UBB (Top 14) | Thierry Paiva : « Il y a toujours un petit pincement quand tu quittes le cocon de la famille UBB »


02 juillet 2022

Né à Bordeaux, passé par Floirac, formé à Bègles, puis, un premier match sous le maillot de l'UBB : une page de la vie de Thierry Paiva se tourne pour de nouveaux objectifs avec le Stade Rochelais. Entretien avec le pilier international.

ARL : Thierry, c'est le grand départ. Quel est votre ressenti de quitter l'Union Bordeaux-Bègles ?

Thierry Paiva : Ce n'était pas simple de partir de Bordeaux vu comment on a terminé la saison. De quitter Bordeaux, ça a été un choix très difficile mais bien réfléchi et mesuré. Je sais pourquoi je pars, c'est une nouvelle aventure qui va s'ouvrir à moi. Il y a toujours un petit pincement quand tu quittes le cocon.

Ce n'est pas simplement quitter un club, c'est quitter une région, une ville où vous avez vécu depuis votre naissance...

Je sais que ma famille va venir souvent me voir, je suis quand même attaché à cette ville et elle restera toujours dans mon cœur et je ne suis pas très loin. Je reviendrai souvent sur Bordeaux, mais je sais pourquoi je pars et l'aventure qui m'attend. J'ai hâte de la débuter.

Avez-vous un souvenir de votre premier jour à Bègles avec les jeunes ?

Je me souviens très bien de ce premier jour, j'en parle souvent avec les entraîneurs. À la base, je jouais à l'arrière et je me souviens de ce premier entraînement où je me suis placé avec les lignes arrières et l'entraîneur m'a dit "non non, ce n'est pas là que tu vas là, va faire les touches avec les avants". C'est le plus grand souvenir que j'ai, et puis, quand je suis rentré chez moi, j'ai dit à mes parents "je ne comprends pas, il ne veut pas me faire jouer à mon poste" et ils m'ont fait une séance de préparation et j'ai vite compris pourquoi il voulait me mettre devant (rires).

IMG_4959.jpeg (2.04 MB)

Est-ce que à ce moment-là tu pensais faire une carrière professionnelle ?

Je savais qu'en rejoignant Bègles, j'entrais dans une équipe professionnelle, j'avais dans un coin de ma tête, quand j'en ai discuté avec mes entraîneurs, que je voulais devenir pro, mais je savais à quel point c'était difficile. C'était plus un rêve de penser que j'allais réellement devenir professionnel et en plus à Bordeaux. 

« Jefferson Poirot est là depuis le début à Bègles, il a été comme un grand frère pour moi »

Vous vous êtes dit quoi la première fois que vous avez porté le maillot de l'Union Bordeaux-Bègles ?

Mon premier match, c'était même pas à Bordeaux, mais en Russie, en Challenge Cup face à Enisey. Il faisait froid, mais on était un groupe de jeunes, beaucoup de joueurs ne voulaient pas jouer le match. Quand je suis entré sur la pelouse, je me suis dit que c'était le début de quelque chose, de porter le maillot pour la première fois. J'ai réalisé à ce moment-là, puis le premier match à Chaban, c'était extraordinaire.

Est-ce que vous avez une sensation de quitter une famille ?

Au-delà de l'esprit rugby et de se croiser tous les jours, il y a des gens avec qui on devient très bons amis. Ils font partie de ma famille comme Cameron (Woki NDLR), Jefferson Poirot qui est là depuis le début à Bègles, il a été comme un grand frère avec moi. C'est un membre de ma famille tout comme Matthieu (Jalibert NDLR), on est très proche, on part en vacances ensemble. Avec Mamad (Diaby NDLR) j'ai créé des liens très forts et il y a tous les autres comme : Maxime Lamothe, Jules Gimbert... et je peux dire avec tout le monde de l'équipe. À Bordeaux, les liens sont très forts et c'est la force de cette équipe qui permet de relever certains défis.

IMG_4964.jpeg (2.58 MB)

Comment avez-vous vécu cette saison sachant que vous partez et que vous l'avez annoncé depuis un moment. Vous avez fait 22 matchs dont 16 titularisations. Quel bilan faites-vous sur un plan personnel ?

Suite à ma blessure en fin de saison dernière et à la concurrence avec Jefferson Poirot et Lekso Kaulashvili, j'ai eu un peu de mal à revenir et à me lancer. Ensuite, il y a eu une période en novembre où je devais choisir si je partais ou restais au sein du club. C'était très compliqué à gérer, avec Christophe Urios s'était tendu... Puis il y a eu la seconde partie de saison où j'ai enchaîné les matchs. J'ai travaillé dur de mon côté et j'ai retrouvé mon réel niveau d'avant ma blessure et sur cette fin de saison je me sentais bien. Et malgré les désaccords avec Christophe Urios, il m'a quand même titularisé car il voyait que je faisais de bons matchs. 

« Je voulais vraiment gagner quelque chose avec Bordeaux. C'est mon plus grand regret » - Thierry Paiva

Et collectivement, est-ce que c'était la saison la plus dure depuis l'arrivée de Christophe Urios ?

La première année, il y avait eu le COVID, la deuxième année, on est arrivé en 1/2 finale de Top 14 face au Stade Toulousain, un match qu'on aurait mérité de gagner, on était sur une bonne dynamique cette saison-là. Cette année a été compliquée car il y a eu pas mal de facteurs qui nous ont pas aidé comme : les blessures, les événements et des petites choses en interne... mais je retiens surtout l'état d'esprit du groupe, on a toujours été soudé même les jeunes qui ont été intégrés dans des périodes pas faciles, ils ont été à la hauteur et c'est ce qui a fait notre force pour qu'on puisse se relever en fin de saison et malgré qu'on ait eu des déconvenues, on a réussi à avoir un bon état d'esprit. 

Est-ce que le petit hic est de ne pas avoir gagné un trophée avec l'Union Bordeaux-Bègles ?

C'est mon plus gros regret... je le garde beaucoup en travers de la gorge. Je voulais vraiment gagner quelque chose avec Bordeaux. Cette ville mérite de voir un trophée arriver, que ce soit pour le public, pour Laurent Marti, pour ma famille, mes proches et pour les personnes qui nous soutiennent au quotidien. C'était important pour moi de partir sur un titre. Ça restera une grande déception, parce que je voulais aussi écrire l'histoire de ce club... Je sais que jusqu'à la fin, j'aurai tout donné. 

« Il y a eu une période en novembre où je devais choisir si je partais ou restais au sein du club. C'était très compliqué à gérer, avec Christophe Urios s'était tendu... le dialogue n'était pas facile avec lui »

Est-ce que vous sentez que vous devez partir de Bordeaux pour encore plus évoluer et grandir en tant qu'homme ?

J'avais réfléchi depuis un moment sur mon avenir à Bordeaux. Je devais réfléchir pour savoir ce qui était le mieux pour moi et j'ai beaucoup discuté avec les personnes qui m'entourent. Je sais que parfois, pour grandir, il faut parfois quitter le cocon et ne pas rester à la maison. Je l'avais déjà fait auparavant pour ma première saison professionnelle en Pro D2 avec Carcassonne, ça m'a été bénéfique et je vais tout faire pour que ce soit à nouveau le cas. Je dois passer des étapes.

Quelle a été la réaction de Laurent Marti, président du club qui vous a connu depuis le début ?

Avant que je prenne ma décision finale, on a longuement discuté. Laurent m'a vu grandir, il a vu toutes ces années passées au club. Pour lui, c'était inconcevable de me voir partir. Il en a discuté avec Christophe Urios... Pour Laurent, c'est encore quelque chose de difficile à accepter, il aura tout fait pour me garder à l'UBB, mais la décision ne venait pas de Laurent...

Christophe Urios voulait te garder ?

Il ne m'a jamais dit directement qu'il voulait pas me garder. Avec lui, plus les années ont passé, plus les dialogues étaient difficiles. À Bordeaux, il m'a toujours vu comme la doublure de Jefferson Poirot qui est le capitaine, alors que dès la première année où il est arrivé, je souhaitais partir, mais il m'avait dit que ce ne serait pas le cas. Il n'a jamais su trouver de solution. J'ai attendu jusqu'à novembre avant de prendre ma décision... J'étais encore en réflexion, et à partir de là, je n'avais toujours pas de proposition. Il souhaitait attendre de voir certaines choses par rapport à moi. Sauf qu'entre-temps, j'ai visité certains clubs pour voir ce qu'il pouvait me proposer rugbystiquement et à partir de là, j'ai compris que je n'avais toujours pas de réponse de mon ancien manager... Il me connaît maintenant, depuis deux ans, il sait comment je joue, qui je suis et surtout mes ambitions... et s'il m'a toujours pas fait d'offre, c'est qu'il était temps pour moi de partir. J'ai décidé de faire des visites et la visite que j'ai faite à La Rochelle a été le déclencheur. Ma seule déception, c'est qu'il dit qu'il est très important qu'un homme respecte ses engagements, d'ailleurs lorsqu'on a pas respecté nos engagements, il utilise très souvent une phrase qu'un joueur a dit sous l'anonymat. Lorsqu'il est arrivé à Bordeaux, la phrase c'était : "Il y a un monde entre ce que l'on dit et ce que l'on fait". Avec moi, il y a eu un monde entre le moment où il m'a dit que je serai pas utilisé comme la doublure du capitaine et ce qu'il a fait. Le seul paradoxe, c'est que cette phrase de joueur, c'était moi (Rire). Aujourd'hui, c'est fini, j'ai aucune haine ou rancoeur contre lui, au contraire, je lui souhaite le meilleur.

IMG_4960.jpeg (2.57 MB)

La nouvelle histoire s'écrira à La Rochelle. Pourquoi ce club ?

Il fallait que je rejoigne un club qui me correspondait. Un club qui a de grandes ambitions, qui veut continuer à grandir, qui a un projet solide et je suis très famille, et cette culture je vais la retrouver à La Rochelle. C'est un club qui a, comme à Bordeaux, un public réputé pour avoir une ferveur populaire et un engouement pour le rugby. Quand j'ai signé, La Rochelle n'avait pas encore gagné la Champions Cup, c'était un défi pour moi de rejoindre ce club, car j'ai envie de gagner des titres dans des clubs qui n'ont pas encore le palmarès des plus grands. Même s'ils ont gagné la Coupe d'Europe, ça reste une motivation de gagner le Top 14. Il reste encore des titres à aller chercher avec ce club.

« Un club qui a de grandes ambitions, qui veut continuer à grandir, qui a un projet solide et je suis très famille, et cette culture je vais la retrouver à La Rochelle »

Avez-vous eu l'occasion de rencontrer Ronan O'Gara ?

Je l'ai rencontré quand j'ai visité le club et je connais le grand joueur qu'il a été. J'ai été assez impressionné de la manière dont s'est passée la visite, il y avait tout le monde : le staff, le président, le directeur... tout le monde connaissait beaucoup de choses sur moi, sur mon rugby, sur ma manière d'être. Ça m'a vraiment impressionné par rapport à d'autres visites que j'ai pu faire. Puis, leurs discours étaient très clairs et ça allait dans la direction que je voulais et que je recherchais. Quand je suis sortir du stade, j'ai regardé mon agent et on avait compris qu'il fallait que je signe ici.

Vous avez connu Rory Teague et Joe Worlsey à l'UBB. Le management "British" vous convient-il ?

Avec Rory Teague, c'était compliqué pour lui à Bordeaux. De mon côté, ça c'est bien passé avec eux, j'aime bien leur management avec le souci du détail, la notion de travail, chercher à être les meilleurs. J'ai ressenti ça dans le discours de Ronan et du staff, ça va me faire évoluer. C'est quelque chose que j'ai hâte de découvrir avec ce staff.

UJ Seuteni évoluera à La Rochelle la saison prochaine. Est-ce que c'est un confort d'avoir un coéquipier qu'on connaît ?

Je m'entends très bien avec UJ et ça m'a aidé, pour l'intégration, c'est toujours mieux de partir à plusieurs dans cette aventure que tout seul. Je suis content qu'il puisse venir avec moi, après, je connais certaines recrues. Je ne serai pas dépaysé et je connais plusieurs joueurs déjà dans l'effectif.

Est-ce que c'est comme si vous repartiez à zéro, de découvrir un nouveau club, une nouvelle région... ?

Je ne connais pas tant que ça la ville de La Rochelle. Il y aura une phase découverte et ce sera toujours important d'être prêt d'entrée. J'ai quand même signé chez les Champions d'Europe, c'est important pour moi d'arriver prêt sinon ça ne passera pas. J'ai hâte de découvrir, je connais les grands joueurs qu'il y a La Rochelle, c'est une bonne pression avec de l'excitation de découvrir et de rentrer dans le jardin Rochelais. 

Le Stade Rochelais est un club avec une forte concurrence à votre poste, avec beaucoup de joueurs qui jouent avec le XV de France. C'est un challenge supplémentaire surtout avec la Coupe du monde qui arrive en 2023 ?

Plus il y a de bons joueurs, plus la concurrence est forte et ça t'oblige à te dépasser. À Bordeaux, il y avait également une forte concurrence avec des grands joueurs. La seule problématique est que c'était compliqué pour Christophe Urios de faire un choix car Jefferson Poirot était le capitaine... je ne l'aurai pas à La Rochelle, je donnerai le meilleur de moi-même [...] Je compte également sur ce nouveau départ avec La Rochelle pour tout donner et retrouver le XV de France en faisant de bonnes performances. La priorité sera d'être le meilleur possible en club et après s'il me sélectionne, je serai le premier plus heureux.

Quel message vous voudriez faire passer auprès des supporters de l'UBB ?

Je voudrais les remercier pour tout leur soutien affiché tout le long des saisons et de continuer à mettre Chaban en feu, car ils s'en rendent pas compte mais un Chaban en feu, c'est très difficile de s'imposer face à Bordeaux. J'aurai toujours un grand plaisir à les recroiser et merci à eux.

[Par Dorian Malvesin, © photo ARL - Loic Cousin]