Football (Ligue 1, 25e journée) : Avant Bordeaux / Marseille : Le serment et la fierté


12 février 2021

L'heure n'est pourtant pas à l'euphorie et le jeu pratiqué dernièrement n'a rien d'une assurance tout risques, c'est peu de le dire. Mais les Girondins seront investis ce dimanche, comme chaque année depuis l'époque où le foot hexagonal à la télé n'en était qu'à ses débuts à travers une émission culte, "Téléfoot", passée à la postérité bien plus facilement que ne le fera sa version revisitée de 2020 pour les raisons que l'on sait, d'une mission de confiance dans l'intérêt supérieur de la Nation.

Honorer le Serment

De la Nation Marine et Blanche, tout au moins, qui est venue spécialement ce samedi matin au Haillan, leur rappeler solennellement, entre autres choses (écouter par ailleurs l'interview de Florian Brunet, porte-parole des Ultramarines dans Top Marine et Blanc de ce jeudi 11 février) cet engagement sur l'honneur qui a presque pris, le temps avançant, des accents de sacerdoce ou de serment du Chevalier...Protéger encore et toujours le Royaume du Port de la Lune de l'assaillant venu du sud, tel est le précepte qu'il leur faudra suivre un an de plus, faute de quoi ils pourraient être proclamés indignes d'être chevaliers en cas de capitulation devant l'envahisseur, leur blason (le fameux scapulaire en l'occurrence) attaché à leur cheval et traîné dans la boue, et eux-mêmes bannis à vie par la communauté du Virage Sud, et sans doute aussi l'ensemble des vilains du comté de Guyenne, fort courroucés d'une telle infâmie...Oui, au-delà des 3 points à prendre, qui auront la même valeur, mais pas davantage que ceux galvaudés à Brest ou contre d'autres formations pourtant dans leurs cordes cette saison, les Girondins de 2021 ne devront pas être les premiers gardiens d'une citadelle réputée imprenable à déposer les armes et baisser le pont-levis, pour la 116e édition de ce duel à fleurets non mouchetés.

Tout est possible, et...réciproquement

Certes, dans cette année atypique aux limites de l'irrationnel moultes fois repoussées, où l'on a déjà vu tout et son contraire depuis le début de la compétition, sur les terrains comme en coulisses (d'un entraîneur nommé pour 47 jours à la tête d'un club historique de l'Hexagone jusqu'à une crise de droits TV sans précédent née d'un marché de dupes), ils ne bénéficeront pas, cette fois-ci, de ce soutien inconditionnel du public qui leur a si souvent valu d'arracher la décision ou au moins d'éviter le pire, parfois dans les tout derniers instants, à la sueur de leur front et à l'aune de la fierté du maillot au scapulaire, le changement de domicile n'ayant en rien altéré la délicieuse habitude. Certes, il n'y aura pas de passion ni de fureur, de banderoles flamboyantes ni de quolibets fleuris de noms d'oiseaux, de fumigènes ni de pétards pourtant interdits mais entrés malgré tout dans le décorum institutionnel de ce Classico. Il n'y aura pas de "derby" (le seul en France qui ose opposer sous ce vocable deux villes distantes de...650 kilomètres) au scenario mille fois refait dans les bars du Port de la Lune au son des verres qui s'entrechoquent et du sentiment rassurant du devoir accompli et arrosé comme il se doit. Non, il n'y aura, comme depuis trop longtemps déjà, que d'immenses tribunes mornes furtivement parcourues par l'écho de quelques voix qui s'égosillent, monosyllabes montées du pré vert, du banc de touche et d'un espace médias aux allures de petite tour de contrôle, où chaque gros mot échappé méritera absolution immédiate dans ce silence monacal. Il n'y aura que des tonnes de béton insensibles à l'action du Covid, mais pas au salpêtre économique qui les ronge, et dont le poids est devenu si oppressant que même l'exploitant de ladite enceinte - bâtie à l'origine en prévision d'une "grande équipe", rappelons-le - est aujourd'hui au bord de l'implosion, seulement cinq ans et demi après sa sortie de terre. 

Comme des grands garçons

Le supplément d'âme, la rigueur de chaque instant et dans chaque zone qui leur manque tant depuis 3 rencontres, c'est donc au fond d'eux-mêmes et tout seuls, comme des grands, que les hommes de Jean-Louis Gasset, heureux de recroiser les supporters "pour la première fois depuis le titre" (11 ans déjà) devront les (re)trouver. Cet OM cyclothymique qui sort d'un chaos sans précédent, qui a vu son coach jeter l'éponge et l'équipe effectuer un parcours rocambolesque, frôlant le ridicule dans son groupe en Champions League, puis alignant 9 matches de championnat sans défaite (dont 6 victoires consécutives, série initiée contre....Bordeaux le 17 octobre à l'aller), avant d'enchaîner par une autre diamétralement opposée, assortie d'un seul point pris (à Lens 2-2 après avoir mené 2-0) en 6 matches, est-il aujourd'hui bon à prendre, privé de plusieurs pièces maîtresses (Payet suspendu, Alvaro, Caleta-Car et la nouvelle recrue Arkadiusz Milik absents car à court de condition, Sakaï incertain en raison d'une gastro) pour le seul retour certain d'Amavi, bourreau des Girondins à l'aller ? Le fait que dans la tourmente, il ait néanmoins réussi à faire le travail, à assurer et se rassurer mercredi à Auxerre (2-0) pendant que Bordeaux touchait le fond contre Toulouse (0-2) suffit-il à le placer au contraire en position de force, même si les Girondins pourront finalement compter sur Kalu (une bonne nouvelle) et sur le retour de Basic, suspendu contre Toulouse à cause d'un carton qu'il ne méritait pas à Lyon ? Difficile à dire. Le parcours des deux formations est de toute façon chaotique, déconcertant, et l'équilibre bien fragile, voilà au moins un point qui les rapproche même si cela ressemble davantage une gabegie pour l'OM, dont le budget - américain, dans tous les sens du terme - n'a rien à voir avec celui, autrement limité mais américain aussi, de Bordeaux, qui en a aujourd'hui simplement pour son argent. L'histoire de la Ligue 1 s'autorisera-t-elle une énième pirouette, en faisant enfin basculer du bon côté cet Ohème coaché par un entraîneur intérimaire presque inconnu mais talentueux et pondéré, qui pourrait bien, de fait, devenir l'homme du consensus et de la stabilité que sa Direction tâtonnante recherche, quand les plus grands techniciens avant lui, de Marcelo Bielsa à Albert Batteux, de Didier Deschamps à Rolland Courbis, de Raymond Goethals à Eric Gerets, de Rudi Garcia à Elie Baup, ou de Franz Beckenbauer à Gérard Gili ont tous échoué dès l'instant qu'ils quittaient la Bonne Mère et le Vieux Port pour les rivages piégeux et redoutables de la bouillante Garonne ? Une chose reste évidente, côté girondin, quel que soit le onze choisi par Gasset dans un groupe finalement pas aussi réduit qu'annoncé (22 joueurs retenus) : si ses hommes continuent d'oublier de défendre et de maîtriser aussi peu les courses qu'ils l'ont fait sur leurs 3 dernières sorties, où 5 des 7 buts concédés contre Lille, Brest et Toulouse l'ont été via un axe central devenu aussi consistant qu'un pain de beurre de Bretagne, c'est assurément le Ciel qui leur tombera sur la tête, et l'opprobre sur les épaules. De même s'ils continuent de trop respecter leurs adversaires et de les regarder jouer comme ils le firent d'entrée au match aller sur l'ouverture du score de Thauvin, puis sur la tête décroisée d'Amavi laissé libre comme le Mistral de la Canebière ce soir-là à la réception d'un coup-franc inutilement concédé près de la touche. Les bêtises et étourderies ont été légion ces deux dernières années face à cet adversaire (passons rapidement sur le 3-1 du 8 décembre 2019, encore plus rageant), de sorte qu'on a régulièrement eu l'impression (peut-être erronée ?) qu'ils avaient davantage offert le match à leur adversaire que lui n'était allé le gagner. Leurs jokers en la matière ont tous été épuisés désormais, l'originalité, c'est ailleurs qu'il leur faudra aller la chercher. A ce sujet, d'accord pour célébrer le Nouvel An Lunaire avec des maillots floqués en mandarin, pourvu qu'ils ne soient pas dans la Lune et que l'équation marseillaise ne soit pas du chinois pour eux. Mais à choisir, un soir de St Valentin, c'est davantage une soirée d'Amour en tête-à-tête avec leur maillot que l'on attendra d'eux, comme on l'a vu plus haut. Un acte qui suffirait à effacer d'un coup, d'un seul, la sale série qui menace de s'installer. Et de les éloigner pour de bon de la première partie du tableau au lieu de les voir dépasser leur victime du jour au classement. 

Ecoutez les réactions d'Hatem BEN ARFA, le milieu offensif du FC Girondins de Bordeaux, et Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux au micro de Christophe Monzie. Ainsi que Dario BENEDETTO, l'attaquant de l'Olympique de Marseille, et Nasser LARGUET, l'entraîneur intérimaire de l'OM, au micro de Karim Attab.

Rendez-vous ce dimanche 14 Février 2021 dans l'émission Top Chrono à partir de 20h05 avec de nombreux invités d'avant-match. Coup d'envoi 21h, commentaires de Christophe Monzie et Michel Le Blayo. 

Match à suivre sur toutes nos fréquences en direct intégral du Matmut Atlantique, ainsi que sur notre site internet www.arlfm.com et sur l'appli "Les Indés Radios" (gratuite) de votre téléphone !

Réaction d'Hatem BEN ARFA

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction de Dario BENEDETTO

Réaction de Nasser LARGUET