
24 mai 2021
[Par Christophe Monzie, à Reims]
Décidément atypiques jusqu'au bout, les Girondins auront attendu l'ultime journée pour nous offrir 3 miracles qui réchauffent le coeur, par un succès mérité à Reims, le 6e glané hors de leurs bases : d'abord, leur première victoire de la saison après avoir concédé l'ouverture du score, ensuite une 12e place finale presque improbable à laquelle personne n'aurait cru il y a 3 semaines, enfin et surtout, un premier succès en match officiel à Reims depuis... 59 ans. Yacine Adli, d'une volée du droit imparable, Enock Kwateng, d'une tête magistrale sur un corner de Basic, auront permis à cette drôle de "cuvée bipolaire" de vaincre la plus longue malédiction de tous les temps et d'entrer dans l'Histoire du club, à sa manière. Les joueurs ont fait le travail et su réagir au bon moment, sauvant le club sportivement. Sur la quinzaine à venir, il appartiendra désormais aux diplomates et aux hommes de dossiers de prendre le pas sur les hommes de terrain...
Il fallait bien que ces garnements terminent par une pirouette et surprennent tout leur monde, mais agréablement cette fois. Sinon, il aurait manqué quelque chose à cette "saison façon montagnes russes" qui nous aura tous fait vieillir bien plus vite que d'habitude. Et ils ont eu le bon goût de nous proposer, comme épilogue à leur saison hitchcockienne, un scenario inédit auquel on ne croyait plus. Pas de quoi sabrer le Champagne, mais pas loin quand même, après tous les tristes records qu'ils avaient décrochés sur cette phase Retour lors de leurs précédentes sorties, offrant à St Etienne, Lorient et Nantes des festins sur leur pelouse aussi inédits qu'inespérés.
Un succès dédié à Baysse et Benito
On se félicitera donc que cette fois, les choses aient tourné dans le bon sens et que le premier grain de sable de la rencontre n'ait pas suffi à provoquer la sortie de route. Et on retiendra la réactivité enfin affichée après l'ouverture du score d'abord, mais aussi et surtout la fin de...59 ans de disette et d'amertume dans ce stade maudit, volatilisés pour de bon en ce doux dimanche de mai. Une performance d'autant plus méritoire que Bordeaux, encore plus que son hôte du jour privé de son capitaine Abdelhamid et de son régulateur Cafaro qui auront quand même beaucoup manqué au niveau de la percussion rémoise, devait faire face à une avalanche d'absences pour blessures, celle de Loris Benito s'etant hélas ajoutée ce dimanche matin à la liste déjà connue. En signe de solidarité à l'égard de leur coéquipier Paul Baysse ecarté des terrains pour de longs mois, les joueurs portaient à l'échauffement un tee-shirt avec ce message : "Courage Paulo". Mais l'adversité a semblé leur donner enfin ce supplément d'âme qu'on aurait tant aimé leur voir afficher plus souvent cette saison. Une fois encore, le 5-3-2 mis en place par Gasset comme face à Lens aura plutôt bien fonctionné, avec un Kwateng nettement plus à l'aise dans l'axe que sur le couloir droit - ce match l'a une nouvelle fois confirmé - et un Maxime Poundjé revenu à son meilleur niveau.
Mauvais présage, et pourtant...
C'est bien Reims qui eut très majoritairement le ballon lors du premier acte (65% de possession à la pause), mais sans réellement parvenir à s'approcher souvent du but de Costil. Hélas, la première tentative cadrée fut la bonne, alors que les Girondins avaient dégainé les premiers quand Hwang Ui-Jo, aligné aux avant-postes avec De Préville le régional de l'étape, avait profité d'une mésentente entre Konan et Maresic (qui remplaçait Abdelhamid) pour chiper le ballon et s'excentrer sur la droite avant de donner en retrait à Adli dont la frappe avait malheureusement été contrée (11e). Mais Doumbia accélérait sur le côté droit avant de lancer Foket, pas vraiment attaqué. Le centre sans contrôle du Belge trouvait au point de penalty El Bilal Touré qui prenait le dessus sur Koscielny et Kwateng réunis pour smasher une tête que Costil ne pouvait sortir de sous sa transversale (1-0, 15e). Comme souvent ces derniers temps, l'adversaire des Girondins déflorait le score sur sa première tentative, exactement comme à Nantes, à Nîmes ou à Lorient et le scenario ne présageait rien de bon. S'ensuivait d'ailleurs un moment de flottement de la défense girondine, dont le remuant Doumbia, bien lancé sur le côté gauche de la surface, ne pouvait profiter. Il débordait Sabaly mais sa frappe croisée du gauche faisait briller Costil, qui la déviait d'une main ferme cette fois (18e). Pourtant, Bordeaux ne capitulait pas et sur un ballon remonté par De Préville, Basic trouvait Hwang sur la droite, mais la frappe à angle fermé du Coréen était repoussée du pied par Rajkovic (25e), pour la première occasion girondine du match. Laquelle avait le don de mettre les Girondins sur les rails, puisqu'ils héritaient dans la foulée d'une autre opportunité encore plus nette, sous la forme d'une passe en retrait suicidaire d'El Bilal Touré, pressé par un adversaire, qui mettait De Préville sur orbite à 30 mètres du but et sans d'autre opposition que le gardien champenois. Mais c'est le gardien serbe qui remportait son face-à-face et profitait de l'excès de tergiversation du bordelais, surpris de l'aubaine et toujours aussi malheureux dans ses duels cette saison (28e). Dans un match agréable de fin de saison, dont le rythme n'était pas effréné pour autant, Reims ratait ensuite le KO quand Dia, assez effacé sur cette rencontre et bien muselé par la défense girondine, parvenait à alerter Mbuku. Le milieu de terrain rémois, sans doute l'un des meilleurs de son équipe, crochetait Lacoux un peu trop facilement et armait une frappe à ras de terre que Costil ne pouvait que repousser au second poteau, mais El Bilal Touré dévissait complètement sa reprise du gauche (38e).
Adli au départ et à la conclusion
On ne le savait pas encore, mais la dernière vraie occasion rémoise du match venait de passer. Et Bordeaux, toujours vivant bien qu'ayant glissé à la 15e place à cet instant de la soirée, décidait de prendre les choses en main. Poundjé sonnait la révolte par un joli déboulé côté gauche et un centre que Faes repoussait avec peine (42e). Puis Adli était déséquilibré par Konan à 35 mètres du but. Le coup-franc de Basic qui suivait, mal renvoyé dans l'axe par Faes, était repris d'une belle volée du droit par l'ex-Parisien qui rabattait parfaitement le ballon dans le soupirail de Rajkovic, parti trop tard et masqué par ses défenseurs (1-1, 43e). Son deuxième but de la saison, après la frappe limpide pour l'égalisation au Parc des Princes le 28 novembre dernier. Un retour au score au meilleur moment pour les Girondins, qui venaient de prendre un ascendant psychologique indéniable. De Préville, à la reprise, était remplacé par un autre ex-Rémois habitué des lieux, Rémi Oudin, et c'est Bordeaux qui avait le ballon après les citrons, après avoir monté son bloc d'une bonne quinzaine de mètres pour tenter de contrer les courses de Doumbia ou Mbuku. La percée décidée de Sabaly, stoppé irrégulièrement par Chavalerin, et le coup-franc qui s'ensuivait, repoussé 3 fois par les défenseurs après les tentatives de Basic puis Lacoux (48e), laissaient penser que Bordeaux, redevenu 14e, avait sans doute les moyens de ne pas en rester là. Si une nouvelle alerte des locaux faisait passer le frisson, avec ce corner de la droite de Chavalerin manqué de justesse par le très actif Faes aux 5,50 mètres (55e), c'est sur un coup de pied arrêté - fait rare cette année autrement que sur penalty - que les Girondins allaient scorer. Le premier corner du match en leur faveur, obtenu par Oudin à la lutte avec Konan, expédié de la droite par Basic, trouvait la tête décroisée de Kwateng monté aux avant-postes, qui sautait plus haut qu'El Bilal Touré pour inscrire son premier but de la saison dans le petit filet de Rajkovic, sans réaction (1-2, 59e).
Ils n'ont pas laissé leur part au chat, cette fois...
Il restait alors beaucoup de temps à jouer, mais paradoxalement, on sentait les Girondins plus en sécurité à 11 contre 11, avec un Koscielny propre dans ses relances et inspiré dans son placement, que la saison précédente quand, à onze contre dix rémois, ils avaient esuyé les vagues champenoises et fini par être rejoints dans le temps additionnel. D'autant qu'ils furent tout près du break quand Traoré, qui venait de remplacer Lacoux (66e), passait en revue trois rémois sur le flanc droit avant de voir sa frappe captée à grand'peine par Rajkovic (70e). On crut pourtant à un remake de l'an dernier quand, sur une mauvaise inspiration d'Oudin enfermé près du poteau de corner et trop perfectionniste dans sa relance au point de se compliquer la vie, le ballon fut récupéré au pressing par Foket puis mal renvoyé par Koscielny, mais Dia, qui bénéficia d'un contre favorable avant de fusiller Costil de près, s'était aidé de la main (84e) et M.Brisard, qui sut arbitrer intelligemment ce match avec peu de cartons distribués (2) compte tenu de la correction des débats, invalida logiquement le but du Sénégalais (84e). On avait bien du mal à en croire ses yeux, mais cette fois, les Girondins tenaient enfin le bon bout et allaient marcher sur les traces de leurs aînés du 16 décembre 1962, victorieux sur cette pelouse ce dimanche-là par 3 buts à 1. Le chat noir qui se profilait dans les coursives de Delaune depuis bien trop longtemps n'avait plus qu'à aller chercher infortune ailleurs. Avec à la clé une 12e place que leur victime du jour convoitait également et aurait bien voulu offrir à son coach David Guion en cadeau d'adieu. Mais si Bordeaux terminait la saison au bout du rouleau malgré cette 2e victoire consécutive (une première depuis la mi-janvier), il était grand temps qu'elle s'achève aussi pour Reims, sans la moindre victoire sur ses 8 derniers matches et nanti d'un bilan famélique dans son antre avec seulement 4 victoires et 16 buts marqués en 19 réceptions. Maintenant que le travail a été fait avec sérieux sur le terrain par les joueurs et qu'il ne sera donc pas question de ce barrage de maintien fratricide tant redouté face à Toulouse (finalement opposé à Nantes, le grand perdant de cette ultime soirée), le vert de la pelouse va céder le pas au teck des bureaux pour un autre défi à relever qui s'annonce, pas gagné d'avance certes, mais moins funeste qu'il n'y paraissait au début de ce mois.
Ecoutez les réactions d'après-match au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du stade Auguste Delaune à Reims en compagnie de Frédéric Roux, ancien gardien de but des Girondins de Bordeaux.
Dorian Malvesin et Christophe Monzie, qui ont assuré les commentaires en direct de toutes les rencontres de la présente saison, tiennent à remercier, au nom du Service des Sports d'ARL, les consultants et collègues qui ont contribué activement à ces reportages : au premier rang desquels Michel Le Blayo, ancien joueur des Girondins et de Toulouse notamment, fidèle consultant de notre station sans discontinuer depuis...plus de 20 ans, mais aussi Frédéric Roux, ancien gardien de but du FCGB de 2000 à 2006, qui nous a rejoints et apporté ses analyses sur plusieurs matches à l'extérieur disputés lors de la phase Retour, ainsi que Laurent Brun, journaliste local spécialiste des Girondins à qui il a consacré de nombreux ouvrages, et nos collègues David Phelippeau, journaliste à 20 Minutes Nantes, qui a assuré pour ARL la couverture en direct de la rencontre Rennes / Bordeaux le 20 novembre 2020 en direct de Rennes, et Mickaël Kintzig, journaliste à Radio Direct FM à Metz, qui a commenté le match Metz / Bordeaux le 6 janvier 2021 en direct de Metz.
Réaction de David GUION (en photo) l'entraîneur du Stade de Reims qui coachait cette équipe pour la dernière fois après 9 ans passés dans ce club.
Réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.
Réaction de Thomas FOKET, arrière latéral droit international belge du Stade de Reims, retenu comme réserviste dans la sélection nationale pour l'Euro.
Réaction de Yacine ADLI, milieu de terrain du FCGB, auteur de l'égalisation girondine (43e minute).