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Football (Ligue 1, 17e journée) : Bordeaux / Reims (1-3) : Comme une odeur de sapin sans les guirlandes...

23 décembre 2020 à 22h07 Par Christophe Monzie et Dominique Darriet
Jean Louis Gasset, coach désabusé d'une équipe cyclothymique qui s'est docilement soumise à la force de l'habitude face à son bourreau, une fois de plus...
Crédit photo : ARL Dorian Malvesin

Après St Etienne, Reims... Décidément d'une générosité sans égale en France face aux équipes en mal de points et de réconfort au coeur de l'hiver, les Girondins ont encore joué les Restos du Coeur en offrant à leur bourreau séculaire un énième festin, le troisième consécutif au Matmut en autant de réceptions dans ce nouveau stade. Pires que face aux Verts le mercredi précédent, les Bordelais, hors sujet de bout en bout et qui se sont sabordé le match en moins de 20 minutes (et peut-être leur saison, déjà), terminent en eau de boudin (sans les pommes) une année et un mois de décembre qui ne resteront pas dans les annales. A un rang finalement conforme à leur inconstance et leur valeur du moment, loin des espérances du début de saison. Juste consternant.

On espérait l'éradication du chat noir, mais il s'est encore profilé dans les travées désertes du Matmut et a donné ses coups de griffe dévastateurs. Rien de nouveau sous le soleil ni la pluie de décembre : ce n'est pas cette année que Bordeaux battra Reims, il faudra encore attendre pour cela, un peu comme on attend Godot dans la pièce de Beckett...

 

Des cendres en décembre, comme toujours

Les métaphores humoristiques iront bon train, histoire de tenter de dédramatiser le désastre : le Champagne sans les bulles, et une nouvelle bûche avant Noël, spécialité girondine, à l'issue d'un mois de décembre qui aura donc été à peine meilleur (2 victoires, 3 défaites) que celui des années passées et qui marque souvent le début de la fin pour les Girondins : pour mémoire, rappelons le décembre noir de 2016 sous l'ère Gourvennec (3 défaites dont 2 fois 4-0 à Montpellier et à domicile contre Monaco, aucun but de marqué et un seul point pris en 4 rencontres contre Nice à Bordeaux), le décembre de 2017 encore pire (4 défaites à Dijon et Nice et à domicile contre Montpellier et Strasbourg, 0 point sur 12 + 1 élimination à Toulouse en Coupe de la Ligue), le décembre 2018 (avec 3 réceptions et une seule victoire avec un nul concédé contre Amiens en fin de match), ou même celle de l'an dernier (carton contre Nîmes 6-0 suivi de 3 défaites à Marseille, Rennes et contre Strasbourg à la maison). Parce qu'à la lumière de son match courageux à Lille et des ses performances à Rennes et à Paris, on croyait Bordeaux supérieur aux équipes moribondes qui se présentaient ensuite sur son chemin, l'on espérait sinon neuf points, du moins six ou sept (dixit Jean-Louis Gasset au lendemain du match face au LOSC) pour voir l'équipe se relancer et aborder 2021 sous de riantes perspectives. Il faudra se contenter de trois sur neuf, un bilan médiocre qui n'ouvre évidemment pas les mêmes espérances pour une année prochaine qui risque de sembler bien longue et bien fade, une fois encore, et pas seulement à cause du Covid et des stades vides. Cyclothymique chronique, même quand les stades étaient pleins, Bordeaux continue de faire le yoyo et d'alterner le pire et le meilleur, parfois à 3 jours d'intervalle et presque avec les mêmes hommes...même si certains semblent plus essentiels que d'autres dans le frêle ensemble éminemment hétéroclite dont Jean Louis Gasset, comme ses prédécesseurs, a pour mission (délicate) de tirer le meilleur parti. Koscielny, par exemple, actuellement blessé, et sans qui Bordeaux n'a gagné que 2 matches sur 5, à l'énergie tant contre Brest qu'à Strasbourg. Ou Otavio, suspendu ce mercredi soir, qu'Adli, une fois de plus décevant quand il est titulaire, n'a pas su faire oublier.

Un seul être vous manque...

Sans son unique milieu récupérateur de métier, Bordeaux n'a rien récupéré du tout face aux Rémois...ou alors des miettes inexploitables, mais surtout pas les premiers ballons, ni même la majorité des seconds. Une des clés du match, une autre étant son incapacité notoire à gagner les duels balle au pied ou dans les airs, nonobstant le nombre de corners récoltés, le plus souvent par Poundjé (dont l'entrée profitable à la mi-temps à la place d'un Benito sans relief imposa à son adversaire direct Foket une seconde période beaucoup moins tranquille), mais qui firent le régal des tours de contrôle rémoises. Plutôt incisif à Strasbourg, Oudin n'exista quasiment pas contre ses anciens coéquipiers, pas plus que Maja aligné en pointe à la reprise, pris dans la tenaille Abdelhamid-Faes, ni Basic, qui courut dans le vide de bout en bout et récolta un carton jaune stupide pour une faute sur Zeneli qui lui fit bien des misères (65e), ou Zerkane, qui ne sut jamais où se situer et fut remplacé à la pause. Avec un Ben Arfa un peu moins bien, c'est évident, depuis 3 ou 4 matches, mais cependant assez lucide pour offrir (après celle de Strasbourg à Pablo) sa 4e passe décisive à Hwang pour la réduction du score consécutive à un ballon perdu par Moretto - par ailleurs excellent - sur sa seule erreur du match (1-2, 73e), on a très vite compris que la soirée serait compliquée pour les Marine et Blanc, mal entrés dans le match, à l'instar de ce qu'ils avaient montré contre St Etienne.  A cette différence près que contre les Verts une semaine auparavant, ils étaient encore vivants à la pause, tant bien que mal, et pouvaient espérer le meilleur, par la grâce d'un Costil intraitable. Pas ce mercredi, où il ne fallut pas plus de 20 minutes pour que la cabane tombe sur le chien et qu'un funeste présage ne se dessine. Avec un air de déjà vu dans un passé trop récent, les mêmes erreurs produisant les mêmes effets. Intransigeants défensivement à Strasbourg, les Girondins, en prévision des vacances de Noël peut-être et des précautions sanitaires qu'il fallait prendre en amont de celles-ci, étaient revenus à la distanciation de circonstance et au marquage à la Covid-19. Entendez par là à distance respectable de leur adversaire. Comme disait Louis De Funès : "Trop près, ils nous verraient. Trop loin, on ne les verrait plus...". La sanction fut immédiate : c'est d'abord le capitaine Abdelhamid, lâché au marquage par Pablo, qui pour son 100e match en Ligue 1, reprit de la tête sans opposition et à bout portant à un second poteau où ne se trouvait aucun autre défenseur bordelais un corner tendu de la gauche de Zeneli (0-1, 15e). Encore un but sur coup de pied arrêté encaissé par les Girondins (on n'oubliera pas non plus un autre corner repris par Fonte à Lille), la première alerte venue de Dia enrayée par Costil (12e) n'ayant pas servi d'avertissement. C'est ensuite Zeneli, pas plus attaqué aux 20 mètres que le stéphanois Nordin une semaine plus tôt, qui s'avançait avant d'expédier une frappe sèche déviée par Baysse que Cosil, pris à contrepied, repoussait à grand peine vers une défense roupillant à poings fermés. Un jeu d'enfant pour Dia que de pousser le ballon dans la cage déserte et de signer son 10e but de la saison (0-2, 17e). Ce fut ensuite miracle si Chavalerin, plein axe après avoir mystifié trois défenseurs, perdit le ballon, dégagé in extremis par Benito (32e). Loin d'être poussé dans ses derniers retranchements, Reims jouait à la passe à dix, attendant l'ouverture, dans une configuration idéale pour lui, avec deux buts d'avance. Une mi-temps blanche pour les Girondins, donc, avec pas la moindre frappe cadrée, malgré une possession de balle majoritaire, mais en trompe-l'oeil. C'est Hwang, lui aussi plus discret qu'à Strasbourg, qui cadrait enfin la première dès la reprise, mais pas assez pour menacer vraiment Rajkovic (46e). Le Coréen allait ensuite rater l'immanquable sur un coup-franc obtenu par Basic pour une faute peu évidente et frappé à ras de terre par Ben Arfa, qui mettait le gardien serbe en difficulté, incapable de bloquer le ballon. Seul à 3 mètres devant le but vide, Hwang trouvait le moyen de frapper fort...au-dessus (53e). Un loupé dans les grandes largeurs, à l'image du match de son équipe. Fort heureusement, ayant compris qu'il était parfois préférable d'user de finesse, il se rattrapait dans les conditions décrites plus haut sur l'offrande de Ben Arfa d'un joli plat du pied dans le soupirail de Rajkovic (73e). Mais ce but n'avait pas pour effet de relancer les Girondins, toujours aussi brouillons et sans rythme, dont on rappelle qu'ils n'ont jamais réussi à renverser la vapeur et gagner cette saison après avoir été menés au score. Reims continuait de gérer sans trembler et allait même signer son 14e match consécutif sans défaite contre sa victime favorite par une troisième frappe sans opposition du remplaçant Munetsi, du plat du pied, détournée au passage par Poundjé qui, cette fois, laissait Costil impuissant, après un caviar offert par Dia (1-3, 88e). La seule note réjouissante de cette fin de match pathétique était l'entrée en jeu du jeune Tom Lacoux à la place d'Adli pour son baptême du feu en Ligue 1, peu après l'entrée de Traoré à celle de Hwang. Comme si Jean-Louis Gasset, fataliste, qui laissait sur le banc Briand, commençait à préparer le terrain d'une année 2021 dont il semble ne pas attendre monts et merveilles en ce qui concerne le recrutement et le rééquilibrage de son équipe, pourtant indispensable sur ce que l'on a vu depuis 17 matches. Après 4 rencontres en 10 jours, sa formation va partir 6 jours en vacances (reprise le 30 décembre au Haillan) même s'il nous a semblé que beaucoup avaient pris de l'avance et déjà chaussé les tongs ou les skis, en cette avant-veille de Noël...Bref, si cela a vite senti le sapin dans ce match à oublier (le pire de la saison à domicile jusqu'à présent) qui voit Bordeaux rater une énième occasion de s'inviter dans une cour visiblement trop haut placée pour lui, il y avait bien les boules qui vont avec, certes, même si elles n'étaient pas de Noël. Mais pas de guirlandes pour enjoliver le tout, sauf celles que Jean-Louis Gasset a dû dérouler à la mi-temps en...enguirlandant ses hommes comme ils le méritaient. Mais en vain. Car les seules lampes que l'on a vu clignoter ce mercredi soir étaient rouge vif. 

Les réactions  

Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux, David GUION, l'entraîneur du Stade de Reims, Paul BAYSSE, le défenseur central des Girondins de Bordeaux, et Xavier CHAVALERIN, le milieu de terrain du Stade de Reims au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique assisté de Michel Le Blayo.

Prochain match à suivre sur nos ondes : FC Metz / FC Girondins de Bordeaux le mercredi 6 janvier 2021 à 19h en direct intégral du stade St Symphorien à Metz.

Réaction de Jean-Louis Gasset

Réaction de David Guion

Réaction de Paul Baysse

Réaction de Xavier Chavalerin

Photos