perd le milieu. Et face à des joueurs comme Mollet, Savanier, Ferri qui ont une maîtrise technique, ils nous ont fait courir." déclarait Jean-Louis Gasset.

Koscielny et les siens n'avaient aucune réaction, ne communiquaient pas, et n'exerçaient pas un pressing collectif coordonné. Montpellier profitait alors des faiblesses de la défense bordelaise pour doubler la mise grâce à Andy Delort, après un ballon perdu par Ben Arfa, récupéré par Laborde pour un contre express de Savanier plein axe (0-2, 66e), qui signait son 4e but personnel de la saison d'une frappe croisée du gauche à ras de terre. "Le second but nous plombe complètement et le match est perdu sur la 2e mi-temps contre une équipe plus forte que nous." analyse l'entraîneur Bordelais.

Menés au score pour la 4e fois de la saison (après l'avoir été à Lens, Marseille et Monaco), les Girondins se sont une nouvelle fois montrés incapables de remonter leur retard, avec une seconde période à zéro occasion de but digne de ce nom. Hormis Koscielny qui a joué les pompiers de service, Costil qui a sorti un ou deux autres ballons chauds mais s'est retrouvé livré à lui-même sur les deux buts, et Ben Arfa qui s'est souvent retrouvé bien seul au point de devoir surjouer parfois, chacun à leur manière tentant d'éviter l'inéluctable, aucun autre joueur n'a émergé ni dominé son adversaire direct d'un soir. Et certains (Benito, Maja, Otavio...) ont même été à côté de la plaque du début à la fin.  

Il serait peut-être souhaitable que le propriétaire américain mesure pleinement cette réalité sportive, et ne s'enflamme pas aussi vite qu'un courtier en bourse dès l'instant que l'un des joueurs du groupe fanion a le bonheur (ou le malheur ?) de faire 3 bons matches consécutifs. Il faut savoir raison garder : un très bon joueur (on veut dire : un joueur à plus de 15 millions d'euros) s'évalue sur la durée et la régularité, pas sur un mois et demi de compétition. A ce titre, l'exemple (parmi d'autres) de Toma Basic, porté un peu trop vite au pinacle pour une vente à la hâte finalement avortée (au grand soulagement de Gasset, déjà exsangue en milieux de terrain de métier), mais qui est rentré dans le rang après le match à Marseille, incite à réfléchir. Et ce n'est pas sa pré-sélection récente en équipe de Croatie, pour réjouissante qu'elle soit, qui atténuera cette impression. On en connaît d'autres dans cette équipe girondine, internationaux confirmés sans doute, mais d'une inconstance chronique dans leur club, qui n'ont toujours pas acquis le statut de titulaire indiscutable depuis leur arrivée en Gironde.  

Cette surévaluation injustifiée n'a pas rendu service au jeune Croate, de la même façon qu'elle n'avait pas rendu service à François Kamano, irrésistible à son arrivée, mais qui ne fut plus le même joueur dès l'instant qu'on commença à parler de son transfert avec persistance, sans doute pendant trop longtemps. Le constat fut le même, à un degré moindre car son talent restait immense et sa valeur marchande avérée, avec Malcom, un autre jeune joueur, et l'on pourrait allonger la liste... Certains savent gérer cette notoriété, voire leur statut de joueur international quand c'est le cas, avec la distance de circonstance - fruit sans doute de l'âge et de l'expérience - d'autres y arrivent moins et ont parfois tendance à se prendre pour ce qu'ils ne sont pas, pas encore ou ne seront peut-être jamais, et à tenter des gestes improbables immédiatement payés cash. D'autres éléments de l'équipe actuelle sont d'ailleurs concernés par ce constat, et pas forcément que des jeunes joueurs, on l'a compris. Dans ces conditions, et malgré les exhortations répétées à se faire davantage violence, l'envie de se dépasser pour l'équipe prend rarement le pas sur un certain confort individuel qui n'est pas nouveau dans ce club, confort encouragé par une concurrence assez faible, que Jean Louis Gasset - qui savait la tâche difficile mais peut-être pas à ce point - est sans doute en train de mesurer aujourd'hui.

Ajoutons-y des attaquants qui s'époumonent à défendre parce qu'on le leur demande pour l'équilibre de l'équipe (et qui le font parfois plutôt bien, comme Oudin par exemple), mais qui ne peuvent pas être au four et au moulin (on notera que les hors-jeu sont très rares aux Girondins depuis le début de la saison, et pour cause...) et l'on comprendra pourquoi Bordeaux est tellement à la peine sur le plan offensif, avec seulement 9 buts inscrits en 10 matches (dont 3 face à Dijon, lanterne rouge, et 2 aux forceps contre le 18e, Nîmes, grâce à un penalty salvateur en toute fin de match), soit moins d'un but par match et la 19e attaque de L1 (seuls les Bourguignons ont fait pire). Ceci malgré 6 réceptions pour seulement 4 déplacements...On se prend alors à repenser, avec une touchante nostalgie, à la trop longue liste des buteurs que Bordeaux n'a pas voulu ou su retenir dans un passé récent, tel un certain Gaétan Laborde par exemple, dont ne voulait plus un coach caractériel, parti de Gironde la mort dans l'âme 3 jours après avoir sauvé son équipe à Odessa en Europa League contre Mariupol (3-1), vendu une bouchée de pain (5 millions) au MHSC il y a deux ans, et finalement bourreau de son ancien club et meilleur homme sur le terrain ce samedi soir...

Les Girondins auront en tout cas quinze jours de travail pour panser les plaies et prendre conscience d'une situation qui commence à sentir le soufre, quand on pense au programme qui les attend d'ici Noël, avec des adversaires (Rennes, PSG, Lille, tous trois à l'extérieur) d'un calibre encore supérieur aux trois (OM, Monaco, Montpellier) qu'ils viennent d'affronter. On en frémit déjà...



Les réactions

Réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux, Florent MOLLET, le milieu de terrain du Montpellier Hérault Sport Club, PABLO, le défenseur du FC Girondins de Bordeaux, et Michel DER ZAKARIAN, l'entraîneur du MHSC au micro de Dorian Malvesin qui commentait cette rencontre en direct du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo.

Réaction de Jean-Louis Gasset

Réaction de Florent Mollet

Réaction de PABLO

Réaction de Michel Der Zakarian