FOOTBALL L1 (4e journée) : LENS / BORDEAUX (2-1) : Triste mine au pays du charbon...


19 septembre 2020

Ils n'y auront donc vu que du bleu...pardon : que du noir. Le noir de ces mines qui firent jadis l'histoire du Bassin houiller encore fortement ancrée dans la culture ch'ti. Le noir de ce puits où il aurait fallu qu'ils descendissent sans rechigner, peut-être, en se retroussant les manches, pour ne pas finir carbonisés par la furia locale. Mais les Girondins n'avaient ni le mental, ni les arguments techniques en ce samedi encore chaud et estival pour éviter cette première défaite de la saison qui, à force de ne faire que défendre depuis 3 rencontres , leur pendait au nez. Et si jamais ils sont descendus à la mine, sans doute ont-ils dû oublier leur lampe de chantier pour retrouver le chemin qui les remonte à la surface.

On avait prévenu : l'affaire serait plus ardue à Lens, pratiquement au complet et sur deux victoires probantes, qu'à Angers, où Stéphane Moulin le coach scoïste comptait ses attaquants valides sur les doigts d'une seule main à la veille d'affronter les Girondins. Ce qu'on ne savait pas en revanche, c'est que ceux-ci donneraient le bâton pour se faire battre en offrant les deux buts à leurs hôtes, de sorte que les Sang et Or n'auront même pas eu besoin de suer Sang et Eau, tant s'en faut, pour réussir la passe de trois. L'affaire fut pliée en onze minutes, peu avant l'heure de jeu, mais elle l'aurait été bien avant la mi-temps si Benoît Costil, le seul à surnager avec Koscielny, n'avait pas superbement retardé l'échéance, au point de nous laisser croire à un miracle. Un non-match, donc, qui aura rappelé à bien des égards la rouste reçue à Lille (dans le Nord, toujours) la saison passée (3-0) le 26 octobre 2019, ou la calamiteuse 2e période à Marseille un mois et demi plus tard (3-1) où déjà, les Girondins n'avaient pas lésiné sur les gaffes, bévues et boulettes. Pourtant, Gasset avait reconduit sa défense « classique », avec les 4 qui lui avaient donné satisfaction jusqu'ici, ne cédant pas une seule fois pendant 317 minutes, série hélas terminée à Bollaert. Ainsi que ses deux récupérateurs, Otavio et Basic, qui eurent bien du mal à récupérer autre chose que des miettes, les Lensois s'engouffrant comme à plaisir dans l'axe sur des percées solitaires de 20 ou 30 mètres jamais maîtrisées par les Marine et Blanc, Basic – comble de malheur – étant même obligé de sortir prématurément sur blessure (26e), remplacé par Adli. C'est plutôt devant que le technicien languedocien avait tenté d'innover, en alignant 4 joueurs offensifs dont Briand titulaire pour la première fois de la saison et se passant de Maja.

C'est peu d'écrire que l'expérience n'a pas vraiment été concluante, même si ce sont tous les joueurs offensifs girondins qui n'auront pas existé sur ce match, exception faite d'Oudin en début de rencontre, dont la magnifique volée du gauche au second poteau, sur le centre de Sabaly, repoussée magistralement par Leca, aurait pu changer la face du match (8e). Ajoutons un bon jump de Koscielny monté aux avant-postes pour une tête non cadrée à la réception d'un coup-franc de la gauche d'Oudin (18e), et une frappe aux 20 mètres d'Otavio bloquée sans difficulté par Leca juste avant la pause, et on aura fait le tour des velléités girondines dignes de ce nom, l'ex-portier du SC Bastia ayant ensuite passé une seconde période dans un fauteuil, sans plus de travail à effectuer que n'en avaient eu avant lui Alban Lafon et Anthony Lopes au Matmut, ses homologues de Nantes et Lyon...C'est donc un moindre mal que Bordeaux ne soit rentré du Nord qu'avec un échec minimal, le promu, pour l'instant perfectible sur le plan du réalisme, ayant encore un peu de mal à matérialiser au tableau d'affichage son évidente supériorité comme ce fut le cas à Lorient, où les Lensois auraient dû s'imposer plus largement. Le ton de la rencontre, suivie par un peu plus de 4 000 spectateurs disséminés dans l'immense enceinte de béton, fut vite donné quand une passe en retrait trop faible de De Préville fut interceptée devant Koscielny par ce poison de Kakuta, annoncé incertain mais pourtant plus présent que jamais. Mais l'ex-Amiénois, meilleur joueur du match avec son compère Ganogo qu'il trouva constamment les yeux fermés, croisa un peu trop sa frappe, seul face à Costil dans un angle assez fermé (4e).

Une erreur bordelaise qui ressemblait à une prémonition...Lens insistait, tantôt dans l'axe où les Girondins étaient régulièrement pris, tantôt sur les ailes, avec les montées de Gradit ou Sylla, et le gros travail de Clauss sur le flanc droit. Les cartons pleuvaient aussi comme à plaisir, dans un match qui n'avait pourtant rien d'un combat de rues, M.Millot ayant décidé d'ajouter son grain de zèle aux débats. Ainsi, Otavio (9e) pour une charge à l'épaule (il sera suspendu pour la réception de Dijon), puis Baysse (18e) pour une main posée sur l'épaule dans un duel aérien avec Ganogo qui, outre son talent indéniable, prouva sur ce match qu'il possèdait d'incontestables qualités de plongeur, écopèrent-ils de deux cartons jaunes qui parurent peccadilles, comparés à ceux, bien plus logiques, que reçurent Fortès (8e) pour 2 grosses fautes en moins de 5 minutes, puis Doucouré (22e), pour un tacle par derrière sur De Préville. Les mêmes causes produisant toujours les mêmes effets, la menace se précisait quand Ganogo, lancé de nouveau dans l'axe par Kakuta, prenait 2 bordelais de vitesse avant de croiser son tir qui passait à quelques centimètres du poteau gauche de Costil (13e). Mais comme les Girondins semblaient ne pas capter ce signal, la menace se faisait brûlante quand Sotoca, pas attaqué à 25 mètres face au but, plaçait une...mine (c'est le cas de le dire) que Costil, du bout des gants, effleurait suffisamment pour la dévier sur son montant droit (23e). Les Girondins ayant du mal à enchaîner des séquences de plus de 3 passes, les vagues lensoises se succédaient et le portier girondin bouchait l'angle en repoussant des deux poings une frappe de Clauss, à la sortie d'un une-deux d'école sur le flanc droit (30e). Mais la plus nette occasion arrivait d'un corner obtenu par Doucouré et mal renvoyé sur le flanc droit de la défense bordelaise. Kakuta récupérait et centrait aussitôt au cordeau à ras de terre pour Ganogo à bout portant, mais Costil repoussait sur sa ligne d'un arrêt-réflexe magistral (38e).

Faute d'avoir pu carburer au charbon, les Girondins s'en remettaient à la cire et pouvaient donc au moins brûler un cierge à la mi-temps pour que le miracle perdure. En vain. Dès la reprise, ils offraient aux Artésiens un copié-collé  de leur première occasion du match, mais avec frais cette fois. Sur un centre lensois anodin, Oudin adressait une passe en retrait trop molle à Costil, qu'interceptait Ganogo avant d'effacer le gardien girondin d'un crochet extérieur et de marquer dans le but vide (1-0, 47e). Mené au score pour la première fois de la saison par sa seule faute, Bordeaux allait-il réagir ? Pas vraiment. Au contraire, les cadeaux continuaient. Adli tergiversait le long de la touche et perdait le ballon devant Clauss dont le centre tendu au premier poteau était sauvé en corner de l'extérieur du pied par Baysse. Alors que M.Millot s'apprêtait à ordonner le corner de la droite, son oreillette crépitait. S'ensuivait un numéro de cirque de près de 3 minutes avant qu'il ne se décide à aller consulter le VAR devant les contestations lensoises, du public et des joueurs, Ganogo estimant avoir été déséquilibré par Baysse (ce qu'aucun des ralentis télévisés diffusés en tribune de presse ne confirmait) et prenne une décision qui ne faisait plus de doute : penalty et expulsion du malheureux Paul Baysse, qui aura donc réussi le tour de force d'être exclu pour deux cartons jaunes injustifiés...Sans trembler (photo), Kakuta transformait le penalty sur la gauche de Costil (2-0, 58e). Ainsi le microscope du perspicace M.Millot avait suffi pour déceler un penalty surréaliste, quand une semaine plus tôt au Matmut contre Lyon, M.Buquet n'avait même pas jugé utile de se servir du sien lorsque Basic était tombé dans la surface, à l'entrée du dernier quart d'heure, sûrement victime du même appel d'air que celui qui renversa le Camerounais ce samedi. Vous avez dit bizarre ?... Pablo faisait donc son retour à la compétition plus tôt que prévu et par nécessité. Gasset changeait aussi toute sa ligne d'attaque (entrées de Kalu et Maja), Ruben Pardo apparaissant lui aussi à la place de Hwang, transparent sur ce match. Mais rien n'y faisait, les Lensois se contentant de gérer leur avance par une passe à dix devant des Girondins anesthésiés, dans une dernière demi-heure nettement moins intéressante et seulement agrémentée par la généreuse distribution des prix de M.Millot (10 cartons au total, puisque Benito, Maja et Jean côté lensois y eurent droit aussi, mais sur des fautes plus caractérisées il est vrai) pour un match correct de bout en bout.... C'est à peine si, tout au bout du temps additionnel, après un coup-franc obtenu le long de la touche par Sabaly et expédié au premier poteau par Adli, on eut le coeur à savourer la belle tête décroisée de Kalu en pleine lucarne de Leca, avec l'aide du poteau (2-1, 90e + 5).

Car celle-ci ne suffisait pas à effacer les nombreux motifs d'inquiétude réveillés par ce Lens-roquettes qui venait d'envoyer par le fond un vaisseau girondin faisant triste...mine. Houille, houille, houille, que la Terre est basse. Avec 5 points pris sur 12 possibles, le début de saison des Girondins est à peine passable. Il va sans dire qu'il leur faudra sortir vainqueurs des deux prochaines réceptions au Matmut de Nice, balayé ce dimanche par un PSG retrouvé (0-3), puis de Dijon. Et essayer d'y mettre la manière, enfin.

Réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux qui reconnaît lui-même avoir commis une erreur tactique, Jean-Louis LECA, le gardien de but du Racing Club de Lens, Loris BENITO, le défenseur latéral gauche du FCGB qui ne mâche pas ses mots, et Franck HAISE, l'entraîneur du Racing Club de Lens, au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du stade Félix Bollaert à Lens.

Réaction de Jean-Louis Gasset

Réaction de Jean-Louis Leca

Réaction de Loris Benito

Réaction de Franck Haise