FOOTBALL (L1, 27e journée) : BORDEAUX / METZ (1-2) : Dans le dur jusqu'au cou...


27 février 2021

Depuis de longues minutes, le souffle glacé d'une possible défaite parcourait les tribunes du grand stade vide, à l'instar de la brise qui s'était levée après le soleil réconfortant du début de rencontre, et l'ombre gagnait du terrain sur la pelouse. Fallait-il y voir un signe et comprendre qu'après avoir tenté de retrouver la lumière avec la frêle énergie d'un grand malade, les Girondins allaient replonger dans leur part d'ombre ? Sans doute... Metz, qui poussait et se montrait de plus en plus menaçant, aura donc sonné l'hallali au pire moment, dans le temps additionnel, comme l'avait fait Lyon il y a presque un mois, jour pour jour. Comme à Lyon, le poteau n'a pas souri aux Girondins et permis au match de basculer.

Rien de nouveau sous le soleil

Mais la ressemblance s'arrêtera là. Entre la sortie lyonnaise plus que convaincante et la copie rendue en ce début d'après-midi par une équipe hésitante et bien trop juste physiquement face à des Lorrains aussi légers et véloces que des lévriers, il s'est créé un abîme, une galaxie en l'espace de 29 jours. Les pires que Bordeaux ait connus depuis bien longtemps, depuis la pathétique série que nous évoquions avant ce match dans nos colonnes (voir par ailleurs) et qui avait suivi la volée de bois vert au Parc des Princes (6-2) fin septembre 2017, avec une seule victoire (contre St Etienne) en 3 mois et demi. On semble effectivement repartis sur les mêmes bases, l'Histoire étant un éternel recommencement...sauf que cette fois-ci, le syndrome survenant plus tard dans la saison qu'il y a 3 ans, Bordeaux, s'il continue sur ces bases (1 point sur 18) n'aura plus le temps matériel de rectifier le tir, comme il l'avait fait au-delà de toute espérance avec l'arrivée de Poyet et une qualification en Europa League arrachée à la dernière journée à...Metz. Privé de Basic (blessé), Benito et Adli (suspendus), Jean-Louis Gasset a eu beau innover avec une défense à trois, une deuxième titularisation consécutive de Mexer, offrir à Tom Lacoux sa première en Ligue 1 en milieu de terrain aux côtés de Zerkane, préféré à Ben Arfa laissé sur le banc, et aligner Sabaly tout juste de retour de blessure mais dont l'apport offensif reste précieux, le coup de poker n'a pas fonctionné. Car le manque de condition physique s'est avéré rédhibitoire en seconde période, quand Bordeaux a commencé à ne plus tenir un ballon dans l'entrejeu et à essuyer les vagues d'une équipe messine qui, à contrario, semblait avoir de plus en plus de jambes au fil des minutes et dont les deux latéraux infatigables, Centonze et Delaine, auront pris une part déterminante dans le succès des leurs, exactement comme l'avaient fait Perraud et Faussurier à Brest au début de ce mois. S'il ne fallait retirer qu'un soupçon de positif de cette 6e défaite en 7 rencontres, ce serait assurément l'état d'esprit affiché surtout en première mi-temps, quand il y avait encore de l'essence dans le réservoir. Même sans parvenir à inquiéter Oukidja autrement que sur la réussite de Kalu, tout heureux de dévisser légèrement sa frappe à la réception d'un centre de la droite de Sabaly et d'une action partie de Zerkane côté opposé, le ballon finissant au ras du poteau sur la droite du portier lorrain (1-0, 13e). Pour le reste, rien de bien nouveau sous le frais soleil de cette fin d'hiver : Bordeaux cadre toujours aussi peu (1 sur 8, une misère, quand Metz a cadré une fois sur 3 et Nîmes 3 fois sur 4 la semaine passée), il est hebdomadairement capable de rater l'immanquable par Hwang (poteau contre Marseille sur un caviar d'Oudin), ou par Kalu ce samedi sur un bon centre à ras de terre de ce même Oudin, au second poteau à 6 mètres, qui semblait plus compliqué à mettre à côté qu'au fond du but d'Oukidja (63e)...Il reste bien trop facilement transperçable dans l'axe, où les buts concédés à une ou deux passes maximum ne se comptent plus, où Seri ne parvient toujours pas, pour l'instant, à faire oublier Otavio et où la plupart de ses coéquipiers, quand ils font l'effort défensif un moment, ne le font jamais jusqu'au bout. Et désormais, même lorsqu'il mène au score, il ne tient plus la distance, comme il le fit à Rennes ou au Matmut contre Lorient ou Angers. Les coups de pied arrêtés le mettent toujours autant en souffrance, avec de trop nombreux duels gagnés par les Lorrains de la tête, surtout en première mi-temps mais heureusement non cadrés. En battant son hôte du jour, même dans la douleur, même sans la manière, Bordeaux aurait pu s'octroyer un dernier joker pour ce mercredi et la venue du PSG qui, même sans ses stars Mbappé (suspendu), Neymar et sans doute Verratti (déjà absent ce samedi à Dijon où le PSG s'est néanmoins promené 4-0), aura de tout autres arguments à faire valoir qui font déjà frémir. Mais ce nouvel accroc lourd de conséquences le place dans une urgence absolue de points. Et c'est bien à l'extérieur qu'il va devoir tenter désormais de les glaner pour éviter un dénouement impensable qui commence à prendre forme, chez des équipes faméliques qui joueront le couteau entre les dents pour assurer leur maintien. Comme lui...Pas sûr que le contexte lui convienne vraiment, si l'on en juge par ce que l'on a vu depuis trop d'années face à ce genre d'équipes. Bref, on est loin, très loin aujourd'hui des objectifs annoncés par le président Longuépée au mois de novembre. Et des promesses d'Europe annoncées à court ou moyen termes par le propriétaire du club. Il serait bon pour l'instant que les uns et les autres se rendent à l'évidence : on ne peut être et avoir été. La présence d'Alain Roche en conférence de presse d'après-match, fait rarissime qu'un directeur sportif s'invite au debrief d'une rencontre, suffit à situer l'ampleur de la crise. Et comme si les tracas du sportif ne suffisaient pas, une nouvelle peu rassurante est aussi tombée ce jeudi soir concernant la santé du jeune Dylan Bakwa...

Toute ressemblance avec des faits existant ou ayant existé...ne serait pas fortuite

Pourtant, Bordeaux aura essayé (un peu...) avant les citrons. Aussitôt après l'ouverture du score, et sur la dynamique d'une entame de match sérieuse avec de réelles intentions de se projeter vers l'avant, Lacoux tentait du droit une reprise sur un ballon renvoyé dans l'axe, mais qui fuyait le cadre (16e). Mais les Messins n'étaient pas venus en touristes, et Gueye, l'attaquant lorrain le plus remuant sur ce match, enrhumait deux défenseurs sur le côté droit de la surface,avant d'expédier une frappe sèche croisée sur laquelle Costil sortait un premier arrêt décisif (20e). Puis le jeune Sarr (18 ans, plus jeune joueur sur le terrain) voyait sa tête raser la transversale, à la réception d'un corner joué à deux et d'un centre de Boulaya (27e). Si Kouyaté contrait in extremis une reprise instantanée d'Oudin à l'angle des 16,50m qui partait bien (36e), l'espace laissé en permanence aux latéraux messins ne présageait rien de bon. Et dès la reprise, Bordeaux commençait à donner du gîte face à des Messins plus mobiles et plus frais physiquement. Sarr, encore lui, voyait sa reprise de la tête en cloche retomber juste derrière la barre, sur un centre de Gueye (49e), puis Costil sortait sa 2e parade du match sur une action de Centonze qui trouvait Delaine oublié à l'angle de la surface, côté gauche. La reprise enroulée du latéral messin était claquée en corner par le portier bordelais au prix d'une belle envolée (51e). Plutôt reconnaissant, Delaine rendait presque aussitôt la politesse à son compère de l'autre aile dont le missile était de nouveau détourné en corner par Costil d'une main ferme (56e). Les minutes commençaient déjà à sembler longues pour les Girondins où Koscielny tentait de se multiplier pour tenir la maison, parfois avec un peu trop d'engagement (carton à la 54e pour une charge sur Leya Iseka qui lui vaudra d'être suspendu à Dijon). Mais c'est encore une action à une passe ou presque qui allait permettre à l'adversaire de recoller au score : sur une touche, Delaine, lancé par le capitaine Boye, se retrouvait inexplicablement seul sur le côté gauche, Zerkane ayant stoppé son effort sur l'indispensable repli défensif. Le défenseur lorrain s'avançait sans opposition, fixait Baysse qui tardait à intervenir avant d'enrouler sa frappe du pied droit qui venait mourir sur le bas du poteau de Costil avant d'entrer (1-1, 72e) pour son 2e but de la saison. Ben Arfa et le jeune Sissokho (1ere titularisation) faisaient alors leur apparition, sans peser sur le jeu ni parvenir à empêcher Bordeaux de perdre inexorablement pied peu à peu. Après une énorme alerte sous la forme d'un centre fuyant de Boulaya pour le remplaçant Vagner Dias dont la tête, seul au second poteau, frôlait le montant de Costil (86e), - alerte qui aurait dû servir d'avertissement aux Girondins et les inciter, à défaut de savoir gagner le match, à ne pas le perdre -, le ciel leur tombait sur la tête à l'entrée du temps additionnel quand, sur un coup-franc en leur faveur à 80 mètres de leur but et un ballon perdu par Baysse - peu inspiré en ce samedi - , Boulaya gérait parfaitement le contre et la supériorité numérique en décalant Ambrose côté droit. Le second remplaçant messin, sans donner l'impression de le vouloir, hésitant entre un centre et un tir, servait finalement l'attaquant Cap-Verdien Vagner Dias au second poteau, seul à bout portant (1-2, 90e + 1)...Les Messins n'en croyaient pas leurs yeux : 41 ans de disette s'envolaient dans ces dernières secondes, depuis que leurs illustres prédécesseurs, qui pourraient aujourd'hui être leurs pères ou leurs oncles, étaient venus s'imposer dans un stade municipal qui ne s'appelait pas encore Chaban-Delmas, ce 1er mars 1980, et fini par terrasser les hommes de Raymond Goethals, Cheik Diallo, Philippe Redon et François Zdun sur penalty en fin de match ayant renversé la tendance, comme en ce samedi, après l'ouverture du score d'Albert Gemmrich. Cela n'empêcha pas les Girondins de terminer sixièmes cette saison-là, et les Messins de sauver leur tête in extremis (17es) en dominant le PSG (5-2) lors de l'avant-dernière journée à St Symphorien. Il ne manquerait plus que 41 ans après, l'histoire de la Ligue 1 soit assez facétieuse - ou cruelle - pour inverser les rôles...  

Ecoutez les réactions de Frédéric ANTONETTI, l'entraîneur du FC Metz, Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, Thomas DELAINE, le latéral gauche du FC Metz, et Alain ROCHE, le directeur sportif du FC Girondins de Bordeaux au micro de Christophe Monzie.

Réaction de Frédéric ANTONETTI

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction de Thomas DELAINE

Réaction d'Alain ROCHE