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FOOTBALL (Coupe de France, 32es) : BORDEAUX / TOULOUSE (0-2) : La Garonne déborde mais c'est Bordeaux qui atteint sa cote d'alerte...

10 février 2021 à 17h58 Par Christophe Monzie et Dominique Darriet
Crédit photo : ARL Dorian Malvesin & Christophe Monzie

Fantômatiques et sans rythme, les Girondins, même avec l'entrée des cadres à l'heure de jeu, ont sombré corps et bien face à de solides...réservistes toulousains, vainqueurs logiques d'un derby aux allures de Coupe Gambardella. Comme chaque année depuis trop longtemps, ils quittent la Vieille Dame prématurément et sans gloire. La Garonne était bien trop haute pour eux, même si la cote d'alerte la plus inquiétante pour l'instant est celle que leur jeu est sur le point d'atteindre...

Avec la Garonne en crue pour ce derby en son honneur, on aurait bien voulu éviter un nouveau sinistre, et souscrire une assurance tout risque. Contre un risque d'élimination prématurée, par exemple.

Encore des sinistres...

Malheureusement c'est raté : 4 jours après avoir déclaré un naufrage sans précédent sur une célèbre baie bretonne, les Girondins ont remis le couvert "at home" avec cette fois-ci un dégât des eaux, submergés par la...fluidité du jeu de leurs jeunes homologues toulousains, sans parvenir à écoper les voies d'eau trop nombreuses. Décidément, à accumuler les sinistres, ils vont finir par coûter cher aux assurances depuis le début de ce mois de février...sans qu'on sache trop dans quel sens entendre le mot "sinistres", d'ailleurs, ni ce (ou ceux) qu'il désigne à l'heure actuelle...Eliminé (0-1) il y a deux ans chez lui par Le Havre (D2) dès son entrée en lice, à Granville (N2) l'année précédente (2-1 A.P), et à Pau (National) la saison dernière en seizièmes (3-2 A.P.), Bordeaux n'est une fois de plus pas sorti de ces pathétiques standards pour se saborder d'entrée dans une compétition dont on pensait naïvement qu'elle aurait pu apporter une once de piment à une saison qui risque désormais de sembler très longue. Espoir déçu, il sera avec le Stade de Reims (3-4 contre Valenciennes), le cancre de ces 32es de finale, tous les autres clubs de Ligue 1 jouant contre plus petit qu'eux ayant pour l'instant composté leur billet, même si Metz a eu chaud à Amiens (2-1). Pas la meilleure façon, en tout cas, de préparer le Classico de dimanche contre l'OM qui, lui, malgré la tempête récemment traversée, a su profiter de son assurance tous risques et rebondir après sa défaite contre le PSG en faisant le job à Auxerre (2-0). On pourra bien sûr arguer qu'il s'agira dimanche d'une autre compétition, d'autres joueurs, d'un autre enjeu et d'un contexte "historique", cette équipe girondine semble tellement fragile et cyclique à l'heure où l'on parle que, même face à un OM juste moyen comme celui de cette année, on se mentirait si l'on affirmait sans sourciller qu'elle dispose présentement de toutes ses armes pour prolonger à coup sûr son invincibilité vieille de 43 ans en Gironde face à son éternel rival. Il y a encore trois semaines, vu la dynamique des uns et des autres, on aurait presque dit que ce sommet arrivait au bon moment pour les Girondins et au pire pour les Olympiens. Mais aujourd'hui, la dynamique semble s'être complètement inversée. Espérons pourtant que cette équipe imprévisible nous surprenne agréablement et stoppe la vilaine spirale qui est train de s'installer.

Un risque calculé...mais jusqu'où ?

Jean-Louis Gasset avait prévenu qu'il mettrait un coup de jeune(s) à l'équipe appelée à débuter ce mercredi. On n'imaginait tout de même pas que ce serait dans de telles proportions, puisqu'aucun des joueurs débutant ce mercredi contre le Téfécé n'était titulaire 3 jours plus tôt à Brest...Le technicien languedocien avait confié qu'il attendait des réponses et voulait voir ceux de son effectif en manque de temps de jeu évoluer dans un vrai match officiel, "à balles réelles", s'attendant aussi à un turn-over de son alter ego toulousain Patrice Garande, évitant à sa formation d'être croquée toute...crue (sans jeu de mot avec ce qui précède...). Turn-over qui eut lieu effectivement, mais dans une moindre mesure (50% environ du onze de départ du Téfécé avait déjà joué peu ou prou en L2 cette saison). La tendance étant à donner leur chance aux jeunes, puisque c'est la direction souhaitée par le propriétaire du club dont il n'est que l'employé, on comprend le choix du coach bordelais, qui pensait avoir pris un risque calculé en encadrant 7 jeunes par 4 joueurs certes plus expérimentés, mais qui avaient très peu joué jusqu'ici : Seri et Briand (seulement une demi-heure à Brest), et la paire Jovanovic-Mexer dans l'axe, qui ne comptait pas une minute de jeu en Ligue 1 cette saison. Il n'y a qu'un paramètre qu'il ne pouvait pas prévoir, n'étant pas encore arrivé en Gironde à l'époque où Bordeaux avait déjà croisé cette équipe en amical à Agen le 4 août dernier : c'est que le niveau général des remplaçants toulousains serait à l'évidence nettement supérieur à celui des Girondins, même s'il y avait quelques signes avant-coureurs remontant à l'été dernier. Le match au stade Armandie l'avait en effet déjà révélé car Bordeaux, plus que bousculé ce soir-là, avait sauvé un nul flatteur (0-0) grâce à un penalty de Koulouris stoppé par Poussin, suppléé aussi deux fois par sa barre. Déjà ce soir-là, Janis Antiste avait été excellent, sinon le meilleur joueur du match. Le jeune milieu de terrain toulousain (18 ans, déjà 6 buts en Ligue 2 cette saison, en photo additionnelle) a réédité sa performance ce mercredi, avec cette fois des conséquences fatales pour l'adversaire, puisque c'est lui qui, après avoir récupéré dans l'entrejeu à 30 mètres du but adverse un de ces ballons perdus tellement nombreux qu'on cessa bientôt de les compter, servit dans l'axe le véloce Bayo, déjà buteur lors du tour précédent face à Niort, qui déposait la défense centrale avant de piquer du bout du pied droit le ballon hors de portée de Poussin, jusque là intraitable sur les 4 occasions toulousaines précédentes de Sanna, Bayo, N'Goumou et Koné (0-1, 39e). Pas franchement illogique car les Girondins jusqu'alors, hormis quelques rushes coté droit bien amorcés mais mal terminés venus de Traoré et même un but refusé à Tom Lacoux pour une position de hors-jeu de Briand sur le une-deux qui l'avait amené (17e), n'étaient jamais parvenus à cadrer une frappe ni inquiéter le remplaçant de Dupé dans la cage haut-garonnaise, le suédois Carl Pettersson, pourtant loin d'être impérial dans ses prises de balle en première période, avant de se reprendre en seconde. Et c'est encore Antiste qui, de passeur décisif, se mua en buteur sur una action d'une simplicité biblique soulignant autant son talent prometteur que l'insigne faiblesse de la défense girondine, avec une percée solitaire plein axe, un premier crochet enrhumant Jovanovic avant un double contre favorable sur un Mexer inconsistant (0-2, 57e) qui rappelait étrangement la chevauchée fantastique de Faivre 72 heures plus tôt au stade Francis le Blé. Les hommes changent, mais les lacunes restent. Gasset pouvait alors faire entrer ses cadres pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être, le mal était déjà fait, d'autant qu'Antiste était tout près du doublé, mais enlevait trop sa frappe (66e). Les cadres en question ne faisaient finalement pas mieux que les minots, à qui on ne jettera pas la pierre, car certains comme Lacoux ou Poussin ont marqué des points précieux, d'autres beaucoup moins. Zerkane, après 5 semaines loin des terrains depuis sa sortie sur blessure à Metz le 6 janvier, faisait lui aussi son retour, sans parvenir à infléchir la tendance. Même Ben Arfa, malgré un ou deux solos balle au pied, ne parvenait pas à tirer ses coéquipiers de leur léthargie et, comme un symbole de l'indigence du jour (ou du manque d'application), manquait complètement son dernier coup-franc du match, de la droite, en ne parvenant même pas à lever son ballon. Un second acte où la décontraction des Toulousains avait contrasté avec l'impuissance girondine, Lacoux (75e) et Hwang (81e) ayant hérité des seules demi-occasions bordelaises, avec à la clé un ratio accablant (2 tirs cadrés contre 8 aux toulousains). Si Jean-Louis Gasset cherchait des réponses, il en a eu, et elles sont d'une douloureuse clarté. Ce pari osé, sur un match à élimination directe, aura au moins eu l'avantage de montrer au grand jour les limites d'un système accordant la priorité aux jeunes, même s'ils ne sont pas seuls responsables bien sûr, de cette production indigne d'une formation de Ligue 1. Il est à noter que le Téfécé n'avait plus gagné à Bordeaux en Coupe de France depuis 1974. 

Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, Janis ANTISTE, l'attaquant du Toulouse Football Club, Gaétan POUSSIN, le gardien de but du FC Girondins de Bordeaux, et Patrice GARANDE, l'entraîneur du Toulouse Football Club au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo et Laurent Brun. 

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction de Janis ANTISTE

Réaction de Gaétan POUSSIN

Réaction de Patrice GARANDE

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