
02 mai 2021
[Par Christophe Monzie - Photos D.M & C.M]
Enfin elle est là !! En battant aux forceps une équipe de Rennes réduite à dix tout le match, les Girondins ont stoppé la spirale infernale, même s'ils ont tremblé jusqu'au bout pour n'avoir jamais su contrôler l'intenable Doku, meilleur joueur du match. Mais pour une fois, les faits de jeu leur ont souri. Un premier clean-sheet depuis le...14 février (0-0 contre un OM réduit à neuf, soit 9 rencontres consécutives avec au moins un but concédé, et souvent, bien plus) et trois points capitaux offerts par le jeune Sekou Mara qui leur permettent de rester à la surface et de s'épargner six prochains jours qui auraient pu être insoutenables. Condition nécessaire certes, mais qu'on ne pressentait pas suffisante pour considérer le maintien acquis, une impression confirmée plus tard dans la journée par les victoires attendues de Nantes et Lorient contre des équipes démobilisées. Si la joie légitime et si longtemps attendue des supporters sur le parvis du Matmut et leur communion avec les joueurs faisaient chaud au coeur, l'erreur serait de vendre la peau de l'ours et de croire le maintien en poche. Car 39 points ne suffiront sans doute pas cette année, et le derby à Nantes de ce samedi 8 mai reste décisif. A cette différence essentielle près qu'en battant Rennes, les Marine et Blanc s'invitent à une véritable finale à La Beaujoire : s'ils s'y imposent, leur place en Ligue 1 sera mathématiquement acquise, les Canaris étant relégués à 8 points à deux journées de la fin. Dans les autres cas, ils devront cravacher jusqu'au bout.
On avait promis qu'on ne ferait pas la fine bouche, et on ne la fera pas. Parce que quand il est question de survie, la forme importe peu, tous les entraîneurs du monde vous le diront sans se mentir. En mettant fin à 5 défaites consécutives et une hémorragie de 33 buts concédés sur leurs 15 dernières sorties en Ligue depuis leur match-référence à Nice le 17 janvier (3-0), les Girondins se sont offert un petit coin de ciel bleu et ont retrouvé un sourire sincère qu'on ne leur connaissait plus, tant les dernières semaines avaient été pénibles à vivre, aussi bien sur le terrain qu'en coulisses. Ils n'ont pourtant pas gagné une finale de Coupe d'Europe ni un titre de champion de France, ni même réalisé un exploit retentissant contre une formation bretonne qui aura évolué à dix pendant 82 minutes, après l'expulsion un peu sévère du grand N'Zonzi coupable de s'être essuyé la semelle sur les côtes de Mara (8e), sans que l'on se rende compte de l'infériorité numérique de leur adversaire tant l'emprise de celui-ci dans le jeu fut patente en seconde période, où Bordeaux ne fit que de la résistance. Mais la joie manifestée par les supporters, qui avaient escorté le car des joueurs avant le match depuis leur hôtel jusqu'au Matmut Atlantique, comme pour chasser pour de bon ces ondes négatives que le stage à Ploemeur n'avait pu évacuer, et qu'ils partagèrent en toute simplicité avec eux au terme de cette rencontre remportée avec un coeur gros comme ça et à la force du poignet, restera sûrement comme l'une des plus belles images, sinon la plus belle, d'une saison glacée à marquer d'une pierre noire et sans précédent, où Bordeaux aura collectionné les tuiles de toute sorte comme il est difficile de l'imaginer. Assez pour refaire toute la toiture du château du Haillan s'il le fallait. Les unes par la seule faute de dirigeants incompétents, corrompus (pour certains) ou sans états d'âme, coupables d'avoir géré un produit qu'ils espéraient spéculatif au lieu d'un patrimoine et d'une histoire, les autres par le fait d'une scoumoune rare venue du rectangle vert qui décima les joueurs cadres d'une équipe déjà fragile et peu équilibrée, avec les blessures longues et graves d'Otavio puis Koscielny, et celle, plus insidieuse mais handicapante aussi car rémanente, de Samuel Kalu, un autre des joueurs-clés sur qui Gasset avait fondé beaucoup d'espoirs.
La même solidarité qu'à l'aller
Comme le 20 novembre au Rhoazon Park (1-0), Bordeaux aura donc terrassé le Stade Rennais sur la plus petite des marges et engrangé le maximum de points contre une formation qu'il n'avait plus battue au Matmut depuis janvier 2016 (4-0 avec un doublé de Diabaté), Benoît Costil étant alors dans l'équipe d'en face. L'un de ses trois bons clients de la saison à ce jour, avec Dijon et Angers, battus également sur les deux matches. Si les Rennais ratent au final la qualification pour l'Europa League, ils le devront en grande partie à leur bourreau girondin. A l'aller, Bordeaux, bien qu'ayant subi, maîtrisait davantage son jeu qu'aujourd'hui et avait finalement peu tremblé contre des Rennais brouillons et en plein dans le dur après une campagne européenne désastreuse. C'est avec nettement plus de réussite, enfin, (mais qui pourrait l'en blâmer ?) qu'il est parvenu à ses fins en ce premier dimanche ensoleillé du mois de mai. Avec cependant un point commun avec sa sortie de l'automne : une solidarité de tous les instants. La vertu qui lui avait sans doute manqué le plus sur ces 12 défaites concédées lors des 14 derniers matches. Et si parfois, en seconde période, le bateau bordelais tangua dangereusement pour n'avoir pas su contrôler le principal danger visiteur, un gamin de 19 ans, Jéremy Doku qui fit passer à Enock Kwateng un après-midi dont il se souviendra, la différence avec les capitulations précédentes vint du fait qu'il y avait toujours, cette fois-ci, un coéquipier en deuxième rideau pour compenser la bévue du copain. Ou un poteau pour une fois favorable, lorsque, au terme d'une énième course non contrôlée, le jeune ailier Belge d'origine ghanéenne trouva le bas du montant gauche de Costil, battu, pour renvoyer sa frappe du droit à ras de terre (49e). Malchanceux, l'amer Doku pouvait s'en vouloir sur cette action solitaire, et on n'ose imaginer ce qu'il serait advenu par la suite si Rennes avait égalisé à cet instant, véritable tournant du match. Tout le monde a donc fait les efforts ensemble, même lorsque le bloc girondin, peinant à remonter les ballons proprement après la sortie de Lacoux (70e), se retrouva à notre sens trop bas sur les dernières minutes, commettant de nombreux coups-francs dangereux qui valurent plusieurs cartons (Benito, Sissokho, Mexer), mais que fort heureusement Guirassy puis Grenier, tous deux entrés en jeu en seconde période, gaspillèrent lamentablement. On n'en demandait pas davantage aux Girondins, qui pouvaient aussi remercier Bourigeaud, décalé sur la droite par Doku, d'avoir trop croisé sa frappe à ras de terre de quelques centimètres juste avant la mi-temps (45e) ou Costil d'avoir repoussé cette frappe de près du géant Guirassy, décalé par Doku, encore lui (85e) pour ce qui fut finalement son seul arrêt décisif du match. Bruno Genesio connaissait donc son premier échec depuis son arrivée en Bretagne, après 5 victoires et un nul.
Coup de poker gagnant pour Gasset
Jean-Louis Gasset, que l'on croyait à court de leviers ou de solutions tactiques pour endiguer la chute libre des 3 derniers mois, venait de réussir un coup gagnant, lui qui répétait depuis plusieurs matches que Bordeaux finirait par y arriver, devant une assistance de plus en plus sceptique. D'abord en laissant souffler un peu Baysse, qui en avait bien besoin, et en titularisant dans l'axe un duo Mexer-Benito inédit cette année, Sabaly glissant à gauche et Kwateng entrant à droite. La dernière fois que ce duo avait été associé en charnière centrale, c'était par Paulo Sousa la saison dernière à Pau en Coupe de France le 16 janvier, pour un naufrage collectif et une élimination à la clé (3-2 après prolongation) et on ne peut pas dire que l'expérience avait été concluante ce soir-là... Cette fois-ci, l'international suisse, toujours bien placé, assura des relances propres et le Mozambicain, hors sujet à Lorient ou contre Strasbourg, a certainement livré sa meilleure prestation de la saison, en se montrant impérial au pied comme dans les airs, où Bordeaux a, du coup, bien moins tremblé sur les corners qu'à l'accoutumée. L'autre coup de poker gagnant fut la titularisation de Sekou Mara, qui après une première apparition compliquée face à Toulouse en Coupe de France (0-2) à l'image de tous ses coéquipers, était monté en puissance, manquant de peu de remporter son duel avec Nardi la semaine passée à Lorient. Cette fois-ci, il ne se trompa pas : à peine remis du tampon infligé par N'Zonzi, le jeune bordelais se retrouvait à point nommé à 12 mètres face au but pour reprendre imparablement du gauche un ballon bien remisé par Hwang après un centre de la gauche de Sabaly cafouillé par la défense bretonne (1-0, 11e). On retrouvait le jeune attaquant bordelais peu après pour dévier parfaitement de la tête un coup-franc ciselé de Kalu venu de la droite, mais Gomis se détendait tel un félin pour sortir ce ballon de son soupirail (19e). Dans la foulée, Camavinga, devant sa surface, glissait et perdait le ballon mais Hwang Ui-Jo, surpris de l'offrande, manquait son contrôle et voyait Gomis lui plonger dans les pieds (20e). C'est enfin ce même Hwang, à la réception au premier poteau d'un centre au cordeau de Zerkane, qui plaçait son énergique coup de tête juste à droite du but breton (31e), au cours d'une première demi-heure incontestablement à l'avantage des Girondins face à des rennais imprécis et souvent à la faute. Vu sous cet angle, l'avantage au score à la pause était tout sauf illogique. Mais comme souvent cette saison, après une entame favorable, Bordeaux eut du mal à continuer sur le même tempo, comme il l'avait fait déjà contre Lorient ou Angers en janvier, ou même à Brest sur 25 premières minutes presque parfaites avant de passer du jour à la nuit. On ne lui en voudra donc pas d'avoir mis tous les ingrédients et su "se sacrifier" quand il le fallait (à l'image de Mexer sur la dernière action qui lui valut un jaune logique) pour préserver un but qui vaut de l'or. Après tout, même l'OL ne s'y était pas pris autrement le 29 janvier, accumulant les fautes loin de son but sous les yeux d'un référé impassible, pour compenser un combat perdu au milieu de terrain avant de rafler la mise avec la chance que l'on sait (2-1), et personne ce soir-là n'avait trouvé à y redire, sauf nous...
Décisif quand même à Nantes
Pour pasticher une tirade célèbre du général De Gaulle, Bordeaux a certes gagné une bataille. Mais il n'a pas encore gagné la guerre. Ce succès salvateur lui épargne juste six prochains jours qui eussent été suffocants d'angoisse s'il avait à nouveau perdu, compte tenu des performances de ses rivaux un peu plus tard dans l'après-midi, et le rapproche seulement du terme d'une épreuve bien assez longue qu'on accueillera avec un soulagement non feint si le maintien en Ligue 1, au moins sportif, est au bout. Il peut l'être dès samedi prochain 8 mai à Nantes dans un derby de l'Atlantique qu'on pressentait décisif depuis au moins un mois et qui le sera effectivement. Car sans surprise, les Canaris se sont promenés à Brest (4-1) chez une équipe démobilisée depuis son maintien, en principe acquis la semaine passée à St Etienne (2-1), quoique... Et Lorient, sans surprise là non plus sur ce que l'on avait vu contre les Girondins, a confirmé sa bonne forme du moment et son intransigeance à domicile (9e victoire) dans un derby de l'Ouest "animé" contre Angers (2-0 avec 8 cartons dont 2 rouges). Seul Nîmes, encore incapable de gagner chez lui après avoir mené contre Reims (2-2) a sans doute définitivement dit adieu au maintien direct et ne peut plus guère espérer qu'une place de barragiste. Nantis de la même avance (5 points) sur leurs éternels rivaux de l'Atlantique qu'avant cette 35e journée, les Girondins de Bordeaux se sont invités à une véritable finale à la Beaujoire. Une victoire et cette fois-ci, l'affaire serait emballée définitivement avec 42 points et Nantes relégué à 8 longueurs. Un nul et il leur faudrait alors cravacher et ne pas faire plus mal que les Jaunes (qui ont désormais un meilleur goal-average) sur les deux derniers matches. Une défaite, et les Girondins se retrouveraient de nouveau en grand danger, car on voit mal ensuite les Canaris ne pas réaliser un carton plein à Dijon puis chez eux contre Montpellier qui ne met plus un pied devant l'autre depuis sa défaite à Nice. On serait surpris que le deuxième larron, Lorient, avec certes un déplacement très délicat à Lyon, mais ensuite la réception d'un FC Metz qui n'a plus rien à jouer avant de disputer peut-être lui aussi sa "belle" à Strasbourg pour la clôture, n'engrange pas au moins 3 points, voire davantage. De ces 3 équipes, c'est Bordeaux qui possède le calendrier le plus ardu, avec la réception d'un Lens toujours en course pour l'Europe puisque ni Rennes ni l'OM n'ont profité de sa courte défaite à Paris, puis un déplacement à Reims où il n'a plus gagné depuis... l'avènement des Beatles et la fin de la guerre d'Algérie (1962)... On ne voudrait surtout pas jouer les rabat-joie alors que les fumigènes craqués ce dimanche ne sont même pas encore éteints. Mais quel que soit le bout par lequel on prend l'équation, un ultime effort des Girondins est incontournable, et le plus tôt sera le mieux, à tous points de vue...
Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique à Bordeaux aux côtés de Michel Le Blayo, écoutez les réactions d'après-match.
Réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.
Réaction du défenseur et capitaine du Stade Rennais FC Damien DA SILVA, bordelais d'origine.
Réaction du défenseur suisse Loris BENITO qui jouait en défense centrale ce dimanche aux côtés de Mexer.