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Football (Ligue 1, 25e journée) : Bordeaux / Marseille (0-0) : Bordeaux sauve sa série, mais rien d'autre...

15 février 2021 à 01h25 Par Christophe Monzie et Dominique Darriet
Nasser Larguet, le coach de l'OM, satisfait de ce match nul quasi-miraculeux, mais pas volé
Crédit photo : ARL Christophe Monzie

Quels atouts de plus fallait-il donc à Bordeaux pour renouer avec la victoire ? L'OM, pourtant décimé avec une défense bricolée, puis réduit à neuf pendant 35 minutes, mais jamais poussé dans les cordes par la suite, a logiquement glané un point. Les Girondins ajoutent une 44e année à leur invincibilité, certes, mais leur première heure de jeu a finalement moins fâché et inquiété que la consternante bouillie de fin de match. Avec 2 buts marqués (mais inutiles) en 5 matches, et un déchet technique rédhibitoire qui les ferait rater un éléphant dans un corridor, ils restent dans le dur et n'avancent plus. Pourtant, cette fois-ci, ce n'étaient pas les remplaçants.
Du haut des 44 années qui contemplent et consacrent désormais leur invincibilité en acier trempé, les Girondins ont pourtant connu force scenarii improbables et péripéties en tout genre au moment de croiser en Gironde leur rival éternel. Il ne manquait à la panoplie que celui de ce dimanche, totalement inédit, tant par son déroulé que par son issue. Une issue qui n'aura jamais aussi bien illustré la sempiternelle question de la bouteille à demi-vide ou à demi-pleine. On aurait sans hésiter opté pour la demi-pleine si ce 12e clean-sheet de la saison (le 7e à domicile, mais pour seulement 3 victoires) s'était inscrit dans une bonne série de résultats provisoirement freinée par l'OM, ou si Bordeaux s'était heurté à une noire malchance ou à un Mandanda des grands soirs. Mais ce fut loin d'être le cas. Sans victoire depuis 5 matches, coupe incluse, avec seulement 2 buts marqués (mais inutiles, puisqu'il y eut défaite à Lyon et Brest, 2-1 les deux fois) et à la recherche de certitudes rassurantes sur la qualité de son jeu que ce match n'a aucunement apportées, Bordeaux a juste ajouté une ligne au monument commémoratif de son "règne". Et pas grand'chose d'autre, malgré une première mi-temps que l'on qualifiera de juste convenable. Encore heureux, vu les circonstances, que cet OM famélique, mutilé au fil des minutes et donné perdant à 100 contre un sur la dernière demi-heure, n'ait pas raflé la mise car le summum de l'opprobre aurait alors été atteint. Pourtant, on n'en fut pas si loin, car c'est bien Costil, et pas Mandanda, qui dut effectuer l'arrêt du match lorsqu'il alla chercher près de son poteau gauche un coup-franc enroulé de Thauvin dévié de la tête, mais dans le mauvais sens, par Laurent Koscielny (49e) sous la pression de Germain. La seule et unique frappe cadrée de la soirée pour les Olympiens, les Girondins, avec une équipe pourtant redevenue proche du onze type (s'il existe...), n'ayant hélas pas fait mieux. Si l'OM avait marqué sur ce coup, dans un match plutôt fermé où l'on comprit vite que le premier but aurait une importance capitale, le pire serait sans doute arrivé, compte tenu du fait que jusqu'ici Bordeaux n'a jamais gagné un match en étant mené au score. 
 
 

Le vrai bonheur...

...est de se contenter de ce que l'on a. Sous cet aphorisme attribué au philosophe chinois Lao-Tseu (rappelons qu'ils évoluaient avec leur nom floqué en mandarin sur le maillot afin de célébrer le nouvel an lunaire à l'intention des téléspectateurs asiatiques qui, n'en doutons pas, auront apprécié ce fleuron de la Ligue 1 française), les Girondins n'avaient pas de raison majeure de rentrer ce dimanche soir aux vestiaires avec le masque (fût-il homologué Covid). Ils venaient de prendre un point et de stopper une mauvaise spirale amorcée à Lyon seize jours auparavant. Toujours ça de gagné, même s'ils reculent d'une place au général. En d'autres temps et avec une autre trame, on s'en serait volontiers contenté, comme l'année dernière après un score similaire (0-0). Mais à l'aune de cette rencontre où l'on s'est demandé ce qu'il leur aurait fallu de plus pour occire cet OM avec un genou à terre et sans victoire en Ligue 1 depuis 7 matches (seul Dijon a fait pire), on balaiera vite cet argument et ce satisfecit trop faciles, qui ne reflètent pas la réalité du moment. Ils auraient pu jouer deux heures de plus sur cette pelouse balayée par un vent glacial, rien n'y aurait fait...En 13 réceptions en Ligue 1, c'est la 6e fois qu'ils restent muets, mais la première face à un adversaire réduit à neuf. Et ils n'ont toujours pas épinglé cette saison un seul des ténors (ou supposés tels, si tant est que l'OM en fasse encore partie) du championnat. C'est sans doute paradoxal à écrire, mais la première mi-temps, voire l'heure de jeu qui précéda cette fin de match aux dés complètement pipés, auront moins inquiété que la bouillie qui suivit, les Girondins tombant à pieds joints dans le piège qu'il fallait éviter, celui de s'obstiner à passer dans l'axe à la faveur d'un numéro de soliste au lieu d'étirer le bloc olympien en passant sur les ailes, à l'image de Ben Arfa qui, faute d'être décisif, tenta...4 fois la même action en seconde période par un crochet extérieur suivi d'une frappe à 20 mètres, sans en cadrer aucune. Et encore, en passant par les ailes, aurait-il fallu ensuite que la technique soit à la hauteur des intentions. Sur les duels balle au pied, d'abord, pour créer le surnombre, mais que Bordeaux ne remporta presque jamais, à l'image de ses précédentes sorties contre Lille, Brest et Toulouse. Sur la qualité des centres, ensuite, gros point noir de la soirée mais qui n'est pas nouveau (à Brest le dimanche précédent, Bordeaux avait réussi...2 centres). Dans ce domaine, il n'est plus question de tactique. Quels que soient les schémas choisis, 4-3-3, 3-5-2 ou tout ce que l'on voudra, seules la justesse technique individuelle et la concentration priment. Un constat également valable pour les coups de pieds arrêtés, qui furent nombreux en faveur des Marine et Blanc, qu'il s'agisse de corners (6) ou de coups-francs à distance de tir, dont l'innocuité pour l'adversaire contrasta avec le poison contenu dans ceux de l'OM, dangereux surtout sur ces phases arrêtées (pour mémoire, le dernier but sur coup-franc des Girondins fut celui de Pablo à Strasbourg le 20 décembre, et encore était-il indirect, exactement comme le précédent, inscrit à Lens pour du beurre le 19 septembre). A ce sujet, il fallut que Koscielny joue les sauveurs sur un long coup-franc enroulé de Thauvin par-dessus la défense sur lequel Balerdi avait pris le dessus sur Kwateng de la tête, en ôtant in extremis ce ballon brûlant de la convoitise de Benedetto, même si un hors-jeu fut signalé sur l'action (22e). Quasiment sur le contre, Hwang, lancé en profondeur par Adli, se précipita comme souvent et croisa trop sa frappe du gauche à ras de terre (23e). La sortie sur blessure de Basic (38e) offrit à Zerkane l'occasion d'entrer en jeu plus tôt que prévu et d'être l'auteur de l'unique frappe cadrée bordelaise, après un mauvais renvoi de Kamara dans l'axe (61e), ceci sur un total de...18 tirs au but, l'autre faillite girondine de la soirée, un ratio très proche de celui de leurs deux précédentes sorties.
Cinq minutes de folie dans la grisaille
Peu auparavant, l'OM, qui commençait à appuyer ses attaques face à un bloc girondin ayant sensiblement reculé et lui laissant la possession du ballon, avait raté sa seconde et dernière opportunité de prendre une option, alors qu'il évoluait toujours en égalité numérique, dans sa meilleure période du match. Mais Germain, lancé par Benedetto, se déportait trop pour terminer par un ballon qui n'était ni un centre ni un tir, et qui était sauvé par Koscielny devant Thauvin (54e). Quasiment sur le contre, la belle ouverture d'Adli trouvait Oudin lancé à toute vapeur sur l'aile gauche, mais grossièrement retenu par l'épaule par Balerdi. Si le rouge direct brandi par M.Brisard pouvait sembler un peu sévère, sans doute l'Argentin payait-il aussi sa collection de fautes en première mi-temps (55e). La rencontre aurait alors pu basculer pour les Girondins sur leur plus belle action du match, jouée en première intention et à une seule touche de balle, pour une fois, quand Benito servit Oudin devant lui dont le centre à ras de terre trouva Hwang. Mais le plat du pied droit du Coréen à l'angle des 5,50m s'écrasa sur le montant droit de Mandanda, battu (58e). Leur chance venait de passer et ils n'allaient plus rien réussir de bon par la suite, malgré une deuxième expulsion dans la foulée - totalement justifiée celle-là - de Benedetto, auteur d'un geste stupide au milieu du terrain sur Koscielny (59e). Cinq minutes un peu folles et riches en péripéties qui marquaient le début d'une dernière demi-heure à sens unique, mais on ne peut plus crispante à suivre tant Bordeaux se mit alors à jouer à l'envers et multiplier les mauvais choix ou les fautes techniques, avec beaucoup de précipitation et peu de variété dans les coups. On avait du mal à croire que les Girondins étaient deux de plus tant l'OM quadrillait intelligemment le terrain et, bien que dominé, n'était pas poussé dans ses derniers retranchements, Mandanda n'ayant aucun arrêt à effectuer d'autre que la volée trop molle de Zerkane. Il est vrai que les Girondins traînent derrière eux un assez lourd passif dans le cas de figure où ils se retrouvent à 11 contre 10 : la saison dernière, c'est en toute fin de match et aux forceps à Nantes (1-0, Briand 86e après l'exclusion de Girotto), puis deux semaines plus tard à Metz (2-1, Oudin 85e après l'expulsion d'entrée de Pajot à la 8e) qu'ils parvinrent à arracher la victoire, échouant à 4 autres reprises à Lyon, Reims, Brest et St Etienne (1-1 à chaque fois) après avoir mené au score chez les trois derniers cités... Quant à ne pas gagner ni marquer à 11 contre 9 sur une durée aussi longue qu'en ce dimanche (35 minutes, temps additionnel inclus), c'est un tour de force totalement inédit, à notre connaissance. De Préville fit bien passer le frisson sur une reprise de la tête frôlant la lucarne après un centre de Benito (70e), avant d'effectuer le contrôle de trop et d'expédier sa frappe dans les nuages, à l'angle des 5,50m (90e + 2). Le reste ne fut que péripéties et approximations, face à une défense olympienne dont aucun des défenseurs ne faisait partie des titulaires (Sakaï, Caleta-Car et Alvaro étaient blessés ou malades, Amavi sur le banc). Nous revenaient alors en mémoire cette question posée à Jean-Louis Gasset en conférence de presse avant le match contre Lille le 1er février, dans laquelle on lui demandait s'il était satisfait du mercato hivernal, et surtout les 10 longues secondes de silence qui précédèrent sa réponse réfléchie, sous forme de litote, cette figure de langage qui consiste à dire moins pour suggérer davantage : "Il y a eu un grave problème d'effectif (NDLR : la blessure d'Otavio), on l'a réglé. Bon...voilà...". Un ange était passé, emportant avec lui l'attaquant espéré, devenu définitivement chimère la veille au soir. Depuis lors, et sur tous les matches qui ont suivi continue de planer son ombre, en particulier ce dimanche. Pendant ce temps, de l'autre côté du Channel, Josh Maja, prêté à Fulham, signait sa première titularisation en marquant les deux buts de la victoire de son club à Everton (2-0)... 
Ecoutez la réaction de Nasser LARGUET, l'entraîneur de l'Olympique de Marseille, Yacine ADLI, le milieu de terrain du FC Girondins de Bordeaux, Jean-Louis GASSET, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux, et Pape Alassane GUEYE, le milieu de terrain de l'Olympique de Marseille au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo.

Réaction de Nasser LARGUET

Réaction de Yacine ADLI

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction d'Alassane GUEYE

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