Football (Ligue 1, 31e journée) : Bordeaux / Strasbourg (2-3) : D'une souveraine et pathétique régularité...


04 avril 2021

[Par Dominique Darriet & Christophe Monzie]

Comme d'habitude, et pour la 4e fois d'affilée, la choucroute alsacienne a fait un tabac au pays de l'entrecôte. Et les Girondins, auteurs d'une première demi-heure aussi calamiteuse que celle disputée à Monaco début novembre, ont joyeusement pédalé dedans, avec une inconsistance et une naïveté défensives qui donnent le vertige. Leur réduction du score, par la rage de Paul Baysse puis par un penalty généreux obtenu par Koscielny, n'a pas suffi à masquer leurs lacunes offensives en seconde période, dès que Strasbourg, jamais vraiment mis sur le grill, a décidé de fermer la boutique. C'est leur 10e défaite en 12 matches officiels, sans aucun signe d'éclaircie à l'horizon. L'état d'urgence est déclaré pour éviter l'accident industriel qui menace. Le match à St Etienne sera capital, mais on s'en doutait depuis un moment.

Ils n'auront donc eu ni l'Alsace, ni la Lorraine. Après le FC Metz, vainqueur sur cette pelouse en février et imité un peu plus tard par le PSG, le RC Strasbourg n'a donc pas modifié ses habitudes et est venu s'imposer dans son jardin aquitain, comme il le fait régulièrement depuis 4 saisons désormais. Un 6e succès à l'extérieur pour les hommes de Laurey aussi mérité que ceux des années précédentes, et une...7e défaite à domicile pour les Girondins dont le bilan famélique au Matmut fait dresser les cheveux sur la tête (19 points pris sur...48 possibles). Le temps où s'imposer dans le Port de la Lune relevait d'une mission de haut vol relève aujourd'hui de la mythologie et beaucoup d'équipes de L1 l'ont compris depuis belle lurette. Bordeaux ne fait plus peur à personne aujourd'hui. Sauf à ses supporters. Car si l'on poursuit le tableau des chiffres horrifiques, il s'agit de la 10e défaite lors des 12 derniers matches officiels (seul Dijon a fait pire). Une série sans précédent dans l'histoire moderne du club ces 40 dernières années...Avec 20 buts encaissés sur les 10 dernières sorties (soit une moyenne de deux par match), Bordeaux n'a plus rien à voir avec l'équipe des matches aller, qui avait signé 11 clean-sheet en 21 journées. Toute la panoplie des boulettes y sera passée. Et encore deux buts concédés sur coup de pied arrêtés (1 penalty, 1 corner), respectivement les 13e et 14e de la saison. Mais au-delà de ces stats qui inquiètent et qui donnent le vertige, dans l'état actuel des choses, la vraie question à se poser est de savoir quelle équipe de Ligue 1 les Girondins peuvent encore battre. Et s'ils sont décidés, quoi qu'ils prétendent, à mettre les ingrédients pour cela. Au vu de ce qu'ils ont produit sur le premier acte en ce dimanche, la réponse est manifestement non, pour le moment. Leur demi-remontada sur les dix dernières minutes, plutôt flatteuse par rapport au contenu et aux errances défensives, n'estompera pas cette impression. Car avec un zeste de clairvoyance dans la dernière passe, notamment sur deux ballons d'Ajorque passant devant la ligne qui ne trouvèrent pas preneur, force est d'admettre que le RCSA aurait dû mener 4-1 aux citrons sans qu'il n'y ait rien à redire.

Des paroles aux actes, il reste un grand pas

On espérait une prise de conscience de la gravité de la situation. Jean-Louis Gasset avait en tout cas souligné vendredi en conférence de presse qu'il avait senti passer ce courant positif. Sans doute le positif en question était-il à la masse, ou ledit courant était-il...alternatif, car en ce bel après-midi printanier, on a vainement cherché l'étincelle qui aurait pu confirmer ses propos. Au bout d'une demi-heure de jeu, en fait d'étincelle, c'était plutôt un gros court-circuit provoquant un incendie qu'il fallait circonscrire, à deux doigts d'appeler les pompiers ou de déclencher le plan Orsec. 4 attaques alsaciennes, et 3 buts en 29 minutes, un ratio encore pire que l'éxpédition touristique en Principauté le 1er novembre où il avait fallu 33 minutes aux Monégasques pour arriver au même résultat.

Défense à trois en perdition

Et pourtant, pour enrayer l'hémorragie défensive qui perdure depuis fin janvier et la défaite à Lyon, le staff girondin avait décidé de débuter avec une défense à trois. Il y avait deux poisons à surveiller coté alsacien, Ajorque et Diallo, les deux meilleurs buteurs actuels du club. Mais l'un et l'autre, beaucoup trop libres de leurs mouvements tout comme l'excellent Thomasson, s'en sont donné à coeur joie toute la première mi-temps, avec des courses non contrôlées par les défenseurs bordelais et un festival de ballons perdus dans l'entrejeu qui ont fait le bonheur des deux flèches alsaciennes. Le premier d'entre eux, perdu par Adli le long de la touche, faillit d'ailleurs bien profiter à Dimitri Liénard, mais le taulier du RCSA, qui a tout connu avec ce club, a manqué la cible, sa jambe d'appui se dérobant au moment de sa frappe (3e). Dans la foulée, sur un ballon donné en cloche dans la surface par l'excellent Anthony Caci pour Ajorque, Mexer et Costil ne se comprenaient pas et le Mozambicain de la tête était à deux doigts de marquer dans la cage abandonnée par son portier, mais le ballon frôlait le poteau et partait en corner. Au lieu de se ressouder et de se reconcentrer après ce gros coup de chance, toute la défense girondine était à la ramasse sur le corner de Liénard qui suivait, et personne à l'endroit où il aurait dû être : Koné, monté de l'arrière et lâché au marquage par Baysse, trouvait le moyen de prendre le dessus sur...trois bordelais et sur Costil, sorti à contretemps et dont le poignet pas assez ferme ne suffisait pas à sortir son puissant coup de tête (0-1, 5e). Dans la foulée, Bordeaux essayait bien de répliquer et Sabaly, bien meilleur offensivement que défensivement sur cette rencontre, s'échappait sur la droite, bien lancé par Seri. Mais le Sénégalais croisait trop sa frappe à ras de terre qui passait à 30 cm du poteau gauche de Matz Sels (7e) sans que personne ne coupe la trajectoire, les attaquants bordelais étant, comme toujours, bien trop loin du dernier défenseur. Puis c'est Hwang, servi par Adli dans un angle fermé sur la gauche, qui tentait sa chance mais le portier belge qui faisait son retour dans la cage visiteuse après 9 mois d'arrêt (rupture du tendon d'Achille) s'interposait sans trop trembler (10e). La rencontre, plus débridée que cadenassée, était plaisante à suivre, mais la bonne volonté offensive des Girondins contrastait avec leur invraisemblable fébrilité derrière, chaque contre alsacien provoquant le frisson. Après deux coups francs totalement anodins de De Préville (8e) puis Sabaly (15e) qui furent autant de cadeaux pour Sels, tout comme les centres inoffensifs de Ben Arfa (17e) puis d'Oudin (20e) cueillis sur un plateau, Strasbourg enfonçait le clou sur un contre d'école, sur un énième ballon perdu dans l'entrejeu : une première frappe d'Ajorque était contrée par Mexer mais, absents au milieu comme trop de fois dans ce match, les Girondins laissaient le Racing récupérer le ballon sans opposition. Fred Guilbert l'ex-bordelais délivrait alors un centre millimétré de la droite au second poteau sur Habib Diallo, lancé comme un obus et bien plus vif que Sabaly laissé sur place, pour un coup de bélier imparable (son 8e but) qui fusillait Costil comme à la foire (0-2, 21e). Une vraie renaissance pour l'attaquant strasbourgeois qui restait sur une série de...13 matches sans un seul but de marqué, l'empathie girondine à l'égard d'un buteur en plein doute s'exprimant une fois de plus dans toute sa splendeur...Quand on sait que Bordeaux a toujours perdu cette saison après avoir concédé l'ouverture du score, à l'extérieur comme à domicile, on comprit vite que l'affaire était dans le lac, une fois de plus. D'autant plus vrai que si Adli, de 25 mètres, tentait de donner le change sans vraiment mettre Sels en grand péril (25e), un nouveau ballon de Liénard balancé au point de penalty, copié-collé de la première action du match ayant amené le corner puis le 1er but, mettait à nouveau la défense girondine au supplice. Mexer, hors du coup sur cette rencontre (mais il ne fut pas le seul) bousculait Thomasson et M.Brisard, à 10 mètres de l'action, ne pouvait faire moins que de siffler le penalty qui s'imposait, Ajorque enquillant son 12e but en battant Costil parti pourtant du bon côté (0-3, 29e).

Un moindre mal à la pause

KO debout, les Girondins, n'ayant plus grand chose à perdre, se portaient vers l'attaque mais devant l'indigence de leurs attaquants (Oudin et à un degré moindre, De Préville, furent quasiment inexistants sur cette rencontre, et Hwang a beaucoup couru dans le vide), le salut allait venir de l'arrière :  sur un corner de Ben Arfa de la gauche, Koscielny de la tête redressait la course du ballon vers Baysse, lâché au marquage par Koné au premier poteau, qui ajustait Sels de près, de la tête, inscrivant son 2e but de la saison pour son 200e match en Ligue 1 (1-3, 36e). Pas suffisant pour remettre en selle les Girondins, tout proches du KO quand Costil, d'une manchette ferme cette fois, mettait en corner une frappe de Thomasson, sur un centre en retrait de Diallo (40e), après qu'Ajorque, sur un contre, eut été à deux doigts de redresser la course du ballon côté droit (37e) et d'inscrire le but du 4-1. Une nouvelle frayeur survenait sur un nouveau ballon perdu dans l'entrejeu (secteur où Bordeaux, avec un Ben Arfa quasi-inexistant n'ayant remporté aucun duel balle au pied et un Seri toujours pas en jambes qui ne pèse en rien sur le jeu, aura été mangé du début à la fin de la rencontre), quand Ajorque servait idéalement Thomasson dans les 6 mètres mais l'ex-nantais ratait de peu son contrôle avant que Costil n'enraye la tentative de Diallo qui avait suivi l'action (43e). Pourtant, contre toute attente, les Girondins allaient revenir par ce centre de Seri de la droite à ras de terre où Sissokho passait la jambe devant Koscielny, empêchant le capitaine girondin de jouer le ballon pour un penalty relativement généreux, que Hwang transformait de justesse, après avoir coupé l'élan de sa course (2-3, 45e). Un moindre mal, au regard du cataclysme que Bordeaux venait de frôler.

Des Girondins encore chocolat pour Pâques

La seconde période en revanche, fut d'une tout autre physionomie et nettement moins intéressante. Plus question de match débridé ni de marquage élastique pour le RCSA qui, conscient du danger, se réorganisa en position d'attente, avec des lignes resserrées et plus aucune course superflue. Le Racing avait régalé en première mi-temps, il se faisait plus pragmatique en seconde. Sans surprise, Bordeaux s'appropria alors un ballon que son adversaire voulait bien lui laisser. Pour une possession de balle stérile (62% sur l'ensemble de la partie) et un scenario vu et revu au Matmut qui ne laissait guère de doute sur l'issue des débats. Dans cette configuration où il porte le ballon face à une équipe attentiste, on sait en effet que Bordeaux n'a plus maintenant les moyens de faire sauter quelque verrou que ce soit, quand bien même il aurait joué deux heures de plus, ses matches contre l'OM ou même à Nîmes en ayant été les exemples les plus édifiants. La rencontre perdit donc en intérêt et en intensité, le magasin strasbourgeois, n'étant pas considéré comme commerce essentiel, ayant décidé de fermer ses portes et d'appliquer le couvre-feu. L'essentiel, il était ailleurs pour les Alsaciens, seulement troublés dans leur maîtrise des débats par une frappe écrasée et trop faible de Hwang (56e), un beau une-deux Adli-Hwang suivi d'une talonnade du Coréen pour le premier nommé qui ne trouva pas le cadre (52e) et un ultime coup-franc de Toma Basic repoussé par Sels par sécurité (90e), sans que le portier alsacien ait eu un seul arrêt décisif à effectuer de tout le match, malgré les 6 frappes cadrées et les 30 centres effectués par les Girondins (mais combien de vraiment dangereux ?), ainsi que la batterie de changements effectués par Gasset et le retour d'une défense à quatre après l'entrée en jeu de Poundjé et la sortie de Mexer (67e). A noter que Jimmy Briand ne figurait même pas sur la feuille de match pour un imbroglio juridique sur la nature de son contrat remontant à son départ de Guingamp il y a près de 3 ans, le club breton, procédurier comme pas deux, ayant finalement obtenu l'invalidation de son contrat pour obtenir un dédommagement de la LFP qui avait validé l'arrivée de l'attaquant en Gironde...Une péripétie de plus à ranger dans le tiroir, déjà bien garni, des scories permanentes qui n'auront cessé d'éloigner les Girondins de leurs vraies priorités du terrain et de plomber une saison à vite oublier. Voilà en tout cas un succès qui permet aux Alsaciens de dépasser leur adversaire du jour, au benéfice d'un meilleur goal-average, et de voir Lorient, vainqueur de Brest dans le derby breton, revenir à 4 longueurs des Girondins, désormais 14es. Par chance, Nantes et Nîmes ont tous deux perdu chez eux, et l'écart avec le barragiste reste de 7 unités. C'est bien là l'unique bonne nouvelle de la journée. Pour le week-end de Pâques, on aurait pourtant aimé voir les Girondins battre enfin un adversaire autre que la lanterne rouge, cesser de trembler et ne pas devoir s'en remettre à un sort qu'ils "ont encore entre leurs pieds", certes, comme le rappelait Paul Baysse, mais peut-être plus pour très longtemps, au rythme qui est le leur. Les voilà chocolat un week-end de plus - chocolat noir, évidemment - mais ce sont surtout les cloches que l'on aurait aimé entendre sonner en ce dimanche au-dessus du Matmut. Elles pourraient carillonner plus fort encore, et avec une tout autre connotation, si jamais Bordeaux s'incline encore à St Etienne dans une semaine, à l'occasion d'un autre match décisif chez des Verts désormais revenus à sa hauteur.

Ecoutez les réactions d'après-match au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo et Laurent Brun.

   
Réaction de Thierry LAUREY, l'entraîneur du Racing Club de Strasbourg Alsace
      
Réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux
  
Réaction de Matz SELS, le gardien de but du Racing Club de Strasbourg Alsace
   
Réaction de Paul BAYSSE, le défenseur du Football Club des Girondins de Bordeaux