
25 février 2021
La faillite nîmoise était trop grosse pour rester sans conséquences. Déjà évoquées à mots à peine couverts par Yacine Adli après le match contre Marseille, les tensions dans le vestiaire ont donc pris un tour plus visible cette semaine après le discours de Jean-Louis Gasset à ses joueurs mardi et l'analyse de la triste copie rendue dans le Gard. Avec 1 point pris sur 15 possibles, l'heure n'est plus aux atermoiements ni aux problèmes existentiels au Haillan. La nouvelle visite des supporters prévue ce samedi devrait le rappeler aux joueurs, et n'aura assurément pas le même objet qu'avant la rencontre face à l'OM. Si l'on n'a pas encore déclenché le plan Orsec, cela commence à y ressembler.
Il y a pire qu'à Bordeaux, pourtant...
Il y a certes quelques bonnes nouvelles à enregistrer - on se console comme on peut - avant ce match capital contre un FC Metz qui voyage aussi bien qu'il reçoit, avec une balance parfaitement équilibrée (19 points pris en voyage, autant qu'à la maison) et trois victoires sur ses 4 dernières sorties en championnat, plus une en Coupe de France à Amiens, même si Frédéric Antonetti sera privé de 3 élements (Cabit, Niane et N'Doram, le défenseur Dylan Bronn, touché au genou, étant incertain), mais pourrait récupérer son milieu de terrain Pajot, ebsent des terrains depuis novembre (tendon d'Achille). Au premier rang de ces raisons de sourire (un peu), le probable retour de Paul Baysse en défense, qui était légèrement blessé pour le match à Nîmes, et peut-être celui de Youssouf Sabaly, au moins dans le groupe, sinon dans le onze de départ. Loris Benito de son côté n'a écopé que d'un match ferme plus un avec sursis, une sanction relativement clémente mais logique, compte tenu de la nature de son geste à Nîmes beaucoup moins répréhensible qu'il n'y paraissait à vitesse normale. Autre suspendu ce samedi, Yacine Adli, pour un 3e carton récolté aux Costières en moins de dix matches, mais qui pourra jouer contre son ancien club du PSG mercredi 3 mars, tout comme Basic, espérons-le, trop court pour ce samedi, sauf miracle. Mais il y a aussi, et surtout, une majorité de raisons de s'inquiéter. La "démission" affichée de certains élements de l'équipe depuis plusieurs matches, laquelle encaisse désormais des buts tous les week-ends et est très loin des clean-sheets qui faisaient sa fierté jusqu'en janvier, a placé les Girondins dans une spirale de plus en plus dangereuse. La situation contractuelle de plusieurs élements de l'effectif actuel, dont le club est aussi en partie responsable, en est sans doute l'une des raisons, mais Bordeaux n'est pas le seul club français à compter des joueurs en fin de contrat dans les 6 ou dans les 18 prochains mois...Rappelons pour mémoire qu'il y a encore un mois, les joueurs du Nîmes Olympique, prévenus par le président Assaf, étaient dans la plus complète incertitude quant à l'avenir du club, au versement de leurs salaires - loin d'être ceux en vigueur aux Girondins - , et bons derniers au classement, presque condamnés. Sur le match de dimanche, comme sur celui remporté à Dijon la semaine précédente (2-0) et celui de ce mercredi contre Lorient (1-0), on n'a pas vraiment eu pour autant l'impression que les joueurs capitulaient et abandonnaient le navire...Bref, malgré le Covid et les restrictions qu'il a imposées à l'ensemble des acteurs du foot français, sauvés de l'échafaud par Canal Plus, il est clair qu'il y a plus mal loti que le FCGB à l'heure qu'il est. Restent les dommages "collatéraux" d'un mercato hivernal que redoutent bon nombre de coaches, et on comprend pourquoi. Un mercato globalement raté par le club, sur le fond puisqu'il n'a réalisé ni les ventes qu'il espérait, ni les acquisitions dont il avait besoin (se défaisant même, à son corps défendant et pour le...denier du culte ou presque, de l'un de ses meilleurs élements - Pablo - au risque de fragiliser l'équipe), mais aussi sur la forme par les annonces du propriétaire du club, cette nécessité de dégraisser répétée à l'envi, l'incitation à se trouver un club lancée en direction de plusieurs joueurs devenus presque indésirables (on pense par exemple à De Préville ou Jovanovic, à deux doigts de résilier lui-même son contrat), une lisibilité sur les intentions de vente pas toujours très claire ni en rapport avec les priorités de l'équipe pourtant clairement énoncées par Jean-Louis Gasset (on pense aux vrais-faux départs de Sabaly ou Benito, par exemple, ou de Basic plus tôt dans la saison), autant de méthodes qui ont pu blesser, car assorties de cet évident manque de tact inhérent à ceux qui ont l'habitude de gérer des produits plutôt que des hommes...Quel salarié d'une entreprise, de quelque nature qu'elle soit, accepterait de s'investir totalement sans sourciller jusqu'au terme de son contrat pour un sort réglé d'avance ? Reste aussi la gestion de l'effectif, antérieure au mercato, elle, avec des choix sportifs qui ont été assumés et maintenus depuis le début de la saison, et qu'il est difficile de contester dès l'instant que l'on intègre le principe de concurrence dans un sport de haut niveau et donc de respect des choix du staff, surtout lorsque celui-ci a des références, y compris dans le club où il opère aujourd'hui. Certains joueurs, ausis bien des cadres que des plus jeunes, ont peu joué, voire pas du tout (mais cette situation existe aussi dans d'autres clubs), sans que le spectre du "loft" institué par Paulo Sousa soit réapparu dans les mêmes proportions ni avec le même hermétisme, et bien que Gasset ait pleinement usé du turn-over, faisant entrer presque à chaque match les 5 remplaçants auxquels il a droit. Quant au problème du discours du coach qui ne passerait plus ou moins bien, il a déjà été servi à toutes les sauces au château du Haillan, où rappelons-le, 8 entraîneurs se sont succédé depuis l'arrivée de Willy Sagnol en mai 2014, sans que les problèmes rencontrés et les constats dressés par les techniciens en place, autant que l'on se souvienne, soient très différents au fil des saisons...
Encore un syndrome ?
Jusqu'ici, les choix du coach étaient validés par le fait que Bordeaux, malgré une inconstance chronique, ne s'éternisait jamais trop dans la médiocrité, et finissait toujours par rectifier le tir tant bien que mal, pour un ventre mou semblant taillé pour lui dans l'état actuel des choses et de ses finances. Même en novembre, où après la rouste monégasque et la défaite contre Montpellier, il avait trouvé le moyen de réagir de la plus belle des façons à l'endroit où on s'y attendait le moins, à Rennes puis à Paris. Même après sa fin d'année sur les rotules par la faute d'un calendrier erratique, où il avait entrelardé deux sorties calamiteuses au Matmut contre St Etienne (1-2) puis Reims (1-3) d'un match gagné "à l'ancienne" avec des "cojones" en acier trempé en Alsace (2-0), avant d'embrayer par un début d'année 2021 fort satisfaisant, même si certains de ses succès tinrent à une indéniable part de réussite, contre Lorient puis Angers en particulier. Aujourd'hui, parce que quelques joueurs ne remplissent plus les tâches défensives dont ils s'acquittaient il y a peu, et qui vulnérabilisent une défense transpercée à chaque match par des rushes solitaires de l'adversaire, il n'y a plus ni hauts et bas, ni clean-sheets contre quiconque, ni match arraché par l'exploit d'un Ben Arfa ou le jaillissement d'un Hwang. Bordeaux nage tout au fond de l'eau avec une régularité sinistre, celle d'une équipe sans âme ni leader filant tout droit vers la relégation si une prise de conscience collective et inconditionnelle ne se produit pas rapidement. L'avertissement peut sembler prématuré voire alarmiste, alors qu'il compte encore 10 points d'avance sur le barragiste Nantes, d'autnant que nous avions tiré la sonnette d'alarme dès la défaite à Brest. Mais vu sa cadence et celle des équipes qui luttent pour le maintien, ce petit matelas peut fondre très vite, on a déjà vu des cas similaires par le passé, au moins sur le plan mathématique. Leader à la fin des matches aller en décembre 2009 avec 43 points, le Bordeaux de Laurent Blanc, champion en titre, a fini 6e et privé d'Europe, n'en inscrivant que 21 sur la phase retour, avec 5 victoires en 19 matches... Si l'ombre d'Otavio plane depuis un mois sur son jeu tombé en déliquescence, elle a prouvé à Lyon qu'elle pouvait malgré tout rivaliser, sans lui, avec les meilleurs de l'Hexagone. Pour injuste qu'elle fut, cette défaite, souvent revenue sur le tapis pour la cassure qu'elle a peut-être provoquée, selon Jean-Louis Gasset, va-t-elle prendre des allures de syndrome, et de déjà-vu là aussi, comme celle - ô combien plus cuisante et douloureuse - subie à Paris fin septembre 2017 ? Ce soir-là, Bordeaux, 3e au classement et invaincu sur ses 8 premiers matches, avait volé en éclats (6-2) face au PSG galactique de Neymar et Mbappé, laminé en une mi-temps à peine (5-1 à la pause). S'ensuivit une invraisemblable série de contre-performances, avec à la clé un seul succès contre St Etienne (3-0) en novembre, oasis d'espoir sans lendemain noyée dans un océan de 11 matches sans victoires sur plus de 3 mois, Coupe de la Ligue incluse (2-0 à Toulouse), dont 9 défaites...jusqu'à ce soubresaut à Troyes (1-0) et ce succès qu'on croyait synonyme de renaissance, grâce notamment à un penalty arrêté par Benoît Costil, suivi d'une rechute contre Caen à la maison sur une monumentale erreur d'arbitrage, certes, mais qui allait être fatale à Jocelyn Gourvennec.
Les joueurs ont les clés
Pour éviter que Bordeaux ne traîne de nouveau sa résignation comme à cette époque, on a presque envie d'écrire que, quelle que soit la valeur de cette équipe messine samedi, la solution appartient désormais aux joueurs, peut-être plus qu'à l'entraîneur sur ce coup. C'est bien le sens du discours sans circonvolutions de langage tenu par le capitaine Laurent Koscielny sur un ton qu'on lui sait suffisamment rare pour vite comprendre l'extrême urgence de la situation. Car le programme qui attend ensuite Bordeaux n'aura rien d'une Dolce Vita : quand il ne jouera pas des européens en lice ou potentiels à Bordeaux (PSG, Rennes, deux équipes qu'il n'a plus battues en Gironde depuis des lustres, ou Monaco), il ira défier des morts de faim dans leur antre (Dijon, St Etienne, Lorient, Nantes), autrement dit des adversaires contre qui l'expérience prouve qu'il a très rarement réussi, Nîmes n'en étant que le dernier exemple en date. Sans oublier Reims pour la dernière journée, lieu démoniaque où il n'a jamais gagné depuis...1962. Pas besoin d'un dessin donc pour comprendre pourquoi cette rencontre, où les comportements importeront autant que le résultat, sera d'abord une question de confiance et de professionnalisme posée aux Girondins.
Ecoutez les réactions de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux, et Laurent KOSCIELNY, le capitaine au micro de Christophe Monzie. Ainsi que Vagner DIAS GONCALVES, l'attaquant cap-verdien du FC Metz, et Frédéric ANTONETTI, l'entraîneur du FC Metz, au micro de Michaël Kintzig.
Rendez-vous ce samedi 27 février dans l'émission Top Chrono à partir de 12h05. Le mag d'avant-match avec des invités, puis le coup d'envoi à 13h, commentaires de Christophe Monzie et Michel Le Blayo.
Match à suivre sur toutes nos fréquences en direct intégral du Matmut Atlantique à Bordeaux, sur notre site www.arlfm.com et sur l'appli "Les Indés Radios" de votre téléphone !