Football (Ligue 1, 17e journée) : Avant Bordeaux / Reims : Chassez l'irrationnel, il ne reviendra pas au galop...


22 décembre 2020

Deux fois par saison (du moins lorsque celle-ci court jusqu'à son terme), on ressort LA statistique, l'une des plus singulières de l'histoire des championnats professionnels français pour ne pas dire la plus effarante, avec la nette impression de rabâcher, comme on ressort d'un tiroir une vieille photo jaunie par le temps. Du noir et blanc, bien sûr.

Et les Beatles chantaient "Love me do" (1962)

"Dis papi, quand est-ce que Bordeaux a battu Reims pour la dernière fois en championnat ?". Voilà une question que, masque sur le visage et à deux mètres de leur aïeul, quelques petits-enfants et déjà jeunes adultes de Gironde pourraient lui poser une énième fois ce mercredi soir sur le coup de 21 heures, si par malheur l'histoire se répète encore. Parce que lui seul, sans doute, se rappelle cette date. Cette photo que l'on contemple en soupirant dans les chaumières girondines, c'est celle que les photographes de sport ont prise avec leur appareil argentique et leur zoom estampillé Carl Zeiss (le must à l'époque) ce 16 décembre 1962, il y a donc 58 ans depuis quelques jours. La photo d'un succès girondin aux allures d'exploit dans un stade Auguste Delaune encore ceinturé d'un vélodrome, sur la pelouse d'un Stade de Reims coaché par une légende, Albert Batteux, champion de France en titre pour la 6e et dernière fois de son histoire, qui vient de perdre deux finales européennes homériques contre le Real de Madrid (1956, 1959), mais compte encore dans son onze de départ ce jour-là les Raymond Kaelbel, Bruno Rodzik, Jean Vincent, Raymond Kopa et un certain Paul Sauvage, venu ensuite en Gironde faire les beaux jours de l'AS Libourne et du CA Castets-en-Dorthe, et disparu récemment. Ce dimanche-là, Bernard Baudet, Roger Moy et Aimé Gori en moins de 50 minutes mettent KO les Champenois, qui sauvent l'honneur par Rodzik à l'entrée du dernier quart d'heure (1-3). C'est le Bordeaux pragmatique et intraitable de Salvador Artigas, avec des joueurs de devoir comme André Chorda, Guy Calléja, Gaby Abossolo, Francisco Navarro, des artistes aussi comme Laurent Robuschi ou le gardien de but Jean-Claude Ranouil, qui ouvrira ensuite un magasin de sport à...Langon. 8319 spectateurs assistent à cette victoire bordelaise de haute volée. A la radio, ou sur l'électrophone, on écoute déjà un groupe de Liverpool qui va devenir planétaire. Il n'y a pas de foot retransmis à la télé, et à la radio, c'est encore sur les grandes ondes. Pas un seul de ces spectateurs à cet instant ne peut imaginer que 58 ans plus tard, ces deux clubs au riche passé se retrouveront un mercredi soir sur la Terre, dans un immense stade vide, un contexte surréaliste et pathétique, pour un match de championnat de ce qui ne s'appelle même plus la Première division, à 24 heures de ce qui aurait dû être une fête pour tous, un soir de Noël, mais qui clôturera surtout une année 2020 à marquer d'une pierre noire. 

Le temps a passé, Reims connaît de nombreuses années en 2e Division au début des années 80 après le départ de son buteur patenté Carlos Bianchi, Bordeaux un peu moins (et encore est-ce dû à une sanction financière et pas sportive, au début des années 90 à la fin de l'époque dorée et de l'ère Claude Bez). Mais le Stade de Reims a retrouvé l'élite, à défaut de son lustre d'antan. En revanche, son séjour au purgatoire n'a pas altéré son addiction à son souffre-douleur bordelais. Jamais depuis 1962 les Girondins n'ont réussi, tant à Bordeaux qu'à Reims, à vaincre les Champenois en match officiel. Une collection de nuls médiocres en Gironde, tant qu'ils jouent à Chaban Delmas, puis même pire (2 défaites) en deux réceptions dans leur nouveau stade du Matmut (1-2 le 9 août 2015 avec la grave blessure de Gregory Sertic au genou, 0-1 le 18 mai 2019). A Delaune, ce sont souvent des défaites étriquées, à l'exception d'un naufrage 4-1 un soir de février 2016 sous l'ère Willy Sagnol, démis de ses fonctions 15 jours plus tard. Et même lorsque les Girondins croient enfin tenir la queue du chat noir le 30 novembre 2019 pour le dernier affrontement en date entre les deux clubs, menant au score pendant près de 70 minutes grâce à une superbe Madjer de Josh Maja sur un centre de Tchouaméni (27e) et en supériorité numérique dans le dernier quart d'heure après l'expulsion de Romao, la malédiction frappe encore, malgré un Costil héroïque, quand Boulaye Dia, sur un centre de Suk au premier poteau qui n'aurait jamais dû exister, délivre les siens à 15 secondes du coup de sifflet final (1-1, 90e +5). Ce soir-là, Rémi Oudin joue en face, et a remplacé le Grec Donis à 20 minutes de la fin. Arrivé au mercato d'hiver, il aurait dû se trouver avec les Girondins pour le match retour prévu au Matmut le 5 avril dernier. Mais la revanche de ce match aller palpitant et frustrant n'a jamais eu lieu, le drame du Covid ayant coupé net et en plein vol le 16 mars la saison 2019-2020, à jamais inachevée. Tout au plus les Girondins ont-ils pris une revanche symbolique lors du match...amical de début de saison remporté le 8 août à Delaune (4-0) avec notamment le premier but du jeune Mehdi Zerkane, match qui fut aussi le dernier de Paulo Sousa à la tête de l'équipe, Jean-Louis Gasset arrivant à Bordeaux le surlendemain. Mais ce succès anecdotique, d'ailleurs oublié par pas mal de sites officiels, n'entrera malheureusement pas dans les archives de la Ligue 1. Il a cependant permis de montrer que le Stade de Reims se préparait une saison compliquée, ce que la suite a démontré, avec un départ en championnat presque aussi catastrophique que celui de Dijon et de Strasbourg (2 points en 7 matches) et une élimination piteuse en Hongrie par le club de Fehervar aux tirs au but au 3e tour préliminaire de l'Europa League le 24 septembre. Le carton à Montpellier (4-0) consacra une embellie de courte durée, avec un succès sur Strasbourg et un nul prolifique à Lens (4-4), avant une nouvelle traversée du désert. Mais depuis deux rencontres, les Champenois ont réagi, en renversant la vapeur devant Nantes (3-2) puis en résistant à Marseille le week-end dernier (1-1).

Une liste d'absences qui s'allonge

Pour ce dernier match de l'année, David Guion sera privé des services de son milieu de terrain Mathieu Cafaro touché à Marseille (entorse de la cheville) et d'Anastasios Donis (blessé depuis un mois), mais enregistre le retour de Konan. Déjà privé de Koscielny et Kalu depuis un moment, Jean-Louis Gasset, lui, n'est pas sûr de pouvoir compter sur Loris Benito, toujours en délicatesse avec son dos, et Nicolas De Préville (touché à la cuisse). Absences auxquelles il faudra ajouter les suspensions de Kwateng et d'Otavio, excellent à Strasbourg. Cela commence à faire vraiment beaucoup, d'où l'effort de solidarité demandé par le technicien girondin pour ce dernier match de l'année. Une seconde victoire consécutive rééditerait une performance que Bordeaux, souvent consternant d'inconstance, n'a plus réalisée depuis septembre 2018. Mais au-delà de ces 3 points qui le remettraient peut-être dans le Top 10 si Brest et Metz s'inclinent en déplacement ce mercredi, il s'agira aussi d'entrer dans l'histoire et d'échapper à un sort tellement inscrit dans le marbre jusqu'ici qu'il en est devenu révoltant. Aux Girondins de savoir le chasser, à la force du poignet et avec obstination, s'il le faut. Il n'y aura pas de chat noir cette fois au Matmut, puisqu'on jouera à huis clos...Alors, comme on se souvient de Baudet, Robuschi et des autres, on se souviendra des Girondins de 2020 qui ont (enfin) fait un pied de nez à l'Histoire. Et la photo poussiéreuse sortie du tiroir reprendra des couleurs. Et le sapin de Noël ce jeudi soir brillera peut-être un peu plus fort. Et les supporters girondins d'aujourd'hui diront alors simplement : "Dis papi, et si on levait une coupe de Champagne ce soir, à la santé des Girondins ?".

Les réactions 

Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, et Rémi OUDIN, l'attaquant du FC Girondins de Bordeaux, très bon à Strasbourg, et qui va retrouver son ancien club pour la première fois sous le maillot bordelais, au micro de Christophe Monzie.

Ainsi que la réaction de David GUION, l'entraîneur du Stade de Reims en conférence de presse d'avant-match !

Top Chrono, ce mercredi 23 Décembre 2020, en direct intégral du Matmut Atlantique, à partir de 18 heures 20 pour le mag d'avant-match avec des invités, puis le coup d'envoi à 19 heures. Commentaires de Christophe Monzie et Michel Le Blayo.

Match à écouter sur toutes nos fréquences, sur notre site internet www.arlfm.com  et sur l'appli "Les Indés Radios" (gratuite) de votre téléphone.