
07 février 2021
Retour à la case départ, ou presque. Le mois de janvier et la belle série qui l'a accompagné avaient suscité quelques fols espoirs, et des voeux européens peut-être prématurés, même si c'était la période de les formuler. Février vient douloureusement rappeler que les voeux en question peuvent aussi être...pieux, quelquefois. Le Stade Brestois, loin d'être à l'aise dans ses crampons puisqu'il restait sur 2 défaites à domicile (Rennes 1-2 puis Metz 2-4) et 5 matches sans victoire, aurait dû être l'occasion pour les Girondins de rebondir après deux défaites chez des ténors qui leur avaient surtout valu de récolter des louanges après Lyon, et des encouragements après Lille, à défaut de points.
Triste première
Mais au moins avaient-ils "l'excuse" d'avoir affronté des adversaires qui ne boxent pas dans la même catégorie qu'eux. Pas cette fois-ci, où leur expédition finistérienne, après une entame qui aura fait long feu suivie d'une heure de jeu indigne de leur statut, restera surtout comme une triste "première" dont on se serait bien passé : leur première défaite de la saison après avoir mené au score. Et encore est-ce un minimum, tant le manque d'implication affiché à partir de la demi-heure de jeu et le marquage à la Covid - à 2 mètres de distance, au minimum...- qui s'ensuivit sur toutes les incursions bretonnes auraient pu conduire à une punition plus large, si les locaux avaient été plus adroits dans leurs tentatives (6 tirs cadrés sur...25, un vrai bombardement en règle) ou si on ne leur avait pas refusé deux buts (Cardona 45e+1 pour hors-jeu, Mounié 76e pour une charge sur Costil pas si évidente). Mathématiquement, certes, ce 3e revers consécutif maintient Bordeaux à la 10e place et ceux qui les précèdent ont aussi perdu (Metz, Angers et Marseille) dans un championnat tiré vers le bas et un classement qui, hormis pour les 4 de devant, avance à un train de sénateur, heureusement pour eux. Mais à l'échelle de la saison, dans la maturité et le mental qu'on espérait voir s'affirmer durablement au sein de ce groupe après son match-référence à Nice, force est de constater qu'on est revenu au point où on en était le 23 décembre, au lendemain d'une (autre) défaite piteuse contre Reims au Matmut. Le coup de fatigue peut être une explication - Laurent Koscielny réfutait cependant l'argument après le match - même si le rythme des matches, certes excessif, est absolument le même pour toutes les équipes. Car à la différence de pas mal d'autres formations, la rotation est faible dans le groupe bordelais, les jeunes minots ne disputant que des petits bouts de matches, dans un groupe que Gasset n'a de toute évidence pas les moyens de pouvoir changer sous peine de le saborder. Il n'aura pas fallu longtemps pour se rendre compte aujourd'hui que malgré le dégraissage quantitatif souhaité - et acté durant le mercato - par le propriétaire du club (3 départs, une arrivée, et encore, en prêt seulement), l'effectif est loin d'être pléthorique et les solutions se comptent sur les doigts d'une main, avec une liste de blessés qui s'allonge (outre Sabaly, Kalu manquait à Brest, remplacé dans le onze de départ par De Préville, dont le début de match fut assez prometteur, comme celui de ses coéquipiers, avant l'extinction des feux). On préfère ne pas imaginer, par exemple, ce qui pourrait advenir si l'un des deux compères de la charnière centrale Baysse-Koscielny venait à être blessé durablement. Car à Francis Le Blé, comme à Lyon ou face à Lille, c'est encore elle - avec derrière elle un Costil irréprochable qui a retardé l'échéance, mais s'est retrouvé livré à lui-même sur les deux buts, comme face aux Dogues - qui a supporté tout le poids de la rencontre, le milieu de terrain se liquéfiant au fil des minutes - y compris quand Adli retrouva son poste de prédilection en n°8 dans la dernière demi-heure après l'entrée de Seri - au point de laisser aux Brestois le loisir de courses folles parties de bien trop loin et jamais contrôlées, telles celles des deux latéraux Faussurier et Perraud, nullement contrariés sur leurs montées, qui prirent une part déterminante dans le succès des leurs. L'une des clés de cette rencontre, assurément, l'autre étant la désinvolture que Bordeaux afficha trop souvent sur des actions simples où il n'y avait pas danger, comme par exemple ce ballon non contrôlé par Basic dans l'axe qui offrit à Jean Lucas (un des meilleurs brestois), surgi dans son dos, l'occasion de la première banderille sérieuse sur un centre en retrait de Perraud (10e), ou ce corner stupidement concédé par Oudin sans réelle menace (38e), ou même ce ballon perdu par Basic sur une touche bordelaise coté droit qui permit à Faussurier de centrer avant que Charbonnier et Cardona ne soient signalés en position de hors-jeu, sur la frappe victorieuse du second nommé avec l'aide de la barre (45e+1).
Le temps des cerises...et des regrets
A bien y regarder, on se demande pourtant comment Bordeaux a bien pu s'y prendre pour ne pas gagner cette rencontre sur cette pelouse qui lui est obstinément source de désillusions. D'entrée de match, la fluidité dans les transmissions et sa volonté de se porter vers l'avant mirent les Brestois dans leurs petits crampons, et le ballon fut exclusivement propriété bordelaise sur les 4 premières minutes, les Bretons le touchant moins de dix fois. Mais pour quel résultat ? Un centre fuyant d'Oudin de la gauche au second poteau que ni Hwang ni Ben Arfa ne purent reprendre pour un corner à la clé (2e), une frappe flottante de Basic déviée également en corner par un défenseur (7e). Sans oublier un carton jaune vite dégainé par M.Wattellier à l'endroit de Ben Arfa pour une faute anodine sur Lucas (6e) au milieu du terrain, bien sévère sanction quand on se souvient, dans un passé récent, de tous ceux que les milieux de terrain lyonnais ne prirent pas, huit jours plus tôt, pour des fautes autrement plus nettes et plus nombreuses...Le Monsieur Plus girondin hérita cependant de la plus grosse occasion bordelaise du match, sur un caviar de De Préville, mais seul à 8 mètres, il vit sa reprise de l'intérieur du pied sauvée par Sébastien Cibois, le gardien remplaçant dont c'était la première apparition de la saison en L1 à la place de Larsonneur, jugé hors de forme (12e). Bordeaux confisquait le ballon (70% de possession au quart d'heure de jeu) mais Brest, à chacune de ses rares incursions, trouvait le moyen de se montrer dangereux. La frappe en demi-volée de Lasne au second poteau, à la réception d'un coup-franc de la gauche, frôlait le poteau droit de Costil (19e), mais c'est surtout Faussurier, sur l'une de ses énièmes montées, qui offrait à Charbonnier une balle brûlante que l'athlétique attaquant breton expédiait au ras de la transversale (26e), après une première tentative moins dangereuse deux minutes auparavant. L'on sentait déjà que la tendance du match était lentement mais sûrement en train de s'inverser et que les Girondins perdaient de leur superbe, avec une possession de balle qui ne suffisait pas à masquer leurs lacunes techniques (14% de centres réussis, par exemple), ni leur relative indolence défensive (15 tacles effectués, contre 24 aux Brestois sur l'ensemble de la rencontre). On espérait un recadrage évident et une prise de conscience de la situation à la pause. On se trompait.
Un air de déjà vu
Le second acte accentuait au contraire cette angoissante impression que les Girondins continuaient de reculer, de laisser trop de liberté au porteur du ballon, qu'il s'agisse des milieux ou des arrières brestois, dont aucun ne manquait la moindre occasion de venir aux avant-postes semer la panique. 5 minutes ne s'étaient pas écoulées que déjà Brest avait hérité de deux occasions nettes et Koscielny, obligé de se sacrifier, d'un carton jaune logique (48e). Lucas, sur un une-deux plein axe avec Cardona, avait contraint Costil à une superbe parade (46e), le portier bordelais s'interposant ensuite face au même homme, sur le coup-franc suivant la faute de Koscielny. Inexplicablement, mais avec une nette impression de déjà vu, notamment la saison passée lors des deux matches disputés dans ce stade, Bordeaux perdait les pédales d'un match dont le début avait ouvert de tout autres perspectives, exactement comme face à Angers, où il avait déjà connu la panne à la demi-heure de jeu. Sauf que cette fois-ci, il n'était pas à domicile et ne menait pas de deux buts au score. Après que Basic eut écopé lui aussi d'un carton bien sévère qui lui vaudra d'être suspendu pour le match à Nîmes (3 cartons en moins de 10 matches) et que Faussurier, dans un angle fermé après avoir trop facilement enrhumé deux Girondins d'un crochet intérieur, eut buté sur Costil repoussant du pied son tir croisé (54e), l'aubaine - car c'en était une à cet instant du match - allait pourtant se présenter pour les Marine et Blanc à la 56e minute, quand Hwang, transparent jusque là, profitait d'une erreur de Hérelle, trompé par un mauvais rebond sur une balle en profondeur de Benito, pour contourner le grand défenseur brestois et dévisser sa frappe du droit, qui avait pour avantage de mystifier aussi Cibois, le ballon roulant lentement dans le soupirail au ras du poteau (0-1, 56e) pour son 6e but. Cette réussite inespérée allait-elle redonner du coeur à l'ouvrage et de la sérénité aux Girondins, avec l'entrée en jeu de la recrue Seri à la place d'un Basic encore une fois hors du coup et de l'expérimenté Briand à la place du meilleur buteur bordelais ? Loin de là, ils continuaient de subir le coup de tabac breton et les vents mauvais venus de la Baie des Trépassés (*) qui allaient finir par les emporter. Les montées de Chardonnet, de Faussurier ou de Perraud, l'énorme activité de Faivre lui aussi trop libre de ses mouvements tout le match continuaient le travail d'érosion du bloc girondin. L'on croyait revivre le match de Coupe de la Ligue de la saison passée où des Girondins amorphes avaient laissé une équipe Bis de Brest leur marcher sur le corps, ou même le match de championnat qui suivit deux mois plus tard où, à 11 contre 10 bretons, ils avaient concédé l'égalisation à force de trop reculer, sur un autogoal de Benito.
Coaching gagnant pour Dall'Oglio
Ne restait plus pour le coach breton qu'à tenter un coup de poker en faisant entrer ses atouts offensifs pour faire sauter le verrou. Pari réussi puisque Franck Honorat comme Steve Mounié alaient être tous deux impliqués sur l'égalisation. M.Wattellier refusait d'abord à Mounié l'égalisation pour avoir pris le dessus, de la tête, sur Benoït Costil après avoir touché le gardien bordelais, irrégulièrement à son avis (76e). Ce qui ne décontenançait pas le moins du monde l'attaquant brestois, qui, 30 secondes plus tard, se retrouvait à point nommé et totalement seul pour glisser dans le but vide un ballon repoussé par Costil suite à une frappe à ras de terre du meilleur buteur breton (7 buts), laissé inexplicablement libre de ses mouvements à 20 mètres (1-1, 77e). Mais le pire - et le plus intolérable - était à venir : après une superbe intervention de Paul Baysse dans les pieds de ce même Mounié décidément intenable (82e), Romain Faivre, parti de son propre camp, s'avançait plein axe sur 40 mètres sans être attaqué dans une course solitaire qui ressemblait comme une soeur à celle de Grandsir la saison précédente en Coupe de la Ligue, et se heurtait à trois bordelais (Lacoux, Koscielny et Baysse) avant de s'appuyer sur Jean Lucas, mais faisait valoir son engagement physique pour profiter d'un contre, dévié au départ par Koscielny, qui lobait Costil, un peu avancé (2-1, 85e). Un but plein de chance, sans doute, mais une chance que les locaux avaient su forcer, alors qu'on se demande où était passé le milieu de terrain bordelais sur cette action.... Comme à Strasbourg 4 jours plus tôt et comme souvent cette année, Brest finissait pied au plancher et emportait la décision dans les derniers instants, en toute logique, pour l'avoir voulu bien plus que les Girondins, signant sa 7e victoire à Francis le Blé. Ceci à l'issue d'un second acte à sens unique ou presque, Bordeaux, hormis une volée anodine de 20 mètres de Briand sur Cibois, s'étant montré incapable de se créer une seule occasion digne de ce nom face à l'avant-dernière défense du championnat...De la grande baie à la funèbre réputation remontaient alors, portés par les embruns, les vieux fantômes qu'on croyait enfouis, témoins de la bipolarité chronique de cette équipe. Oui en vérité, c'est bien davantage le Bordeaux démissionnaire ou suffisant (?) des matches contre St Etienne, Reims, ou à Lens ou Monaco que l'on venait de voir "à l'oeuvre", plutôt que celui qui avait forcé l'admiration à Nice par sa maîtrise technique, à Paris par son culot, à Strasbourg ou à Rennes par sa solidarité de tous les instants. Sans oublier son ineffable coeur d'or, qui lui valait d'avoir relancé, encore une fois, une équipe en mal de points et de confiance. Il faudra bien qu'un jour, à la longue, on lui érige une statue, en témoignage de cette qualité rare.
(*) Grand site de France, constitué d'une baie et d'une plage de sable enserrées par la pointe du Raz et la pointe du Van, située sur les communes de Plogoff et Cléden-Cap Sizun, au sud-ouest de Brest. La Baie des Trépassés doit son nom effrayant à une légende qui raconte qu'autrefois les cadavres des naufragés s'y échouaient fréquemment, ainsi que les débris de leurs navires brisés sur les rochers du Raz après l'orage (voir photos additionnelles ci-dessous).
Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, Steve MOUNIE, l'attaquant et buteur breton auteur de l'égalisation (77e), Laurent KOSCIELNY, le capitaine du FC Girondins de Bordeaux, et Olivier DALL'OGLIO, l'entraîneur du Stade Brestois 29 au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du stade Francis Le Blé à Brest.
Prochain match en direct sur nos ondes : BORDEAUX / TOULOUSE (Coupe de France, 32e de finale) mercredi 10 Février à 14h45 au Matmut Atlantique.