« Les gens sont venus au Krakatoa mais pas à un niveau normal » -  la vie culturelle toujours autant impactée par la Covid-19 qui menace de nouveau


09 novembre 2021

Plus d'un an après le début de la pandémie de Covid-19, la Culture reste plus que jamais l'un des secteurs les plus touchés par cette crise. Au Krakatoa de Mérignac, comme partout en France, le constat est le même. Et le rebond de l'épidémie inquiète. 

Déjà fortement touché depuis mars 2020 avec des fermetures et des restrictions à rallonge, le milieu de la Culture peine à sortir la tête de l'eau. S'il ne se noie pas, les temps sont durs et les chiffres de l'enquête commandée par le ministère de la Culture ne vont pas tellement servir de bouée. On apprend grâce à cette étude qu'un peu plus d'un français sur deux (55%) s'est rendu dans un lieu culturel depuis la mise en place du pass sanitaire le 21 juillet alors que 88% des français se rendaient dans un lieu culturel au cours d’une année normale. L'Institut Harris Interactive qui a mené l'enquête entre le 31 août et le 3 septembre 2021, nous informe également que 51% des 76% des Français qui déclaraient se rendre, en temps normal, au moins une fois au cinéma y sont retournés. Les amoureux de musées ne sont que 40% (des 67% habitués) à y être retournés.  Tout aussi alarmant : parmi les 60% des français qui assistaient à un concert au cours d’une année sans pandémie et donc sans pass, seuls 27% a ont eu l'occasion de s'y rendre de nouveau . Un chiffre qui tombe à 25% pour les théâtres

En dessous des espérances 

Sur le terrain, ces chiffres se confirment en grande partie. « Certains films qui devraient faire des millions d'entrées en font finalement nettement moins qu'espéré » analysait sur ARL Vincent Piot, directeur du Grand Ecran Sainte-Eulalie. « L'affluence générale pour les spectacles n'est pas normale » disait en septembre Michel Goudard, patron de sociétés de spectacles dans le grand Sud-Ouest. Et si certains événements peuvent afficher complet, beaucoup d'entre eux sont en fait des spectacles reportés depuis x temps. « Pour des artistes reconnus les gens sont venus mais pas à un niveau qualifié de normal et sur les concerts de découvertes il y a beaucoup moins de monde que prévu » commente de son côté Didier Estebe. Le directeur du Krakatoa de Mérignac explique cette reprise plus que timide par différents facteurs : « il a les gens qui ne sont pas et veulent pas être vaccinés, les pas totalement rassurés encore pour venir ou ceux qui en ont perdu l'habitude ». 

Malgré cela la vie à pu reprendre dans la mythique SMAC de l'avenue Victor Hugo qui a pu retrouver ses aficionados en juin dernier avec une jauge réduite, en formule assise, le masque et le pass sanitaire obligatoires.  Il aurait été difficile d'imaginer une telle chose rien qu'en février 2020. L'artiste Suzane,  attendue à Mérignac  en 2020 à à la base, y aura notamment joué à cette période. « On a pu rouvrir dans des conditions qui ne tenaient pas debout » en sourit aujourd'hui Didier Estebe. Mieux que rien comme on dit. 

Retour de certaines restrictions ? 

La rentrée et la baisse du nombre de cas Covid apportaient un certain espoir dans cette reprise. L'allégement des mesures aussi. Les concerts se font désormais debout et le masque n'est alors plus obligatoire au contraire de ce fameux pass sanitaire. Après plusieurs reports, Dionysos fait alors le plein tout comme Thérapie Taxi, aujourd'hui séparé, pour deux soirs sold out au Pin Galant (un événement organisé par Transrock, l'association du Krakatoa).

Désormais à jauge totale, la salle mérignacaise de 1200 places (et bientôt 1500) s'apprête à accueillir son premier concert complet dans cette configuration avec la venue de Feu! Chaterton le 24 novembre.

Mais au vu des derniers chiffres de l'épidémie, qui font basculer la Gironde au dessus du seuil d'alerte, l'inquiétude plane et Didier Estebe, de nature optimiste, ne cache pas ses doutes : « on va être de nouveau impactés. On attend les decisions de la Préfecture pour savoir ce que nous allons faire ». 39 départements de l’hexagone, dont le Lot-et-Garonne, ont déjà du faire des rétropédalages en baissant les jauges des salles accueillant du public debout (y compris les boîtes de nuit). La préfecture de Loire-Atlantique a elle décidé de réinstaurer le masque dans ces lieux. Celle de la Sarthe a fait le choix de l'imposer également lors d'un festival au Mans. À quelle sauce seront mangés le Krakatoa, la Rock School Barbey, l'Accordeur, l'Iboat, le Rocher de Palmer et les autres salles de concerts de Gironde ? Les jours qui arrivent aideront très certainement à les éclairer. 

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par KRAKATOA (@krakatoa_33)


Le concert complet de Feu! Chaterton pourrait être alors être impacté. « Ce n'est pas exclu qu'on propose un remboursement, détaille le patron du Krakatoa, et de relancer une billetterie avec une jauge réduite ». Pour l'heure, seul le show des interprètes de "Monde Nouveau" serait concerné. « On n'atteint pas la jauge de 75% avec nos autres concerts » constate Didier Estebe qui pourra avec ses équipes, et si besoin, stopper les ventes de billets, qui se font principalement au dernier moment, à temps.

Et pourtant, la fin de l'année s'annonce musicalement intéressante dans la salle qui espérait un tout autre trentième anniversaire en 2020. Maceo Parker, parrain des lieux, The Stranglers, Lilly Wood & The Prick ou Frànçois & The Atlas Mountains sont notamment attendus par là-bas. Si tout va bien. 

[Jérôme Martin-Castéra – photo : Transrock]