FOOTBALL (Ligue 1, 22e journée) : LYON / BORDEAUX (2-1) : Hold-up à la Lyonnaise


30 janvier 2021

Le football et la logique ne font pas toujours bon ménage, ils sont même quelquefois à l'opposé l'un de l'autre : c'est au soir d'une sortie plus que quelconque - pour ne pas dire médiocre - dans son antre du Groupama Stadium, surtout marquée du sceau d'une baraka insolente que l'OL a repris, au moins pour quelques heures, le fauteuil de leader qu'il occupait au soir du 6 janvier après son succès sur Lens (3-2). Vainqueurs chanceux d'un SCO d'Angers dont tous s'accordaient à dire qu'il méritait mieux la semaine passée au Matmut, les Girondins, avec exactement le même onze de départ, ont cette fois-ci semblé frappés d'une malédiction à peine croyable et concédé ce qui reste à ce jour la défaite la plus imméritée de toute la présente saison. Meilleurs que les Lyonnais dans presque tous les secteurs du jeu, remarquables par leur solidarité et l'équilibre de leur équipe quand l'OL n'a été porté que par quelques-unes de ses individualités, on dira une par ligne (Dubois derrière, Bruno Guimaraes au milieu et Depay devant, sans oublier le toujours décisif Anthony Lopes), ils ont pourtant trouvé le moyen de rentrer bredouilles en Gironde et d'interrompre la plaisante série qui s'étirait en terre rhodanienne depuis 5 ans, presque jour pour jour (dernière défaite 3-0 le 3 février 2016).

Dubois...mais pas du pipeau

Il s'en est fallu de 90 secondes, tout au bout d'un temps additionnel très généreusement décompté par M.Turpin qui n'était pas dans un grand jour lui non plus, que les Marine et Blanc ne refassent le coup de Paris et ne prolongent leur invincibilité en 2021. De 90 secondes, et aussi, il faut le reconnaître, d'un petit excès d'allégresse compréhensible, au vu de leur seconde période et des occasions qu'ils venaient de se créer, mais qui les conduisit à oublier les fondamentaux sur l'ultime contre lyonnais de la partie, pourtant pas très fulgurant, mais qui laissa tout le loisir à Cornet de partir côté gauche et d'adresser un long centre au deuxième, voire au troisième poteau... Anodin en apparence, sauf pour Léo Dubois, le meilleur défenseur lyonnais de la soirée, qui comptait 3 bons mètres d'avance sur un Maxime Poundjé ayant tardé à effectuer le repli défensif nécessaire. La suite n'émargera qu'à la rubrique de l'irrationnel ou de la copie d'icônes frisant la perfection. Car il y avait sûrement une bonne dose de Marco Van Basten dans ce que tenta le bien nommé ex-défenseur nantais, une volée sans angle du pied droit, qui s'en vint percuter l'intérieur du montant opposé de Costil, avant de se ficher en lucarne (2-1, 90e +3). Et du bois de bonne souche, croyez-le bien, pas de celui dont on fait les flûtes, encore moins du bois bandé, mais seulement de celui qui vous protège de sa bonne étoile dès l'instant qu'on le touche. Léo avait dû toucher Dubois en l'occurrence, pour faire ainsi sauter la banque et offrir au gang des Lyonnais (*) le butin de la soirée...Il ne manquait que l'Estafette. Reste à savoir si une autre fois dans sa carrière, il remettra ainsi le couvert. Sans faire injure à son indiscutable talent, on s'autorisera à en douter...

Oublier et relativiser, mais refaire

Pour rageante qu'elle soit, on tâchera d'oublier cette défaite, qui deviendra vite anecdotique pour les Girondins, à la condition qu'ils se montrent capables de rééditer pareille production dans les matches qui arrivent. Sur le fond autant que sur l'état d'esprit, elle est même autrement plus pardonnable que les deux qu'ils ont concédées avant Noël au Matmut contre St Etienne (toujours moribond depuis) et Reims, avec ces 6 points galvaudés plus par leur faute que par la valeur ou la chance de leurs hôtes ces soirs-là, et qui sont ceux qui manquent vraiment à leur compteur aujourd'hui, bien davantage que celui (voire ceux) qu'ils auraient pu prendre entre Rhône et Saône, où la tempête tant redoutée n'a jamais eu lieu, mais où d'autres équipes perdront d'ici fin mai, avec ou sans regrets. Face à un OL qu'on attendait tout feu tout flamme après sa visite de routine à St Etienne que célébrait d'ailleurs une banderole (en photo additionnelle) un tantinet frondeuse - on ne critique pas le côté farce, mais pour le fair-play il y avait quand même à dire, non ? - déroulée en bonne place dans cette immense enceinte de béton déserte, mais qui aborda les débats sur la pointe des pieds, sans ses trois retours (Cornet, Aouar et Paqueta) seulement laissés sur le banc par Garcia, Bordeaux ne tarda pas à montrer qu'il n'était pas venu pour vivre dans la prostration, replié sur lui-même. Assez logiquement, compte tenu de ses remontées de balles déjà très propres, et des envies offensives d'un Ben Arfa désireux de briller face à son club formateur, les premiers corners de la soirée furent girondins. Les premières fautes en milieu de terrain furent, elles, lyonnaises, début d'une trop longue série que M.Turpin ne sanctionna pas comme il l'aurait fallu, la tendance perdurant avec l'entrée de Paqueta (62e), auteur de trois fautes au bout de deux minutes passées sur la pelouse...A la mi-temps d'ailleurs, l'OL menait déjà largement dans ce domaine (10 fautes à 4), pour seulement un seul jaune, fort logique, à Thiago Mendes obligé de rattraper une bévue de Marcelo par une grosse faute sur Ben Arfa (15e), entouré d'attentions spéciales dès les premiers instants. Mais ce même Marcelo s'en était tiré impunément sur un tacle glissé pourtant "énergique" sur Kalu même pas sanctionné d'un coup-franc, emportant le ballon autant que la jambe d'appui du Nigérian (40e) et Paqueta eut droit à la même clémence en seconde période pour une faute sur Basic (65e). Considérablement gênés dans l'entrejeu par le système mis en place par Gasset et par un Adli au four et au moulin dans son rôle de récupérateur, les Gones commettaient des fautes loin de leur but, mais se méfiaient comme de la peste des coups-francs en feuille morte délivrés par Ben Arfa, ayant sans doute visionné la vidéo de son coup de pied décisif pour Pablo à Strasbourg. De fait, ils furent pas moins de 3 sur la ligne des 16,50m à se retrouver à la réception du ballon pour annihiler les deux coups de pied arrêtés à mi-distance dont Bordeaux hérita en première période. Seul problème : malgré d'évidentes intentions offensives, les Girondins ne se montraient jamais menaçants pour Lopes, nonobstant quelques montées bien senties de Sabaly ou d'Oudin. L'OL mit tout de même 16 minutes à déclencher sa première frappe du match, quand Guimaraes, le plus actif dans l'entrejeu lyonnais avec Caqueret, profita d'une liberté de mouvement coupable pour s'avancer et expédier une frappe de 20 mètres que Costil alla joliment chercher sur sa gauche. Banderille qui allait longtemps rester comme la seule frappe cadrée des locaux, l'OL perdant ensuite son défenseur Denayer victime d'un claquage derrière la cuisse sur une extension, à la lutte avec Hwang (22e). Une première fois, la chance montra de quelle côté elle pencherait quand, sur un corner joué à la rémoise entre De Sciglio et Depay coté gauche, le Néerlandais adressa un centre sur lequel Baysse fut dominé de la tête par Toko Ekambi. Le ballon revint sur la cuisse de Koscielny, qui se mua en passeur décisif bien involontaire pour Toko Ekambi, qui avait poursuivi sa course après son jump, et n'était pas hors-jeu sur la ligne des 5,50m, couvert par les latéraux bordelais (1-0, 32e). Sans l'avoir vraiment fait exprès, l'OL menait flatteusement, et cette partie de billard victorieuse devait constituer le seul fait d'armes de la soirée du Camerounais, auteur certes de son 10e but, mais par ailleurs très effacé, voire inexistant en seconde période. Cependant affectés moralement par ce handicap concédé contre le cours du jeu, les Girondins, dominateurs jusqu'alors (57% de possession sur les premières 25 minutes), accusaient le coup et laissaient inconsciemment les Gones prendre les choses en mains. Sans que cela ne se traduise sur le plan offensif autrement que par ce dernier centre puissant devant le but signé Depay, juste avant la pause, intercepté avec autorité par Costil devant Toko Ekambi et Kadewere (45e + 1), qui ne fut que l'ombre de lui-même sur ce match.

Le temps des regrets

Aux citrons, Bordeaux avait parfaitement su couper les circuits entre le milieu lyonnais et ses attaquants et empêcher la verticalité qui fait la force des Rhodaniens, Baysse réalisant quelques interceptions décisives, y compris après la mi-temps, notamment sur un ballon de Guimaraes vers Depay qui filait au but (69e). Comme en première période, Bordeaux obtenait les premiers corners du second acte, mais cette fois se montrait capable de créer le danger. C'est d'abord  Sabaly qui effaçait Kadewere avant de délivrer un centre qui mettait Marcelo au supplice. Sur le corner qui suivait, Oudin ratait de peu le cadre d'une puissante reprise du gauche (50e). Puis Ben Arfa perçait et profitait d'une incompréhension entre Dubois et Marcelo pour mettre Hwang sur orbite. mais le Coréen se précipitait et piquait aussitôt sa balle à l'aveugle, au lieu de prendre son temps, le ballon passant de peu à droite (52e). La récompense du haut pressing bordelais ne tardait pas à arriver quand Adli interceptait aux 25 mètres lyonnais une relance de Thiago Mendes, avant de servir Oudin sur la gauche. L'ex-rémois, comme à Strasbourg, centrait immédiatement sans contrôle et Kalu surgissait au point de penalty pour fusiller Lopes d'une reprise du gauche magistrale (1-1, 55e) pour son 3e but personnel. On ne peut plus mérité à cet instant de la partie. Commençait alors la meilleure séquence du match pour les Girondins, qui imposaient leur loi au milieu, sans qu'aucun d'eux ne commence à donner des signes de lassitude, ce qui conduisait Jean Louis Gasset, fort justement, à retarder quelque peu ses remplacements, pas indispensables à cet instant. Cornet, Paqueta, Slimani, puis Aouar entraient côté lyonnais, Rudi Garcia cherchant en vain la formule ou l'homme idoines pour déstabiliser le bloc girondin. L'OL s'en remettait à des simulations de ses attaquants pour obtenir de M.Turpin des coups-francs imaginaires : sur le premier, Depay entraînait dans sa chute Benito pour un coup-franc "sympathique" que le Néerlandais expédiait lui-même dans le mur (74e). Sur le second, Lucas Paquetà, qui avait poussé trop loin son ballon sur une percée de 20 mètres non maîtrisée par les Marine et Blanc, allait s'empaler sur Benito sans avoir retenu son geste (83e). Au lieu de l'avertir comme il l'aurait certainement fait si le Brésilien avait percuté Costil sorti à sa rencontre au lieu d'un joueur de champ, M.Turpin infligeait à l'international Suisse un carton jaune ubuesque (alors qu'un simple recours au VAR aurait suffi à lui révéler sa méprise), bientôt suivi d'un autre à Basic qui avait contesté. Le coup-franc tendu qui suivait offrait à Costil l'occasion de repousser des deux poings la seule frappe cadrée lyonnaise du second acte...avant le final que l'on sait. Mais entretemps, Bordeaux avait laissé passer sa chance. Ben Arfa avait d'abord enrhumé Marcelo d'un crochet suivi d'une accélération foudroyante (75e), avant que Rémi Oudin, sur une nouvelle percée décisive d'Adli qui lui délivrait un caviar, ne choisisse l'option de contrôler avant de voir Lopes fondre sur lui pour repousser sa tentative, alors qu'une frappe sans contrôle aurait sans doute été préférable (76e). La fin de match sentait le KO, et si les Lyonnais réclamaient une main (involontaire) de Koscielny sur une frappe d'Aouar (80e), Poundjé, sur une action du jeune Traoré et un bon pressing d'Adli sur Lopes, ratait de peu le cadre, sa frappe instantanée du gauche, à ras de terre, étant déviée au départ (86e). Le procédé ayant fonctionné pour les coups-francs auprès de M.Turpin, les Lyonnais essayaient d'en remettre une couche, Depay et Slimani s'effondraient dans la surface sur un centre de Dubois sans que cette fois, le référé ne bronche, fort heureusement. M.Turpin annonçait alors 5 minutes de temps additionnel au minimum, et l'on se demande bien où il avait trouvé matière à pareil décompte, la seule blessure sérieuse nécessitant un long arrêt de jeu (Denayer) ayant déjà été décomptée en fin de première période. On sait ce qu'il advint lors de ce Money Time pour les Girondins, une fois de plus battus après avoir concédé l'ouverture du score...

(*) Le Gang des Lyonnais était une association de malfaiteurs à l'origine d'une trentaine de vols à main armée entre 1967 et 1977, qui utilisaient souvent pour leurs déplacements des véhicules banalisés ou une fourgonnette mythique, le Renault Estafette. Le plus célèbre de leurs faits d'armes, vrai casse du siècle, fut sans doute l'attaque de l'hôtel des postes de Strasbourg en 1971. Presque aussi fameux que le casse des Gones en ce vendredi...Les années passent, la tradition reste.

Ecoutez les réactions de Marcelo GUEDES, le défenseur central brésilien de l'Olympique Lyonnais, Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux, Rudi GARCIA, l'entraîneur de l'Olympique Lyonnais, et Laurent KOSCIELNY, le capitaine du FC Girondins de Bordeaux au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Groupama Stadium à Lyon-Décines.

Prochain match à suivre en direct sur nos ondes : BORDEAUX / LILLE ce mercredi 3 février à 19h au Matmut Atlantique de Bordeaux.

Réaction de Marcelo GUEDES

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction de Rudi GARCIA

Réaction de Laurent KOSCIELNY