
22 février 2021
Il raconte avoir connu « onze mois hyper difficiles ». Patrick Lalanne garde pour autant le sourire. Pourtant, l'infatigable patron de la discothèque La Plage-Le Club à Bordeaux n'a aucune visibilité quant à une possible réouverture de son établissement. À l'arrêt depuis la mi-mars, jamais les boîtes de nuit n'ont pu rouvrir depuis la mise en place du confinement à contrario des restaurants, des bars ou des salles de cinémas. Un secteur qui pèse plus de 43 000 salarié.e.s (sans compter les sociétés extérieures travaillant à ses côtés), rarement évoqué leur des prises de paroles gouvernementales. « Dire le mot "discothèque" ça leur arrache la bouche » constate Patrick Lalanne.
Le temps est long
Après de nombreuses réunions avec les différents acteurs du monde de la nuit dans la région et les instances politiques, beaucoup espéraient une réouverture pour le 21 juin. Il n'en n'a rien été. Pourtant, tous les clubs s'étaient armés pour cette reprise. « Tout est encore dans les cartons, c'est désolant » explique le patron dynamique de la plus grande boîte de nuit d'Europe (10 000 m²), qui emploie près de 90 personnes, toutes au chômage partiel. « C'est dur aussi pour eux. Et puis certains sont des étudiants ».
Le moins que l'on puisse dire c'est que les 25 ans du lieu, célébrés en 2020, sont tombés à l'eau. « On avait programmé plein d'artistes » confie Patrick Lalanne qui a reçu le soutien de nombreux musiciens.
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Aujourd'hui, le lieu est vide, (trop) calme et semble presque abandonné. Pourtant, son fondateur y met les pieds tous les matins. « C'est triste de le voir dans cet état là » constate t-il amèr. La Plage-Le Club est son bébé. En 25 ans, l'homme en a fait une référence dans le monde de la nuit. En temps normal, ils sont des milliers à y passer du bon temps et à y s'amuser. Depuis 11 mois les fêtes deviennent clandestines, sauvages ou dans des appartements loin de la sécurité qu'on peut trouver dans un club. « Le temps me paraît hyper long » narre Patrick Lalanne qui a pris un virage à 180°.
Une "reconversion" en tant que primeur
Celui qui est aussi à la tête du RC Cubzaguais a fait le choix de monter un magasin de fruits et légumes. Le Primeur est le nom de cette boutique située dans la zone commerciale Beau-séjour à Ambarès-et-Lagrave. « On est comme tout le monde, on a des familles et des factures à payer » argumente Patrick Lalanne qui depuis presque un an ne touche aucun salaire ou aucune aide et qui a pu retrouver un certain contact avec l'humain.
Fruits, légumes, fromages, charcuteries, épicerie fine... les produits sont variés à l'intérieur et majoritairement locaux. Une rôtisserie est même en place depuis peu. Des huîtres Marennes d'Oléron sont aussi régulièrement proposées à la vente. « C'est un autre mode de vie, confesse l'homme d'affaire. Je voyais des milliers de gens, aujourd'hui des dizaines et c'est un plaisir ».
Le Primeur (dont les initiales sont les mêmes que La Plage), est ouvert tous les jours du lundi au dimanche. Porté par un "buzz" national, la boutique connaît déjà un joli succès. Il faut dire que les modes de consommation ont changé et beaucoup sont ceux qui se tournent vers le local. Patrick Lalanne raconte d'ailleurs avoir toujours été un « défenseur du local » lui qui a fondé la bière Aliénor brassée à Saint-Gervais.
Et puis, bonne nouvelle, Patrick et ses équipes devraient se déployer sur le marché d'Agen dans les semaines à venir.
S'il a largement pris goût à cette "reconversion forcée", il n'en oublie pas son club où des travaux seront entamés à la fin du printemps. La boîte sera refaite à neuf, plusieurs salles verront le jour au même titre qu'un grand rooftop. « De grosses surprises » sont aussi annoncées nous dit-on, toujours avec l'idée de soigner l’accueil pour le public qui a fait le succès de La Plage Le Club depuis un quart de siècle maintenant. Une foule que Patrick Lalanne espère retrouver au plus vite. « J'ai besoin de cette chaleur humaine ». Voilà quasiment un an que le manque est né. Et c'est – beaucoup trop – long.