Sports

Football (Ligue 1, 16e journée) : Strasbourg / Bordeaux (0-2) : Bons beijos do Brasil e feliz Natal ! (*)

20 décembre 2020 à 18h52 Par Christophe Monzie et Dominique Darriet
Loris Benito le défenseur latéral gauche des Girondins s'est mis au diapason de toute la défense girondine qui a réalisé un gros match face aux attaquants strasbourgeois et a retrouvé son imperméabilité
Crédit photo : ARL Christophe Monzie

(*) "Bons baisers du Brésil et joyeux Noël !" (en portugais/brésilien)

Comme en février 2018, et avec la même maîtrise que ce soir-là, Bordeaux s'est logiquement imposé à La Meinau (2-0) avec un but par mi-temps, malgré trois autres refusés pour hors-jeu. Les deux brésiliens de l'équipe, Pablo de la tête puis Otavio sur un une-deux d'école, ont offert à leurs partenaires un cadeau de Noël avec quelques jours d'avance. Ne reste plus qu'à finir de décorer le sapin ce mercredi contre Reims, mais ce sera justement sans Otavio, suspendu.

Au pied du Ballon d'Alsace, ils auront donc pris un bon ballon d'oxygène. Et du même coup, une belle revanche sur cette formation qui leur dansait sur le ventre depuis quatre matches. Depuis trop longtemps.Toutes les séries, même les mauvaises, ont donc une fin, la preuve.

Sur un air de samba ou de lambada

Cette fois c'est bien Bordeaux qui a dansé, sur un air de samba ou de lambada, comme on voudra. En décrochant leur 3e victoire à l'extérieur de la saison, sur le même score que le 3 février 2018 quand ils battirent le Racing pour la dernière fois, soit presque 3 ans, les Girondins ont effacé – au moins dans leur esprit sinon mathématiquement puisqu'il est un fait établi que les points perdus ne se rattrapent jamais vraiment – leur triste soirée stéphanoise du 16 décembre. Une capacité à réagir plutôt encourageante, qu'ils avaient déjà manifestée à Rennes, après leurs deux sorties piteuses contre Monaco et Montpellier début novembre, même si la manière affichée à La Meinau fut nettement plus séduisante qu'au Roazhon Park. Trois points qui ne les feront pas beaucoup avancer au classement, certes, s'ils ne sont pas suivis d'une confirmation ce mercredi contre leur bête noire depuis des temps immémoriaux, le Stade de Reims, qui s'est accroché pour sauver le nul à Marseille (1-1) ce samedi soir et sera donc dur à mater, une fois de plus. En attendant, les Girondins peuvent savourer ce cadeau de Noël avant l'heure, que leur a offert leur Brasilian Connection. Pablo et Otavio, peu habitués aux honneurs du tableau d'affichage (encore que le défenseur des Girondins se plaise chaque saison à enquiller ses 3 ou 4 buts précieux sortant souvent Bordeaux d'un sacré pétrin) ont en effet concrétisé l'incontestable maîtrise collective des hommes de Gasset, à raison d'un but par mi-temps, exactement comme en 2018. Sans l'acuité des juges de touche et d'un VAR qui se borna à de la simple figuration puisqu'à aucun moment M.Bastien ne sollicita l'usage de la vidéo, pour la bagatelle de...trois buts refusés aux Marine et Blanc, la note eût pu être plus lourde encore pour des Alsaciens un peu tendres, notamment en défense, où le jeune Simakan, auteur dès la 4e minute d'une semelle sur Oudin sanctionnée d'un jaune et de beaucoup d'autres fautes par la suite qui auraient normalement dû conduire M.Bastien à lui en donner un second pour leur accumulation, a eu du mal à faire oublier Mitrovic, qui revenait juste dans le groupe après sa suspension de 3 rencontres. Mais c'est surtout le milieu de terrain bordelais, qui cette fois-ci a joué sur sa valeur et su gagner les duels pour maîtriser les courses - ce qu'il n'avait pas fait contre les Verts – qui a dominé son vis-à-vis, avec une possession de balle qui fut supérieure à celle des Alsaciens tout au long de la rencontre (59% à la fin de la première demi-heure, par exemple). Que dans ces conditions Thierry Laurey puisse affirmer sans sourciller que son équipe aurait mérité le match nul et monter sur ses grands chevaux lorsqu'on lui rappelle ces 3 buts invalidés « dont il n'y a pas lieu de parler puisqu'ils sont tous trois hors-jeu de 2 mètres » (sic) a de quoi faire sourire, d'autant qu'on n'est pas du tout sûr qu'il ne se serait pas appuyé sur ces faits de jeu dans son argumentaire si c'est à son équipe qu'on les avait refusés...Oui c'est exact, le Racing a eu la place d'égaliser - mais une petite place - avant qu'Otavio n'enfonce le clou au sortir d'un contre éclair plein axe et d'un une-deux d'école sur le côté gauche avec Rémi Oudin pour un plat du pied droit imparable au point de penalty au milieu d'une défense centrale prise de vitesse (0-2, 66e). A la rigueur, il aurait pu y parvenir sur ce déboulé d'Ajorque sur le flanc gauche, juste avant la pause, qui ne put qu'expédier sa frappe dans le petit filet et en corner grâce au retour décisif de Sabaly (44e) alors que Bordeaux menait 1-0.

Le tournant du match ?

Ou un peu plus tôt dans le match à 0-0, quand sur une touche vite jouée côté droit par Lala, Ajorque fut percuté dans la surface par Baysse, emporté dans son élan, sans que M.Bastien ne bronche. Peut-être le tournant de la rencontre, d'ailleurs, car si Strasbourg avait marqué sur cette action, l'issue eût sûrement été tout autre : jamais en ayant été menés au score cette saison les Girondins n'ont gagné, en 17 journées...et une seule fois ils ont évité la défaite, c'était à...Paris quand Adli a égalisé en seconde période le 28 novembre (2-2). Pas sûr du tout que la faute soit intentionnelle, mais force est de constater que le défenseur bordelais avait été sanctionné pour beaucoup moins que cela à Lens le 19 septembre. Liénard, sur coup-franc dans l'axe, fit aussi briller Costil dans les dernières secondes (90e + 4) mais la cause était déjà entendue à cet instant. Car le plus souvent, force est de constater que c'est aux cadeaux girondins ou à des parties de billard que les Bleus ont dû leurs occasions les plus sérieuses. D'abord sur ce centre puissant de Lala au premier poteau où Thomasson – certainement l'alsacien le plus remuant du premier acte, avec Bellegarde dont les corners ciselés mirent souvent les Marine et Blanc sur le fil du rasoir - jaillit pour couper la trajectoire. Mais c'est bien Pablo, sous sa pression, qui toucha le ballon et faillit tromper son propre gardien, auteur de son arrêt le plus délicat du match, avec un poignet ferme qui expédia le cuir en corner, in extremis (33e). Ou encore à la 61e quand Sabaly, de la poitrine, remisa un ballon un peu faiblement à son capitaine, que Thomasson fut à deux doigts d'exploiter, son lob retombant juste derrière la transversale. Ou enfin, juste après le break d'Otavio, sur un mauvais renvoi de Baysse, par ailleurs très bon et au diapason de Pablo qui fut sûrement le meilleur girondin en dépit de son carton jaune reçu dès la...50e seconde, quand Thomasson récupéra le ballon aux 20 mètres avant de décocher une frappe du droit sur Costil (67e). Bref, pas de quoi fouetter un chat tout de même.

Trois buts invalidés, du jamais vu à l'extérieur pour les Girondins

Quant aux 3 réussites girondines invalidées, fait rarissime en Ligue 1, de deux choses l'une : ou bien le Racing, sûr de son art, a joué le hors-jeu avec une maestria hors du commun et une précision suisse, ou bien il a eu beaucoup de chance. Passe pour le 2e but refusé, signé Hwang, car sur le centre à ras de terre d'Oudin de la gauche, la défense locale était bien remontée pour mettre hors-jeu le Coréen, dont le pointu victorieux à bout portant dans la lucarne de Kawashima fut joie de courte durée (34e). Mais sur les deux autres, le coup s'est joué à quelques centimètres ou fractions de seconde. Le coup-franc travaillé de Ben Arfa, prolongé par Pablo, qui a régné en maître dans le domaine aérien, était repris au second poteau d'une tête piquée et sans angle par Basic qui mystifiait Kawashima. Mais s'il n'était pas hors-jeu au départ du coup-franc, le Croate l'était ensuite sur la déviation de la tête du Brésilien (31e). Si Djiku, à la lutte avec lui, avait ne fût-ce qu'effleuré le ballon, il n'y avait plus de hors-jeu qui tienne. Quand au 3e, c'est d'une épaule que Hwang, lancé depuis la touche sur le flanc gauche par Basic, fut pris par la patrouille au départ de l'action, avant de mystifier Lala et de centrer en retrait pour la reprise victorieuse de Zerkane, déviée par Caci (49e). Les Girondins eurent alors le mérite de ne pas se décourager et de comprendre que c'est à ce moment de la partie qu'il fallait enfoncer le clou, malgré un sort contraire. S'ensuivirent deux nettes occasions, d'abord pour Oudin bien décalé par Zerkane auteur d'un beau slalom à l'entrée de la surface, dont le tir à ras de terre sans élan obligea Kawashima à une belle horizontale (54e), puis pour Ben Arfa qui amusa 4 défenseurs en contournant la défense locale mais sa frappe enroulée du gauche fut bloquée par le portier japonais (56e).  Le magnifique second but signé Otavio décrit plus haut arriva donc assez logiquement pour récompenser ce temps fort bordelais. Dès lors la messe était dite, car on ne voyait pas les Girondins, solidaires et attentifs comme ils l'avaient été à Rennes, laisser filer l'aubaine d'un succès récompensant leur réalisme, mais aussi la grosse partie de la défense girondine emmenée par un Pablo impérial, qui faillit être le héros malheureux de ce match en écopant d'un carton jaune un peu "orangé" dès la...50e seconde et en étant à deux doigts de marquer contre son camp sans le réflexe de Costil. Mais qui finalement rayonna de plus en plus au fil des minutes, reprenant...dos au but de la tête un coup-franc plein axe en feuille morte fouetté par Ben Arfa après une faute inutile de Sissokho sur Sabaly, pour devancer la sortie de Kawashima parti à la pêche (0-1, 38e). On retiendra aussi la relative nervosité de Thierry Laurey, le coach alsacien (non seulement en conférence de presse d'après-match, mais même pendant la rencontre, puisqu'il fut finalement averti par M.Bastien à la 82e), agacé sans doute de voir sa formation s'incliner pour la 5e fois sur son terrain cette saison après une série de 4 matches sans défaite. Une défense en acier trempé, telle était bien la clé de cet affrontement, tant marquer un but reste compliqué pour des Girondins dont le salut, sur ce match, est venu des hommes de l'arrière. Mieux vaut pour eux ne pas avoir à courir après le score, comme on l'a vu plus haut. D'ailleurs, l'on notera que leur défense n'a encore cédé aucune fois sur les 3 succès qu'ils ont glanés hors de leur bases, à Angers (2-0), Rennes (1-0) et donc Strasbourg (2-0). Ce n'est évidemment pas le fruit du hasard.

Les réactions

Ecoutez les réactions de Loris BENITO, le défenseur latéral gauche du FC Girondins de Bordeaux, Thierry LAUREY, l'entraîneur du Racing Club de Strasbourg Alsace, Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, et Anthony CACI, l'arrière latéral gauche du RCSA, très lucide dans son analyse au micro de Christophe Monzie, qui commentait cette rencontre en direct intégral du stade de La Meinau à Strasbourg.

Réaction de Loris Benito

Réaction de Thierry Laurey

Réaction de Jean-Louis Gasset

Réaction d'Anthony Caci

Photos