Football (Ligue 1, 37e journée) : Bordeaux / Lens (3-0). On a retrouvé des hommes...


17 mai 2021

[Par Christophe Monzie]

A l'énergie et avec une solidarité sans faille, les Girondins retrouvés et plus convaincants que face à Rennes ont logiquement battu un RC Lens dangereux mais stérile et devenu nerveux au fil des minutes, à l'image de son meneur de jeu Kakuta. Longtemps en tête grâce à un penalty de Hwang (son 12e but) mais à deux doigts de glisser à la 18e place en cas d'égalisation nordiste alors que tous leurs poursuivants gagnaient, ils ont su garder la tête froide, rester patients et estoquer leur adversaire par un final magnifique. Leur 7e succès à domicile, et le plus large en championnat au Matmut depuis le 4 octobre 2020 contre Dijon (3-0 également). Presque une éternité...Un nul leur suffira à Reims pour la clôture d'une saison à déconseiller aux cardiaques, ou même une défaite si n'importe lequel de leurs 4 poursuivants est battu. 

Le succès, c'est tomber sept fois, se relever huit. Ce proverbe japonais, dont l'écrivain, journaliste et metteur en scène Philippe Labro s'est inspiré pour écrire son livre autobiographique "Tomber sept fois, se relever huit", résumera aussi l'histoire de la plus éreintante saison que les Girondins de Bordeaux aient connue depuis plus d'un demi-siècle. La plus dure à vivre pour toutes les familles du club, les supporters privés de stade et donc impuissants à les transcender, les médias qui les ont suivis stoïquement dans ce qui avait fini par ressembler à un sacerdoce, et pour Jean-Louis Gasset lui-même, qui a avoué n'avoir jamais connu pareille épreuve "surtout sur le plan extra-sportif", mais qui n'aura jamais quitté le navire, ne cessant de répéter à tous ceux qui y croyaient de moins en moins que son équipe finirait par y arriver à force de travail et qu'il ne fallait pas abandonner. Et le technicien languedocien avait raison : pour cette der de la saison à domicile, dans une avant-dernière journée de Ligue marquée par une avalanche de buts (31 en 10 matches), ses joueurs ne l'ont pas lâché et ont décroché à la force du poignet leur 7e victoire de la saison, quasiment synonyme de leur maintien, sauf scenario aussi démoniaque qu'improbable pour la journée de clôture la semaine prochaine (voir par ailleurs).

Dr Jekyll & Mister Hyde

Un succès glané avec les tripes et les moyens du bord (5 absents) par les fantômes de Nantes et Lorient, redevenus enfin des hommes responsables et solidaires, plus fondateur et convaincant encore que celui arraché face à Rennes, car cette fois, Bordeaux, bien que dominé mais emmené par un De Préville aussi actif que malchanceux, a eu des occasions franches de plier l'affaire et n'a en aucune façon dû ces 3 points capitaux à la malchance de son hôte du jour ou un fait d'arbitrage favorable. L'ironie de cette saison, à nulle autre pareille qui aura été celle de tous les paradoxes, voudra qu'il ait tremblé jusqu'au bout malgré 14 clean-sheets réussis en 37 matches (alors qu'il n'en comptait sous l'ère Sousa que 6 la saison passée quand le championnat s'arrêta au bout de 28 matches, et 10 au total la saison précédente) et qu'il soit même à portée de la...12e place s'il s'impose à Reims et qu'Angers ne bat pas Lille dans une semaine. Mais aussi qu'il ait encaissé 33 buts depuis le début de sa série noire le 29 janvier à Lyon (16 matches) avec une incapacité absolue, à ce jour, à gagner la moindre rencontre en ayant concédé l'ouverture du score. Preuve que ce groupe bipolaire aux allures de Docteur Jekyll et Mister Hyde et aux statistiques atypiques n'a jamais su faire dans la demi-mesure : quand il a le bonheur d'ouvrir la marque, il est capable de mener l'affaire au bout, comme il le fit 12 fois cette année, tant à l'extérieur qu'à domicile. Et ceci même lorsque plane une menace étouffante comme en ce dimanche soir (à la demi-heure de jeu, Bordeaux, tenu en échec, était barragiste puisque Nantes, Strasbourg et Lorient menaient déjà). En revanche, quand l'adversaire est le premier à frapper, le coup s'avère toujours fatal, et dans les grandes largeurs sur la phase Retour. L'équipe se plie comme un cartable, avec des effondrements aux allures de Bérézina qui auront plombé son goal-average, heureusement quelque peu renfloué par cette nette victoire.

Schéma gagnant

Revenu au 3-5-2 qu'il n'avait plus utilisé depuis le revers contre Strasbourg (2-3) le 4 avril, avec le repositionnement de Kwateng dans l'axe - bien plus à son aise que lors de ses dernières productions sur le côté droit contre Rennes et Nantes -, le retour de Sabaly à son poste de prédilection et le rappel surprise de Maxime Poundjé sur le flanc gauche, absent des compos depuis le naufrage collectif en Coupe contre Toulouse le 10 février et auteur d'un match très sérieux, le coach bordelais, qui avait admis son erreur probable à Nantes dans le remplacement de Kalu par Basic, a cette fois-ci tapé dans le mille et réussi à briser les longues courses des lensois qui avaient tellement laminé son équipe à l'aller à Bollaert. Notamment celles des deux larrons Ganago et Kakuta, à tel point que le capitaine nordiste, actif mais de moins en moins lucide au fil des minutes, perdit même contenance en fin de rencontre et ne fut pas loin de l'expulsion sur une énième faute amplement passible d'un second carton jaune, avant d'être judicieusement remplacé par Pereira Da Costa (81e). Alors qu'on redoutait plutôt les flèches empoisonnées que Clauss avait distillées de son aile droite tout le match aller, amenant notamment le second but lensois, les principaux problèmes pour les bordelais en début de match vinrent le plus souvent de la gauche, en fin de compte, avec les montées répétées de Boura, tout seul sur son aile, qu'ils mirent une bonne demi-heure à circonvenir. La première alerte ne tarda d'ailleurs pas quand l'intéressé centra à ras de terre pour Ganago, à deux doigts de reprendre au point de penalty (2e). Puis c'est Fofana, sur un coup-franc de Clauss renvoyé du poing par Costil, qui manquait de peu le cadre (5e). Les premières minutes étaient lensoises et Bordeaux semblait éprouver autant de difficultés à remonter proprement le ballon qu'à Nantes. Boura était encore à l'origine d'une action brûlante dans les 6 mètres girondins impliquant Ganago et Banza, lequel était heureusement contré (9e). Le jeune lensois originaire de Mayotte semait encore la zizanie dans l'arrière-garde girondine sur un centre dévié au premier poteau par Banza, mais pas assez puissant pour surprendre le portier bordelais (20e). Lens insistait et le danger se précisait quand Doucouré alertait Ganago en profondeur dans la surface, un peu excentré. Mais Costil restait bien sur ses appuis et fermait l'angle (23e). Il était temps pour Bordeaux de réagir, qui jusqu'alors n'en était resté qu'au stade des (bonnes) intentions, avec quelques incursions décidées mais interrompues loin du but artésien de Lacoux, De Préville ou encore Sabaly, devancé par Leca sur la plus incisive d'entre elles (17e). De Préville d'un contrôle orienté mettait deux joueurs dans le vent avant de solliciter Basic dont la remise instantanée était interceptée par la...main, indiscutable et très visible bien que pas nécessairement volontaire, de Jonathan Clauss. M. Wattellier n'hésitait pas une seconde et désignait le point de penalty. Hwang Ui-Jo, en ralentissant sa course avant de frapper sans élan, reproduisait exactement ses réussites à St Etienne et contre Strasbourg pour transformer la sentence et inscrire son 12e but personnel, bien que Leca soit parti du bon côté, comme ses prédécesseurs Green et Sels. Mais la frappe sèche du sud-Coréen, fuyant dans le soupirail, avait peu de chances d'être sortie par le gardien corse du RCL (1-0, 31e). Petites causes, grands effets : de 18e et barragiste depuis une minute et l'ouverture du score de Wissa à Lorient, Bordeaux bondissait à la 14e place par cette seule réussite de son meilleur buteur. Un but qui avait pour effet de doper les Marine et Blanc et de donner à la rencontre une physionomie sensiblement différente. D'une belle talonnade, Poundjé trouvait Hwang dont la frappe croisée n'était pas très loin du poteau lensois (36e). Costil se fendait tout de même d'un arrêt de gardien de handball, au pied, sur un nouveau rush de Kakuta côté gauche et sous la menace de Banza (39e). Mais on sentait déjà les Girondins rééquilibrer la balance et la possession de balle à l'approche des citrons.

Bordeaux gâche et tremble en seconde période

De Préville, peu épargné par les défenseurs lensois à l'image de ce tampon de Gradit qui méritait amplement un jaune (40e), remettait le couvert dès la reprise. L'ancien Rémois et lillois, bordelais le plus en vue avec Sabaly sur cette rencontre, et dont on a tendance à oublier, à l'examen de sa saison décevante, qu'il était l'an dernier le meilleur buteur (8 réalisations) et passeur (4) de l'équipe de Sousa quand le Covid a interrompu la compétition le 8 mars 2020, continuait son travail d'usure, avec ce coup-franc vite joué par Benito sur lequel il mystifiait Badé et Médina pour expédier un tir croisé du gauche juste à droite du but de Leca (48e). Puis c'est Kakuta qui tentait de stopper irrégulièrement le bordelais, toujours avec la bénédiction du référé (53e). C'est enfin Badé qui écopait du premier jaune de la soirée, après une dizaine de fautes commises sur le bordelais, et ce n'était pas trop tôt...(56e). Passé en 4-3-3 avec les entrées de Jean et Kalimuendo, Lens ne désarmait pas et il fallait les deux poings de Costil pour repousser une belle volée du droit surpuissante de Fofana à 18 mètres (61e). Les contres girondins, beaucoup plus dangereux en seconde période, étaient à deux doigts de porter leurs fruits quand Hwang fixait bien Badé avait de servir De Préville qui, en bout de course, dévissait sa frappe au point de penalty, un loupé presque immanquable à l'image de sa saison malheureuse (62e). Ce qui ne l'empêchait pas d'offrir un caviar à Adli la minute suivante, mais Leca, dans un angle fermé, remportait son duel face au jeune bordelais, un peu moins en vue que ses partenaires sur ce match (63e). On commençait à redouter que Bordeaux regrette amèrement toutes ces balles de break dilapidées, d'autant que De Préville, sans doute auteur de son meilleur match de la saison après sa brillante prestation à Dijon (1 but, 2 passes décisives) se faisait encore sécher par Boura, en toute impunité (65e). C'était au tour de Basic de s'y coller, avec une frappe lourde et soudaine au ras du montant gauche de Leca (70e). Avant que n'arrivent les deux plus grosses occasions d'un second acte plus enlevé que le premier bien que très crispant, vu l'enjeu et la pression venue des autres terrains, qui pesait aussi sur les Lensois, en train de voir l'Europa League s'éloigner puisque Marseille menait à cet instant contre Angers. Costil sortait d'abord l'arrêt de la soirée sur une frappe surpuissante de Kalimuendo, pas attaqué, qui filait sous sa barre mais qu'il détournait au prix d'une manchette autoritaire, avant que Baysse ne dévie en corner la reprise de Ganago servi en retrait par Jean (72e). Sur le contre, après le corner lensois, Poundjé s'échappait magnifiquement sur l'aile gauche et son centre impeccable était repris d'une tête plongeante par Basic, malheureusement non cadrée alors que Leca était battu (73e). Mais les Lensois commençaient à manquer de lucidité et de précision dans le dernier geste, et Bordeaux allait réaliser son plus beau finish de la saison, au terme d'un match à déconseiller aux cardiaques. Sabaly, victime d'une faute de Kalimuendo au départ, poursuivait sa percée côté droit, effaçait Mauricio puis Badé en pleine surface. Sekou Mara, entré en jeu 20 minutes avant à la place du buteur Hwang, remisait parfaitement sur le Sénégalais dont le pointu surprenait Leca de près, sur le petit côté (89e). A l'avant-dernière minute de l'avant-dernier match d'une saison suffocante au terme d'une dramatique qui l'avait été tout autant, Bordeaux pouvait enfin respirer et laisser éclater sa joie. Les lensois oubliaient alors quelques fondamentaux défensifs et offraient un boulevard à Mara et Zerkane réunis sur le côté droit après un grand pont du premier nommé sur Gradit. C'est finalement le jeune algérien, au terme d'une course de plus de 30 mètres, qui exécutait posément Jean-Louis Leca de l'intérieur du pied gauche (3-0, 90e + 2). Lens lâchait prise et concédait un 3e revers d'affilée, mais seulement son second à l'extérieur sur ses 10 derniers déplacements. Une performance de premier rang pour les Girondins, privés de 5 joueurs, aussi remarquable qu'avait été infâmante par exemple leur expédition touristique à Nîmes le 21 février (2-0) chez une équipe qui n'avait pas gagné chez elle depuis... la journée d'ouverture au mois d'août (9 défaites et un nul par la suite) et qui est officiellement reléguée en Ligue 2 depuis ce dimanche...Et ceci avec le même groupe, preuve s'il en était besoin que l'état d'esprit était bien la clé du problème, au delà des divers schémas tactiques utilisés depuis lors. Même si les supporters, couvre-feu oblige, avaient quitté le parvis du Matmut depuis longtemps, il n'était pas trop tard pour les Marine et Blanc de célébrer - en petit comité, cette fois - ce dernier succès de la saison à domicile, immense bol d'air frais qui les ramène in extremis à la surface. Il s'agira désormais de ne pas faire n'importe quoi à Reims dans une semaine et de ne pas jouer de nouveau avec le feu en concédant une défaite par 3 buts d'écart ou davantage qui pourrait conduire à l'impensable. On veut désormais les croire à l'abri d'un tel relâchement. Mais la chose leur est arrivée si souvent hors de leurs bases depuis trois mois et demi qu'on ne saurait trop les exhorter à la plus grande vigilance.

Ecoutez les réactions d'après-match au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo.

  

Réaction de Franck HAISE (en photo), l'entraîneur du RC Lens.

   

Réaction de Loris BENITO, le défenseur international suisse du FC Girondins de Bordeaux.

  

Réaction de Corentin JEAN, l'attaquant du RC Lens.

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Réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.

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