
18 avril 2021
[Par Christophe Monzie, à Bordeaux]
Pas de divine surprise ce dimanche au Matmut : 4 buts à l'aller, 3 au retour... Comme face aux Verts, les Girondins n'auront donc pas fait un pli cette saison contre une AS Monaco qui n'a jamais eu à forcer son talent pour signer sa 10e victoire à l'extérieur, quand Bordeaux subissait sa 11e défaite en 13 matches. Pris à la gorge en 1ere période et dominés partout, mais encore en vie à la pause, les Girondins, comme d'habitude, ont trop vite craqué après les citrons et de surcroît, ont joué de malchance, quand De Préville, seule étincelle de l'après-midi, a touché le montant (77e). Plus grave : ils ont perdu pour le reste de la saison (fissure du tendon calcanéen gauche) leur capitaine Laurent Koscielny (23e), puis Tom Lacoux, sévèrement expulsé (78e). Une gifle à l'image de leur fin de saison, où quand rien ne va, tout se paie cash. Ils n'ont plus que 5 points d'avance sur Nîmes et 4 sur Lorient, battu sur le fil à Marseille, et qu'ils iront défier en Bretagne dans une semaine. Mais cela aurait pu être pire, car les deux équipes pourraient être encore plus près au classement. La fin de saison s'annonce plus étouffante que jamais.
A l'image du déconfinement annoncé pour "bientôt" mais repoussé constamment aux calendes, le miracle bordelais va également se faire attendre, sans qu'on sache vraiment si le vaccin contre la défaite sera administré aux Girondins - qui en ont bien besoin - suffisamment tôt pour leur éviter de finir aux soins palliatifs. Compte tenu du déséquilibre patent, des statistiques vertigineuses dans un sens comme dans l'autre et des dynamiques opposées entre les deux équipes qui étaient appelées à en découdre ce dimanche au Matmut Atlantique, on avait, avouons-le, beaucoup de mal à croire à un coup de théâtre, malgré le "pacte" annoncé et l'appel à positiver lancé par Jean-Louis Gasset au cours de la semaine. C'est un point chipé par les Girondins qui aurait constitué une (belle) surprise, pas la rouste redoutée et reçue comme prévu. Comme face à Lille, il y avait bel et bien une galaxie d'écart entre eux et Monaco, autant qu'au match aller le 1er novembre. Comme face à Lille, ils n'auront pour ainsi dire jamais existé, sauf 10 minutes en seconde période sur deux jaillissements de Nicolas De Préville - le meilleur remplaçant du moment - , quand les Monégasques, sûrs d'empocher leur 10e victoire loin du Rocher sans jamais avoir eu besoin pour cela de se surpasser ni de réciter autre chose qu'une partition collective sans fausse note, ont consenti à lever quelque peu le pied. Et la punition fut identique, parce que la différence de niveau dans tous les secteurs du jeu l'était autant que face aux Nordistes. Dans un stade vide où le public ne peut plus jouer le rôle de 12e homme pour compenser le déséquilibre des valeurs et leur apporter ce supplément d'âme dont ils auraient tant besoin, il n'y a plus aucune surprise, ni aucun avantage à recevoir. Le foot sans spectateurs est hélas devenu une science exacte, cruelle, presque ennuyeuse à la longue dans ces ambiances de cathédrale. Jamais dans l'histoire de la Ligue 1 on n'aura enregistré autant de victoires à l'extérieur qu'en cette saison à nulle autre pareille. Tout, sauf un hasard. Avec cette 8e défaite à domicile et 19 points de pris sur...51 possibles, Bordeaux a déjà battu un record vieux de plusieurs décennies. Seuls Nîmes et Dijon ont fait pire avec 10 défaites, mais pas en ce dimanche, où Nîmes a pris un point (ou en a plutôt perdu deux, précieux) et où la lanterne rouge a signé son premier clean-sheet et son premier succès sur sa pelouse, purement honorifique. Mais même les ténors sont vulnérables dans leur antre : Paris a déjà chuté 5 fois au Parc (du jamais vu sous l'ère qatarie), Lyon 3 fois au Groupama Stadium.
Déclaration de sinistre
Ceci dit, si l'inconcevable venait à se produire dans un peu plus d'un mois au soir de l'ultime déplacement à Reims, ce n'est pas à cette défaite contre une ASM qui nous semble plus que jamais armée pour aller jusqu'au bout - on veut dire : jusqu'au titre de champion de France, pour peu qu'elle négocie avec autant de bonheur son quitte ou double contre Lyon le 2 mai car on ne voit pas qui d'autre pourrait freiner son élan actuel - que les Marine et Blanc le devraient. Les manquements fondamentaux ou les capitulations ont été commis bien avant, dans des matches à leur portée qu'il n'était pas permis de perdre, à Nîmes, Brest, St Etienne ou contre Strasbourg à domicile, sans compter ceux qu'ils perdirent peut-être par péché d'orgueil, pour avoir tenté de jouer au-dessus de leurs moyens du moment et relevé le défi du jeu alors que l'adversaire était physiquement ou techniquement supérieur, lâchant deux points précieux mais accessibles contre Metz et à Montpellier. Ce rendez-vous avec les Azuréens, au même titre que celui face aux Lillois début février ou aux Parisiens exactement un mois plus tard, n'émargeait donc que dans la colonne des "bonus", de ces matches que l'on dispute l'esprit libéré et sans retenue après avoir assuré ses arrières au classement, pas de ceux qu'on aborde dans ses petits souliers et sans filet au-dessus du vide. Mais en ce moment et depuis bientôt 3 mois, c'est plutôt leur "malus" qui explose avec des impacts à répétition. Reste à espérer qu'ils aient une bonne assurance, et qu'elle les protège contre absolument toutes sortes de sinistres. Y compris les catastrophes naturelles et celles qui le sont moins...
Un Baysse en baisse...parmi d'autres, et Koscielny out pour le reste de la saison
Pourtant, cette fois-ci, on n'écrira pas que Bordeaux a majoritairement failli dans les comportements. Même si certains de ses élements se sont avérés soit sur la corde raide et visiblement au bout du rouleau, comme Baysse à qui il semble difficile de jeter la pierre au vu de son implication, soit transparents, comme Hwang, jamais servi dans de bonnes conditions ou Ben Arfa, qui n'est plus que l'ombre de lui-même, soit trop effacés comme Oudin ou encore Toma Basic, convoité à la fin de l'été dernier après 3 bons premiers matches et dont le club avait fixé le prix de vente éventuel (et mirifique) à 16 millions d'euros, rappelons-le...Les autres ont essayé, se sont accrochés pour tenter de retarder l'échéance. Et il leur a fallu s'atteler à la tâche d'entrée de match, puisque sans surprise, Monaco n'a pas mis longtemps à les prendre à la gorge et à camper dans leur moitié de terrain par un pressing très haut. Sur la première demi-heure, Bordeaux parvint rarement à enchaîner plus de 3 passes dans ses remontées de balle (58% de possession pour l'ASM), quand il n'usait et abusait pas des passes en retrait, par peur du contre. Deux d'entre elles, par Benito puis par Baysse, faillirent bien offrir aux monégasques des balles de but. Le premier corner visiteur arriva après moins de 120 secondes. Mais ce n'est qu'à la 14e minute que Costil eut à s'employer pour la première fois en repoussant du pied une frappe de Golovin, qui avait par son pressing poussé Baysse à la faute avant de s'appuyer sur Ben Yedder. Tchouameni rata ensuite le cadre sur une reprise sans contrôle (17e), après une action initiée par Caio Henrique qui allait d'ailleurs se promener toute la rencontre, constamment libre de ses mouvements sur son aile gauche. Dominé et privé de ballons en attaque, Bordeaux allait de surcroît jouer de malchance quand Laurent Koscielny, sur une action anodine face à Volland au milieu de terrain, s'effrondrait sur la pelouse, foudroyé par une vive douleur au tendon d'Achille gauche, laissant sa place à Mexer et son brassard à Costil (23e) (Dernière minute : L'IRM passée ce lundi 19 avril par le capitaine bordelais a révélé une fissure du tendon calcanéen gauche, sa saison est terminée, mais pas de rupture, un moindre mal donc). Mais c'est une action collective limpide qui allait permettre à l'ASM de concrétiser sa domination quand Badiashile depuis la médiane lançait Ben Yedder dans l'axe. La déviation de l'extérieur du pied gauche du meilleur buteur actuel de l'AS Monaco mettait Volland sur orbite, qui enrhumait Baysse d'un crochet du gauche avant d'ajuster Costil du droit (0-1, 29e) et de signer son 15e but de la saison. Si Monaco continuait d'accumuler les corners, le premier du côté bordelais intervenait à la 38e minute sur un centre au cordeau d'Oudin de la gauche, que Maripan était à deux doigts de catapulter dans ses propres filets, offrant du même coup aux Girondins, sans le moindre tir cadré, leur seule velléité sérieuse du premier acte.
28 buts en 13 matches
A 1-0 pourtant à la pause, il était encore permis de rêver (un peu) pour les Girondins, acculés comme un boxeur dans les cordes, mais toujours debout. Hélas, leur reprise fut catastrophique comme trop souvent. 1 minute et 50 secondes ne s'étaient pas écoulées que Tchouameni lançait Gelson Martins parti dans le dos d'une défense montée à contretemps et peut-être influencée par le retour de position de hors-jeu de Ben Yedder, pas très loin du ballon joué par Tchouameni. Le portugais, couvert par Baysse, semait Benito et s'en allait seul exécuter Costil comme à la foire (0-2, 47e). Dès cet instant, l'issue des débats ne faisait plus aucun doute. Il est dommage que par aveu d'impuissance, les Girondins aient alors commis pléthore de fautes inutiles en milieu de terrain, assorties d'autant de cartons jaunes (Lacoux, Zerkane et Seri moins de 2 minutes après son entrée en jeu) ou même rouge, car le jeune milieu de terrain bordelais en fut réduit à commettre une nouvelle faute après un ballon traînant trop longtemps dans la surface que ses partenaires auraient dû dégager depuis longtemps, bien que la sanction de M.Letexier ait paru très sévère en l'occurrence (78e). Entretemps, Monaco avait quelque peu desserré son emprise, et Bordeaux avait mis enfin le nez à la fenêtre par De Préville, dont la frappe en pivot à la réception d'un centre de Benito avait trouvé Lecomte à la parade pour l'unique arrêt du match du portier monégasque (65e). L'ex-Rémois, courageux mais maudit, voyait ensuite sa reprise en taclant heurter le poteau droit du gardien visiteur, battu cette fois, toujours à la réception d'un centre de Benito, qui fut pour son 50e match sous le maillot Marine et Blanc le défenseur girondin le plus en vue (77e). Mais il était écrit que rien ne sourirait à Bordeaux, comme c'est le cas depuis longtemps, ce que Jean-Louis Gasset appelle "les ondes négatives". Sur l'action suivante, c'est donc Lacoux qui était expulsé et qui sera absent à Lorient. Puis la défaite prenait des allures de gifle peu avant le temps additionnel et le coaching de Niko Kovac faisait merveille lorsque Caio Henrique, encore lui, centrait pour le remplaçant Diop qui remisait sur son compère entré en jeu en même temps que lui, Stefan Jovetic, libre de tout marquage, dont la tête décroisée à bout portant laissait encore Costil impuissant (0-3, 89e). Fin du récital endiablé et 28e but encaissé par Bordeaux sur ses 13 derniers matches, Coupe incluse, un ratio à faire pâlir de jalousie Dijon, le dernier de la classe...et qui a pris ces proportions alarmantes à partir du jour où Pablo a été transféré, la blessure de son compatriote Otavio 4 jours plus tard accentuant la cassure, au début de la phase Retour.
L'erreur majeure
Jusqu'alors, Bordeaux tenait encore le coup derrière, c'était même pour ainsi dire sa seule force, avec quelques éclairs de Ben Arfa, qui était encore à ce moment-là le facteur X, assez pour offrir à son équipe quelques points par ses buts ou ses passes (Rennes, Paris, Brest ou Strasbourg à l'aller...). Cette relative solidité qui lui valut durant 20 matches de ne jamais perdre en ayant ouvert le score et de signer 11 clean-sheets aurait sans doute suffi à le classer finalement en milieu de tableau comme prévu, avec une ossature en l'état et même en l'absence d'Otavio, que Baysse, par exemple, aurait peut-être pu remplacer à ce poste (qu'il a déjà occupé par le passé, où la vitesse est moins indispensable qu'en défense centrale) s'il n'avait pas dû être assigné - par nécessité - à son poste d'origine, Pablo parti. Le soir même du transfert du Brésilien à Moscou, nous avions parlé, dans notre magazine hebdomadaire du jeudi 14 janvier "Top Marine et Blanc", d'un véritable suicide sportif, que Jean-Louis Gasset a certainement subi plus que souhaité, et qui a fini d'ébranler pour de bon le kaléidoscope qu'il tentait de bâtir jusqu'alors, avec des joueurs particulièrement peu complémentaires. Dans le frêle château de cartes girondins qui vacillait, Pablo était certainement l'atout à ne surtout pas retirer. Nous continuons de penser la même chose 3 mois plus tard, alors que Bordeaux, depuis son départ, n'a plus terminé un seul match sans encaisser de but, sauf contre neuf Marseillais moribonds le 14 février, et n'a plus aucune consistance dans le secteur aérien, en particulier sur les coups de pied arrêtés. La blessure de Koscielny, qui écartera le capitaine bordelais des terrains un bon moment et dont Bordeaux n'avait nul besoin par les temps qui courent, souligne encore plus l'erreur stratégique commise par le club, sachant que Paul Baysse, exemplaire mais en difficulté depuis plusieurs matches (depuis celui face à Metz surtout) aurait visiblement besoin de souffler un match ou deux, mais qu'il va sans doute falloir faire du bricolage ou de l'inédit pour terminer le présent exercice, en l'associant à Mexer. Deux joueurs dont le club a tout fait pour se séparer il y a peu encore et qui étaient au placard, le premier nommé jusqu'en août dernier, le second jusqu'en fin d'année dernière...Mais la direction a préféré privilégier l'aspect financier plutôt que le sportif et faire l'effort du salaire 6 mois de plus pour le Brésilien, qui, à ce qu'on voyait sur le terrain, ne le volait tout de même pas, il nous semble... Aujourd'hui, qui dit que l'économie réalisée grâce à son transfert pour une poignée de cacahuètes (2,5M€), grain de sable dans le déficit abyssal du club, compensera le manque à gagner auquel Bordeaux devra faire face sur son classement final (King Street avait budgeté une 10e place, mais pas une 16e ou une 17e place), quand bien même il sauverait sa tête en Ligue 1 ?
De la chance dans son malheur...mais pour quel avenir ?
Ce qui arrivera peut-être, en fin de compte, puisque si les mauvaises ondes le poursuivent effectivement au cours de ses matches où il tire presque chaque dimanche au moins une fois sur les poteaux, en revanche, il continue d'avoir beaucoup de chance dans la lutte à distance avec ses concurrents directs, qui rivalisent de médiocrité et multiplient les occasions ratées. Lorient a mené longtemps à Marseille samedi soir mais a perdu à l'ultime seconde (3-2). Et Nîmes, à 11 contre 10 pendant une mi-temps, s'est montré incapable de conserver son avance face à Strasbourg (1-1) après avoir déjà raté le coche contre St Etienne...La situation aurait pu être plus intenable encore au classement si l'un et l'autre avaient gagné. Même en cas de nouvel accroc au Moustoir ce 25 avril, Bordeaux restera donc seul seizième. Mais dans ce jeu périlleux du "moins mauvais relégable", ce statu quo en trompe-l'oeil ne doit pas être un paravent, car c'est peut-être la journée suivante, face à Rennes, invaincu depuis que Genesio en a pris les commandes, qu'il pourrait alors payer l'addition de ces tournants manqués et basculer dans la "fatal zone". D'où ce stage de mise au vert - une première cette saison - à Ploemeur où le groupe partira dès ce jeudi après-midi, histoire de s'aérer les méninges et de se ressourcer avec l'air du large, pour le premier volet du triptyque breton qui va décider de l'avenir sportif des Girondins. A Lorient, la situation pour eux "sera la même qu'avant le match à Dijon", rappelle Jean-Louis Gasset (à ceci près que l'avance sur le 18e est passée de 8 à 5 points entretemps). Et il serait hautement préférable que le dénouement le soit aussi. Pour pouvoir enfin disposer d'un peu de visibilité et de certitudes (?) à moyen terme, si tant est que la saison prochaine, même si elle se passe en Ligue 1 quel que soit le propriétaire, débouche sur autre chose que sur le prolongement - en pire - de celle-ci.
Au micro de Christophe Monzie qui commentait cette rencontre en direct intégral du Matmut Atlantique aux côtés de Michel Le Blayo, écoutez les 3 réactions d'après-match. Comme à St Etienne, pas de joueur bordelais présent en conférence de presse.
Réaction de Kevin VOLLAND, (en photo) l'attaquant allemand de l'AS Monaco, auteur du 1er but du match (son 15e de la saison) à la 29e minute.
Réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du FC Girondins de Bordeaux.