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Football (Ligue 1, 26e journée) : Nîmes / Bordeaux (2-0) : La Maison Carrée, les pieds aussi...

21 février 2021 à 18h52 Par Christophe Monzie et Dominique Darriet
Jean Louis Gasset, lucide, estime que quelque chose s'est cassé après la défaite à Lyon
Crédit photo : Christophe Monzie

Ils y vont tout droit...En offrant à des Nîmois exemplaires malgré une kyrielle de blessés et de pépins en cours de match l'occasion de gagner enfin chez eux pour la première fois depuis 182 jours après 9 défaites, les Girondins ont repoussé les limites du pathétique, après leur gabegie record face à l'OM. Peu aidés par l'arbitrage, ils ramènent également 3 cartons jaunes et un rouge pour Benito, alors que se profile une série de matches autrement plus compliqués. Avec 1 point en 5 sorties, et 10 longueurs d'avance sur le 18e mais encore 36 points à distribuer, il n'est sûrement pas trop tôt pour se poser les vraies questions et surveiller le rétroviseur, vu le niveau de jeu et l'implication affichés sur ce mois de février.

Fondée au 1er siècle après J.C. à l'époque romaine dont la ville de Nîmes a gardé de nombreux autres monuments, la célèbre Maison Carrée de l'antique Nemausus (photo additionnelle) a hébergé, malgré elle mais sans doute par...analogie géométrique, de nouveaux locataires en ce dernier dimanche de février au bien triste parfum, que même le doux soleil languedocien n'aura pas réussi à chasser. On attendait enfin une réaction - pour ne pas dire une révolte, s'il s'agit d'évoquer l'état d'esprit - des Girondins face à la dernière défense de Ligue 1, privée de surcroît de son capitaine emblématique Anthony Briançon évacué sur une civière (déchirure aux ischios, à minima) dès la 35e minute qui obligea Pascal Plancque à bricoler sa charnière centrale, lui qui avait déjà été handicapé par deux blessures à l'échauffement, Fomba et Guessoum ayant remplacé au pied levé Deaux et Cubas.

On ne change pas une formule qui perd...

Mais on a surtout vu des Gardois au coeur énorme, affronter l'adversité avec la bravoure - la casta, aurait dit Gasset - que l'on appréciait déjà chez leurs ancêtres gladiateurs dans les arènes de la Cité, pas toujours dans un style académique sans doute, mais avec une solidarité qui aura suffi à faire plier, finalement et logiquement, un adversaire aussi frêle qu'un château de cartes. Bref, d'un côté, des combattants conscients de l'enjeu et de la chance qu'ils avaient su se donner par leur victoire à Dijon dans la course au maintien, et de l'autre, de simples exécutants, certes appliqués mais sans génie ni grinta, venus s'acquitter d'un pensum qui ne semblait avoir d'autre conséquence que celle du présent après-midi, et dont le leader offensif supposé, Hatem Ben Arfa, n'a quasiment plus d'influence sur le jeu. Dix fois cette saison Bordeaux aura concédé l'ouverture du score ; dix fois il aura perdu...On ne change pas une formule qui perd. Quand le manque d'implication atteint un tel degré, on se dit que le moment est venu de se poser les bonnes questions. Car on n'ose imaginer que cette incapacité rémanente à ne plus gagner la plupart des duels depuis 5 matches - dans les airs autant qu'au sol, sur phases arrêtées autant qu'en mouvement, quel que soit l'adversaire - relève d'un problème de valeur technique pure, parce qu'alors, si tel était le cas, la situation serait encore plus grave et les Girondins auraient davantage besoin d'un éducateur que d'un coach, et de reprendre les bases depuis le cours préparatoire...

Quand Bordeaux joue à la baballe

Certes, aux Costières, ils auront encore une fois cultivé des statistiques en trompe-l'oeil, comme la possession de balle, jusqu'à 71%, les centres le plus souvent balancés à l'aveugle (39 soit un presque toutes les deux minutes, contre 9 aux Gardois mais deux d'entre eux auront suffi pour les deux buts) ou un nombre pharaonique de passes (630 - mais combien dans le camp de l'adversaire ? - contre 261 aux Crocos, leur plus faible total de la saison, preuve qu'on peut aussi gagner en allant à l'essentiel). Stats d'autant plus vaines qu'au tableau d'affichage, c'est bien Nîmes qui menait au score, pour avoir su concrétiser l'une de ses deux occasions nettes (sur 3 frappes cadrées au total, pour deux buts, un très bon ratio) à la suite d'une action d'école qui n'aurait pourtant jamais dû déstabiliser si facilement l'arrière garde girondine, au centre de laquelle Mexer remplaçait finalement Baysse, obligé de déclarer forfait pour une blessure qui traîne depuis plusieurs jours. Après une touche à 70 mètres du but bordelais, Birger Meling partait donc en contre côté gauche sans la moindre opposition avant de solliciter le une-deux avec Ferhat qui centrait en retrait. Oublié au marquage par des défenseurs dont aucun n'était à la bonne place, que ce soit Kwateng, Mexer ou Seri, l'international norvégien avait tout le loisir d'ajuster son plat du pied gauche posément, à 10 mètres du but et au premier poteau, et de battre Costil comme à la foire (1-0, 14e). A cet instant pourtant, c'est Bordeaux qui aurait dû mener au score si Hwang, lancé en profondeur par Oudin dans le dos de la défense nîmoise figée, ne s'était compliqué la vie par un crochet inapproprié avant de se heurter énergiquement à Reynet. M.Delajod, conseillé par le VAR, décidait pourtant de ne rien siffler aux Girondins, sur une action confuse où la clarté de ses décisions n'aura pas sauté aux yeux, qu'il s'agisse d'un hors-jeu supposé, non signalé par son assistant au départ de l'action comme il aurait dû l'être, ou bien du penalty qui aurait pu suivre sur la sortie de Reynet, qui avait touché Hwang (11e). Une faute de Miguel sur Kalu valait ensuite un coup-franc excentré à 25 mètres que Seri, en glissant au moment de la frappe, expédiait au-dessus (23e). Finalement, c'est Yacine Adli qui héritait de la première et seule frappe cadrée girondine du premier acte, quand sa demi-volée instantanée du droit, dans l'axe,  après un mauvais renvoi de Meling, trouvait le portier gardois sur la trajectoire (39e). Et c'était miracle si ce même Meling ne doublait pas la mise après une action entâchée d'une faute préalable sur Oudin mais non sifflée par M.Delajod qui laissait se poursuivre l'action face à une défense qui s'était arrêtée. Heureusement, Costil repoussait du pied sa frappe à angle fermé (44e).

Lacoste...d'alerte face aux Crocodiles, la griffe en moins

Le second acte repartait sur les mêmes bases que le premier. Les Crocodiles faisaient de la résistance et laissaient le ballon à leurs hôtes, pour mieux mener des contres rares, mais souvent dangereux. Kalu héritait d'abord d'un jaune bien sévère pour une simulation, selon M.Delajod, dans la surface à la lutte avec Alakouch (50e). Puis Reynet réalisait la double parade du match quand une grosse erreur de relance des locaux profitait à Rémi Oudin qui interceptait cette passe latérale improbable de Benrahou, se mettait sur son pied gauche et armait une frappe sèche que repoussait le dernier rempart gardois...avant de se relever illico pour repousser aussi la reprise instantanée de Hwang Ui-Jo (52e). Adli écopait ensuite d'un nouveau jaune, logique celui-là, pour avoir trop porté le ballon puis commis une faute sur Eliasson qui partait en contre (54e), carton qui lui vaudra d'être suspendu contre Metz, tout comme Benito. Devant l'absence d'imagination offensive de ses hommes, Gasset décidait de faire entrer De Préville et Traoré à la place de Kalu et Kwateng (62e) et de muscler son secteur offensif...sans grand résultat, même si Hwang réalisait une tête plongeante plus spectaculaire que vraiment dangereuse, car pas assez appuyée, à la réception d'un centre de Seri, que Reynet bloquait sur sa droite (66e). Mais le pire était à venir quand sur un nouveau contre plein axe, le grand Aribi, entré en jeu à la place de Koné, filait dans le dos de la défense girondine, rattrapé par Benito qui jouait le ballon, qu'il touchait d'ailleurs deux fois (le ralenti de l'action est sans équivoque), avant qu'Aribi ne tombe et se blesse au péroné dans sa chute, sans qu'on puisse certifier qu'il ait été touché par le Suisse. Le recours à la VAR n'aurait assurément pas été du luxe et le rouge infligé précipitamment par M.Delajod paraissait sévère sur cette action plus spectaculaire que méchante (69e), mais le spectre d'une 11e défaite prenait alors forme pour des Girondins pathétiquement stériles jusque là. Il devenait d'ailleurs immédiatement réalité, puisqu'il semble écrit, à la lumière du passé récent, que quand Bordeaux joue en supériorité numérique, gagner reste une gageure pour lui mais qu'à contrario, quand il se retrouve à un de moins, la défaite suit presque toujours. Pas d'exception à la règle aux Costières, avec cette faute inutile côté droit de la défense et ce coup-franc brossé par Eliasson dans la surface où Ripart, promu capitaine après la sortie de Briançon, sautait bien plus haut que De Préville pour décroiser magnifiquement sa tête dans la lucarne opposée, avec la complicité du poteau (2-0, 71e) et signer son 6e but personnel. Un but très "british", véritable copie conforme de celui inscrit par Amavi lors du match aller à Marseille en octobre (3-1) sur un coup-franc parti de Thauvin du même endroit, le 9e encaissé par Bordeaux cette saison sur coup de pied arrêté (4 coups-francs, 2 corners à Lille et contre Reims, et 3 penalties à Lens, Monaco et Paris)...Malgré une nouvelle sollicitation du VAR pour un possible penalty sur Oudin (80e), M.Delajod restait de marbre, mais sortait un nouveau carton pour Zerkane qui avait pourtant transmis son ballon à un partenaire après son contrôle avant que Ripart ne vienne s'empaler sur lui (88e). En revanche, il ne sanctionnait pas Burner pour une faute d'antijeu sur l'Algérien deux minutes plus tard au départ d'un contre bordelais. Il était écrit que tout serait contre les Girondins en ce bien triste dimanche en Camargue. Bref, si, comme à Lyon, l'arbitrage ne leur avait pas été très favorable puisque les cartons ne sortaient que pour une seule équipe, ce n'est pourtant pas à cause de lui qu'ils concédaient un revers logique, avec un nouveau match sans but marqué qui aggrave leur total famélique de 2 buts inscrits sur les 6 derniers matches (Coupe incluse), leur pire série de la saison. Plus que jamais relancés, les Crocodiles venaient de poser leur griffe sur la rencontre, avec leurs vertus habituelles, en mouillant le maillot frappé de leur estampille. Quant aux Girondins, sans vouloir se répéter, il est évident que Lacoste...d'alerte est atteinte depuis longtemps et qu'au niveau mental, ils n'avaient pas...l'étoffe de leur bourreau du jour, privé de cette joie dans son antre depuis la première journée et la victoire contre Brest (4-0) le 23 août... 

Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, Birger MELING, le défenseur latéral gauche norvégien et premier buteur du match (14e minute), Jean-Michaël SERI, le milieu de terrain du FC Girondins de Bordeaux, et Pascal PLANCQUE, l'entraîneur du Nîmes Olympique au micro de Christophe Monzie, qui commentait cette rencontre en direct intégral du stade des Costières à Nîmes.

Réaction de Jean-Louis GASSET

Réaction de Birger MELING

Réaction de Jean-Michaël SERI

Réaction de Pascal PLANCQUE

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