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« Il a fallu repenser son quotidien » - la Covid-19 impacte également les habitudes à Bossugan, commune la moins peuplée de Gironde

16 février 2021 à 15h55 Par Jérôme Martin-Castéra
Crédit photo : J.M.C.

29 âmes peuplent Bossugan.

Pascale Québec est à la tête de la commune la moins peuplée de Gironde et elle en est fière. Depuis 2008 cette mère de deux enfants est la mairesse de Bossugan. Elle raconte d'ailleurs n'avoir « pas eu le choix » : « j'ai été désignée mais j'en suis ravie ».

Moins de 30 habitant.e.s

Niché à une trentaine de minutes de Libourne et non loin de Rauzan, Castillon-la-Bataille et de Blasimon, les trois "grandes villes" à proximité,  Bossugan a comme voisines Mérignas, Pujols, Ruch ou encore Saint-Pey-de-Castets qui est 20 fois plus peuplée qu'elle. Ils sont précisément 29 à vivre dans ce charmant village traversé par la D17. Insuffisant pour former une équipe de rugby. Ça passe en revanche pour une partie de football. Cependant, il n'y a aucune installation sportive à l'horizon. N'y cherchez pas non plus le moindre commerce, il n'y en a pas. Une boîte aux lettres de La Poste et un arrêt de bus aux abords de la petite mairie et puis c'est tout. La commune compte tout de même trois châteaux, certains domaines viticoles (Donjon de Bruignac, château Robert.... ) et même un chemin de randonnée. Classée aux Monuments Historiques, la petite église Saint-Laurent apporte aussi un certain atout à la minuscule localité.

Comment est-t-elle en arrivé là ?

« On se connaît tous » raconte Pascale Québec, elle même salariée dans une société de prestation agricole. L'élue de 55 ans n'imagine pas tellement voir sa commune grossir ou alors se doter de quelconques commerces. « Grandir ? Non. Mais garder nos enfants et petits enfants oui ». Il faut dire que d'année en année, Bossugan voit sa population diminuer. La nouvelle génération ne faisait pas forcément le choix de reprendre le domaine familial. « Même s'ils n'habitent pas ici, on veut qu'ils reviennent quand il y a des événements et des fêtes » complète la mairesse encartée aux Républicains et présente sur la liste d'Yves d'Amécourt aux dernières sénatoriales.

Des confinements en petit comité

Élue en mars 2020 pour la troisième fois, Pascale Québec y voit là une certaine marque de confiance de la part de ses administré.e.s. Un nouveau mandat qui a débuté avec un premier confinement. Difficile d'imaginer ce qui allait suivre. Forcément, un confinement dans un village de 29 résident.e.s ne se vit pas de la même façon que dans une métropole comme Bordeaux, située à 1h de route et presque 9000 fois plus habitée. « On n'a pas été tellement impactés, notre vie est dehors et on n'a pas été enfermés dans des appartements en ville, raconte la première magistrate de Bossugan. Il a fallu tout de même repenser son quotidien et s'adapter et nous priver d'une certaine liberté». Avec une moyenne d'âge de 56 ans, Bossugan a une population active.

Les confinements vécus depuis la commune 

Tout le monde travaille. Le télétravail ne fait pas tellement partie du quotidien des bossuganais et des bossunagaises habitué.e.s à travailler en plein air. Seule la secrétaire de mairie s'y est mise. « Ça nous a aidé à nous améliorer sur certains points en informatique » ironise Pascale Québec qui a son avis sur un possible troisième confinement : « les gens seront malheureux... ça ne passera pas bien. Le deuxième confinement déjà on l'a plus mal pris. On s'est dit " c'est quoi cette affaire ?!" ».

Un troisième confinement

En ces temps troubles, Pascale Québec fait office de repère. « On a besoin de se parler, de se voir. On a besoin de tout ça » développe t-elle. Les conseils municipaux n'ont pas lieu toutes les semaines à Bossugan. « De temps à autre » et c'est tout. Le reste du temps, c'est de vive voix que les élu.e.s et les habitant.e.s échangent et évoquent la vie du village.

Le besoin d'échanger

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Pascale Québec est à la tête de la commune la moins peuplée du département

La travailleuse viticole représente également sa commune au sein de la Communauté de Communes Castillon Pujols. Et si en ce moment, les communications sont réduites, le contact est solidement gardé avec les élu.e.s des alentours. Au printemps dernier, très rapidement, la CDC a réussi à trouver des couturières pour fabriquer des masques. Une certaine solidarité s'est mise en place. Bossugan, malgré sa taille et sa faible densité, n'a alors jamais été isolée.

2021, l'espoir ?

Dans la (très) petite mairie est accrochée au mur une photo où l'ensemble (ou presque) de la population de la commune apparaît à l'occasion de la fête de village. Pascale Québec aime cette photo et la montre fièrement. On y voit des sourires, aucune distanciation sociale et les seuls masques sont ceux des déguisements. « C'est ça Bossugan » dit la maire tout en pointant le cadre de son index.  « On ne peut plus se rassembler... faire nos fêtes » regrette t-elle énormément. Dans de telles territoires, les rassemblements sont sacrés. Difficile de savoir quand cette petite trentaine d'hommes et de femmes pourra se retrouver "comme avant". « 2021 serra beaucoup plus compliquée économiquement parlant » analyse la mairesse qui reste prudente sur l'évolution de la situation. « J'ai beaucoup d'espoir sur les vaccins, pour pouvoir espérer voir le bout du tunnel pour fin 2021. Il le faut » martèle t-elle.

Prudence pour 2021

Malgré ce contexte, Pascale Québec et ses équipes continuent de s'activer pour leur bourgade de cœur. « On continue... on ne s'arrête pas » lance t-elle. Parmi les gros projets, figure la quatrième tranche des travaux extérieurs de l'église puis l'installation des carelages intérieurs l'année prochaine. Fermé durant une quarantaine d'années, l'édifice a connu une seconde jeunesse en rouvrant d'abord sans sa cloche.

Il a seulement fallu attendre 2016 pour réentendre le monument d'architecture romane retentir. Le chantier continue et la vie poursuit son cours dans la commune la moins peuplée de Gironde et parmi les quatre moins habitées de Nouvelle-Aquitaine.

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L'église Saint-Laurent et son - petit - cimetière