Football (Ligue 2, 18e journée) : Caen / Bordeaux (2-2) : A Caen, ils n'ont pas su gagner avec les tripes...


11 janvier 2023

Un point de sauvé, ou deux précieux qui s'envolent ? La question, dont on n'aura la réponse qu'à la fin de la saison, se posera longtemps pour les Girondins qui ont soufflé le chaud, puis le froid en Normandie, au point de frôler la défaite après avoir eu malgré tout plusieurs occasions de réaliser le KO par un 3e but qui n'est hélas jamais venu. Les 10e et 11e buts de Maja toutes compétitions confondues n'ont pas suffi, et Bordeaux perd encore du terrain sur Le Havre, chanceux vainqueur de Sochaux (1-0), mais reste à la seconde place. Il perd surtout, pour la troisième fois consécutive, un joueur sur expulsion (Michelin 68e), péripétie d'une seconde mi-temps fertile en rebondissements, mais gâchée par de multiples incohérences d'arbitrage.

Un très bon match de Ligue 2 et son lot de paradoxes, avec une rencontre trop bien partie et un succès qui sembla presque trop facile aux Marine et Blanc pour être vrai. Un match d'abord anodin et sans réel défi physique tant ils maîtrisaient leur sujet, puis âpre, intense, voire électrique en seconde période avec une tension palpable, mais où le spectacle fut toujours présent, avec deux équipes résolument tournées vers l'offensive et qui n'hésitèrent pas à prendre beaucoup de risques. Ce genre d'affiche fait honneur à la Ligue 2 et prouve qu'il y existe aussi de très bonnes équipes, qui ne refusent pas toutes le jeu. Sauf que, comme aurait dit Fernand Raynaud, attaquer à tout va, "ça eût payé, mais ça paye plus", nonobstant l'importance du 3e but, soulignée par tous les entraîneurs du monde, mais qui n'est jamais venu pour les hommes de Guion. Au final, eux qui avaient toutes les cartes en mains pour renouer avec un succès à l'extérieur qui les fuit depuis le 3 octobre à Laval (2-1) se sont compliqué la vie après les citrons et ont bien failli se tirer une balle dans le pied. Quoi qu'on dise ou écrive, l'excellent coaching de Sauvaget à la pause, tout comme son gros coup de gueule à l'endroit de ses troupes qui le méritaient bien, n'expliquent pas tout. Bordeaux a manqué de maîtrise, de métier ou même de roublardise, peut-être, pour casser le rythme et faire des fautes loin de son but, au contraire de ce qu'avait su par exemple faire le Havre le 26 décembre dernier lorsque, au début du second acte, le HAC avait commencé à perdre pied dans le jeu. Celles que l'équipe de Guion a commises, trop près de sa cage, lui ont coûté cher, amplifiées par un arbitre dépassé en seconde période parfois habité de visions, et l'une d'entre elles a fini par relancer les locaux. Et pourtant...

De la lumière à l'ombre

Et pourtant, la première période des Marine et Blanc fut souveraine, sans doute la plus aboutie de la saison à l'extérieur, du même niveau que celle réalisée au Paris FC début septembre avec une entame aussi fulgurante que dans la capitale, face à des Caennais amorphes et au bord du KO, sauvés par le gong de la mi-temps. La seconde en revanche a suscité beaucoup d'interrogations (parce que ce n'est pas la première fois que Bordeaux connaît ces trous d 'air, même si c'était passé contre Sochaux, plus à l'énergie qu'à la faveur d'une réelle maîtrise du jeu) , avec une réduction du score concédée trop tôt (52e) sur un coup-franc inutile, excentré sur la droite et un but de Mendy (son 7e de la saison) possiblement entâché d'un hors-jeu, selon l'avis des bordelais et notamment du capitaine Yoann Barbet. Dès lors, le match a changé complètement, avec des locaux transfigurés et survoltés, grâce à l'entrée en jeu de trois remplaçants qui a donné un tout autre allant à l'équipe malherbiste, à tel point qu'on se demande comment le SMC avait pu débuter la rencontre en se passant d'eux, notamment de Court, double passeur décisif avant d'être l'un des héros malheureux de la soirée...Il était également difficile d'imaginer que Kyeremeh sortirait tel un diable de sa boîte après les citrons, impliqué alors dans tous les bons coups normands après un premier acte quasi-transparent, ou que Mandrea sortirait les 3 arrêts décisifs nécessaires pour maintenir son équipe en vie à 2-1, lui qui était resté figé sur le second but bordelais. Le plus rageant est qu'on ne peut même pas reprocher aux Girondins d'avoir livré un mauvais match en défense, malgré ces deux buts concédés bien naïvement sur coups de pied arrêtés (une première cette saison, qui agite soudain un vieux spectre de la triste saison passée...). Non, malgré la kyrielle de corners concédés (11), Bordeaux a globalement tenu le choc en Normandie, avec parfois de très beaux gestes défensifs, face à une équipe désireuse de renouer avec une victoire qui la fuit depuis 2 mois et demi et qui lui imposa un pressing intense, comme l'avaient fait avant elle des équipes comme Laval ou Grenoble plus tôt dans la saison, sans parvenir à l'emporter. Pour preuve, on se remémore, entre autres, ce retour magistral de Gregersen - encore un des meilleurs bordelais - sur Kyeremeh après avoir perdu un duel aérien avec Mendy qui lui valut d'arborer autour du crâne le bandeau du guerrier pour le reste du match (19e), ou celui de Michelin sur cette fusée de Kyeremeh qui s'annonçait dévastatrice (49e), ou même ce tacle rageur de Fransergio à 80 mètres de son but pour briser l'ultime attaque normande de la rencontre (90e + 4), pour ne citer que ces exemples. Mais quand les contres et les balles de break (au moins quatre, pour Ignatenko qui trouva deux fois le portier local sur ses frappes, et surtout une pour Elis superbement lancé par Davitashvili qui aurait assurément constitué la plus belle action du match si elle était allée à Dame sans le brio de Mandrea, 56e) se sont présentées à lui, alors que le SMC prenait tous les risques, il n'a pas su avoir ce supplément d'âme pour enfoncer le clou et se sortir les tripes, à la mode de Caen, cela va sans dire...Ce qui explique qu'en dépit du point récolté malgré une infériorité numérique de 20 minutes qu'il compensa avec une belle solidarité, ce soit l'impression de frustration et de regrets qui prévaille. Ce n'était pas le cas à Bastia par exemple, quand il perdit deux autres points précieux le 17 octobre (1-1) in extremis et aussi sur un ballon arrêté, car en Corse, il n'avait jamais maïtrisé les débats comme il le fit en Normandie et le point du nul était ce soir-là ce qu'il pouvait espérer de mieux. Mais pas ce mardi soir, où il y avait la place de gagner, incontestablement.

Maja joue les Majax

Dans le positif, on retiendra donc surtout le premier acte, que Bordeaux aurait même pu boucler avec 3 buts d'avance qui auraient alors scellé le sort du match, si ce tir sans élan de 20 mètres d'Ignatenko avait trouvé la lucarne malherbiste (10e). Retrouvant l'une de leurs bonnes habitudes, les Marine et Blanc avaient frappé d'entrée, comme au Paris FC, à Rodez ou face à QRM. Servi dans l'axe à 25 mètres, Elis, logiquement titularisé par Guion tout comme Fransergio eu égard à la production des deux hommes contre Rennes, lançait idéalement Maja qui enrhumait Cissé et s'enfonçait dans l'axe de la défense comme dans un pain de beurre normand, avant de battre de près Mandrea d'une pitchenette à la Giresse (0-1, 4e). Percutants, bons dans l'anticipation, et assez verticaux, les Girondins doublaient la mise sur un coup-franc obtenu par Elis sur le côté droit près du point de corner, après avoir été séché par Thomas qui écopait d'un jaune logique sur l'action. Tiré par Michelin, le coup-franc était dévié d'abord par Gregersen, puis par Barbet d'une aile de pigeon acrobatique qui servait (volontairement ?) Maja au second poteau, seul et à bout portant (0-2, 25e). L'anglo-nigérian jouait les magiciens et retrouvait son efficacité de l'automne en signant ses 10e et 11e buts, coupe de France incluse, devenant meilleur buteur de la Division. Si Caen tentait de réagir, c'était souvent de façon brouillonne, malgré les montées fréquentes de El Abdi sur la gauche, l'activité de Deminguet et les percussions de Mendy qui livrait un sacré duel à Gregersen. Michelin écopait d'un premier jaune assez sévère tant le contact sur ce même El Abdi semblait léger, le joueur caennais tombant bien après la "faute" (39e).

Expulsion ubuesque

A la pause, les plus optimistes pensaient que le plus dur était fait. Ils se trompaient. Comme l'avaient fait Sochaux et Rennes avant eux face aux Girondins, les Caennais attaquaient le second acte remontés comme des pendules (normandes, évidemment) et marquaient très vite, trop vite. Un premier coup-franc pour une faute peu évidente de Nsimba sur Court ne prêtait pas à conséquence (48e), mais le second, bêtement concédé par Davitashvili que M.Lissorgue avait à l'oeil depuis un moment pour une succession de fautes répétées du Georgien, apportait les dégâts mentionnés précédemment, avec ce ballon ciselé de Yoann Court quasiment au même endroit, repris de la tête au second poteau par Mendy qui gagnait son duel face à Gregersen, le seul que le Norvégien ait perdu dans ce match, le hors-jeu de l'ex-bordelais n'étant pas impossible comme le juge assistant le signala dans un premier temps, car il semblait très près de la ligne de but et derrière les défenseurs girondins (1-2, 52e). A partir de cet instant, la furia gagnait les esprits des caennais, portés par plus de 15 000 spectateurs. Mais si la possession de balle devenait très majoritairement normande, au contraire de la première période, les contres girondins restaient incisifs, comme on l'a vu. Dans la foulée, Ignatenko recevait son carton hebdomadaire pour une faute totalement inutile dans le rond central sur Zady Sery (54e), révélateur d'une certaine fébrilité bordelaise. Par précaution et sentant que la température montait sur la pelouse, David Guion sortait Davitashvili au bon moment avant que le pire n'arrive pour son joueur, sur le fil du rasoir, et après le duel perdu par Elis, Ignatenko se heurtait deux fois (62e, 65e) à l'intransigeance de Mandrea, imité par Bakwa (68e). Sur une ouverture dans son dos côté droit, Michelin ratait la réception du ballon et en retombant sur la pelouse, sa main heurtait légèrement le dessus du crâne de Mendy qui s'effondrait deux mètres plus loin....Déjà peu à son avantage depuis la reprise, M.Lissorgue, visiblement plus sensible à la démonstrativité du caennais qu'à la réalité de la faute et du contact, décidait de sortir un second jaune effarant, synonyme d'expulsion pour l'ex-Toulousain et Lensois (68e). La 3e consécutive pour Bordeaux, après Delaurier-Chaubet contre Sochaux et Bokelé contre Rennes, et sûrement la plus scandaleuse des trois. Dans l'histoire, on ignore avec quel arrière droit de métier Bordeaux affrontera Amiens ce vendredi...peut-être avec Mwanga, qui dépanna à ce poste jusqu'à la fin de la rencontre. Le SMC enchaînait alors les corners, y compris ceux qui n'existaient pas (déclenchant la colère de Barbet et un carton à la clé), mais n'arrivaient guère à cadrer leurs tentatives, avant que Zady Sery n'obtienne un énième corner sous le tacle conjugué de Gregersen et Barbet. Celui-ci, tiré de la gauche, trouvait El Abdi trop seul au second poteau qui prenait le meilleur sur Barbet avant de reprendre le ballon d'une tête lobée qui venait mourir dans le petit filet (2-2, 81e). La fin de match s'annonçait alors très longue pour les Girondins, et Poussin repoussait des deux poings une mine de Vandermersch (86e), avant que ce même joueur n'ait maille à partir avec Elis le long de la touche. Venu tenter de séparer les bélligérants, Court mettait le Hondurien au sol d'un ippon en bonne et due forme, et était expulsé à son tour par M.Lissorgue après un long moment de confusion (87e), les deux autres joueurs écopant chacun d'un avertissement. Le score en restait là, la fin de match n'apportant rien de notable malgré 6 minutes de temps additionnel, si ce n'est un nouveau jaune pour Bakwa pour un ballon expédié en tribune, excédé par les fautes non sifflées sur lui depuis son entrée sur la pelouse. Le Havre ayant battu Sochaux (1-0) avec toujours la même baraka (but d'Alvero contre son camp), 7 points séparent désormais le premier du second de Ligue 2. Si les Girondins n'ont pas perdu hors de leurs bases, ces deux nouveaux points laissés en route ne leur laissent guère le choix des armes au Matmut contre Amiens, qui a arraché le nul sur sa pelouse contre Guingamp (1-1) à l'ultime minute grâce à son buteur Arokodare, que les Girondins auront tout intérêt à surveiller de près ce vendredi...

[Christophe Monzie au stade Michel D'Ornano à Caen, photos C.M.]

Réaction d'Ibrahim CISSE, défenseur central du Stade Malherbe de Caen, au micro de Christophe Monzie.

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Réaction de David GUION, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.

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Réaction d'Anthony MANDREA, gardien de but du Stade Malherbe de Caen.

Caen Football Girondins de Bordeaux (10 Janvier 2023) Anthony MANDREA, Gardien de but SM Caen.jpg (2.38 MB)

Réaction de Yoann BARBET, capitaine du FC Girondins de Bordeaux.

Réaction de Patrice SAUVAGET, l'entraîneur du Stade Malherbe de Caen.

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Réaction de Junior MWANGA, défenseur/milieu de terrain du FC Girondins de Bordeaux.

Caen Football Girondins de Bordeaux (10 Janvier 2023) Junior MWANGA, Défenseur FCGB.jpg (2.39 MB)