
01 mai 2021
[Par Christophe Monzie]
Après une semaine tout juste un peu plus calme que les précédentes (blessure de Koscielny contre Monaco, puis retrait de King Street 5 jours plus tard), les Girondins abordent le second volet de leur triptyque breton en recevant un Stade Rennais qui marche à plein régime (5 victoires et un nul, invaincu depuis l'arrivée de son nouveau coach Bruno Genesio), rêve encore d'Europa League après son carton infligé dernièrement à Dijon (5-1) et qui sera presque au complet pour ce déplacement au Matmut.
Chaque chose en son temps
Si l'on ne s'en remettait qu'au bulletin de santé actuel des deux équipes, on avouerait tout de go qu'il ne devrait pas y avoir photo, pas plus qu'avant la réception de Monaco...Autrement dit, tout autre résultat que la nouvelle rossée qui se profile sera donc très bon à prendre pour les Girondins, vital même, et quelle que soit la manière, car il y a belle lurette que la fin peut justifier tous les moyens et que l'heure n'est plus à faire la fine bouche. Il s'agit juste de ramener le bateau au port, quand bien même ce serait à la rame. Beaucoup, notamment les supporters mais aussi les salariés du club que le président Longuépée a rencontrés et tenté de rassurer ce jeudi, appellent de tous leurs voeux cette fameuse victoire qui manque à Bordeaux pour assurer son maintien, si tant est qu'il sache encore gagner ailleurs que chez la lanterne rouge. On en oublierait presque que 3 fois un point conduiraient au même salut... Une propension à partager les points, que l'on a pu trouver lassante à une époque chez les Girondins (en début de saison notamment), mais qu'on accueillerait aujourd'hui comme une bénédiction, secteur dans lequel ils ont particulièrement peu brillé jusqu'ici (6 scores nuls, seuls Monaco et le PSG en ont réalisé moins, mais aucun de leurs adversaires directs dans la course au maintien, rompus sans doute bien mieux qu'eux à l'art de ne pas perdre, à défaut de gagner). Car malgré la tourmente, les repreneurs ne chôment pas en coulisses et la ferveur populaire à l'égard d'un monument du foot français jamais aussi près du gouffre depuis 60 ans (sauf en mai 1978 où Bordeaux se sauva pour un point, après avoir perdu dès début octobre l'une de ses pièces maîtresses, l'international suisse Daniel Jeandupeux - étrange similitude avec aujourd'hui...- et dû confier alors le sort de l'équipe aux seuls éclairs d'Alain Giresse) n'a toujours pas faibli malgré la Bérézina lorientaise. Mais il est clair désormais que la patience et l'indulgence des supporters et sympathisants ont aussi leurs limites, après 12 défaites en 14 matches, et que les premiers à faire le travail et assurer la place du club en Ligue 1 doivent être les joueurs, avant que de bonnes âmes veuillent bien se pencher sur le chevet du grand malade. Chaque chose en son temps, mais il n'est plus l'heure de faillir ni de se dérober. Ensuite, et seulement ensuite, il sera temps, pour ceux qui le souhaitent, de prendre leur téléphone, et d'appeler leur agent, comme cela se produisit dès l'arrivée à Ploemeur, dans un stage de mise au vert qui, au départ, n'avait pas vraiment cette vocation...
Ne pas lâcher les ren(n)es
Certes, à leur décharge, force est de constater que le groupe n'est pas verni cette année, entre les tirs sur le poteau, les décisions arbitrales parfois iniques (on pense moins cette saison à des penalties sévères ou imaginaires - même s'il y en eut deux à St Etienne et un à Lens - qu'à des expulsions peu justifiées, comme celles de Zerkane contre Nantes, Baysse à Lens, Benito à Nîmes ou dernièrement Lacoux contre Monaco), et surtout ces deux blessures similaires ayant frappé deux joueurs cadres (Otavio puis Koscielny, touchés tous deux au tendon d'Achille et donc indisponibles pour longtemps) qui ont réduit en cendres l'épine dorsale d'un groupe déjà fragilisé par la vente suicidaire de Pablo. C'était l'axe fort de Bordeaux sur les matches aller, celui qui lui permettait souvent de tenir à l'extérieur quand la chance voulait qu'il ait su exploiter ses quelques velléités offensives, comme il le fit justement à Rennes ce 20 novembre (1-0), résistant pendant plus de 50 minutes après que Ben Arfa, qui était encore le Monsieur Plus à cette époque jusqu'à cette blessure à la trêve hivernale qui le transforma totalement, eut inscrit son premier but bordelais. "Une tuile arrive, puis une autre, et à la fin, c'est tout le toît qui vous tombe dessus", rappelle avec truculence Jean-Louis Gasset. Pas faux. Mais l'heure n'est plus à regarder dans le rétroviseur ni même au-dessus de sa tête, car ce n'est pas la nostalgie de ces quelques matches gagnés aux forceps avec une hargne qui nous avait bien plu (il y eut aussi Strasbourg dans le même registre, voire Angers en tout début de saison) qui aidera à chasser le syndrome d'aujourd'hui. Bordeaux doit tout simplement hausser - et très vite - son niveau de jeu pour le remettre au minimum exigible de la Ligue 1, qu'il a perdu depuis déjà quelques lustres, en particulier dans l'entrejeu et sur les corners, où on lui a trop souvent vu afficher la naïveté d'une équipe de National, à St Etienne, Nîmes ou Lorient dernièrement. Le divorce avec la direction du club et l'avenir incertain ne peuvent en aucun cas être une excuse pour des professionnels qu'on veut croire responsables dont les salaires - plus que confortables, même s'il existe des disparités importantes qui ne simplifient pas la vie du vestiaire - seront garantis et sans perte jusqu'à la fin du présent exercice, jusqu'à preuve du contraire. D'autant que l'effondrement actuel a commencé bien avant le séisme de jeudi dernier avec le retrait de King Street, même si la rumeur bruissait depuis pas mal de temps déjà. C'est à Brest dès le 7 février (2-1) que Bordeaux est tombé pour la première fois très en-dessous de la ligne de flottaison, et pour d'autres raisons que celles d'aujourd'hui. Jusqu'alors, il n'y avait pas péril en la demeure, ni dans les résultats - en dents de scie -, ni dans les comportements.
A moins que...
Or, c'est justement cela - les comportements, autrement dit l'implication - que l'on observera contre les Rennais ce dimanche au moment de l'apéritif (coup d'envoi 13h), à un horaire censé contenter les lointains téléspectateurs asiatiques friands de foot français...Il serait dommage de les décevoir par un nouvel hara-kiri. Peu importe que Rennes brille de mille feux, qu'il n'ait plus perdu à Bordeaux (4-0) depuis le 31 janvier 2016 (2 nuls et une victoire depuis lors) ou que François Pinault, propriétaire du club breton, ait dernièrement appelé au soutien par ses pairs du club au scapulaire et manifesté sincèrement son empathie pour la cause girondine...mais pas au point de lâcher ce match dimanche, trop important dans la course à l'Europa League pour les Rouge et Noir. De la façon dont Bordeaux négociera cette avant-dernière réception de la saison dépendront en grande partie ses chances de ne pas lâcher dans le derby de l'Atlantique six jours plus tard, qui sera bel et bien décisif. On le voyait arriver depuis un mois, gros comme une maison. Car on serait surpris que les Canaris - qui joueront...après Bordeaux ce dimanche - rentrent bredouilles de leur derby breton à Brest, qui n'a plus rien à craindre ni à espérer. A moins que...A moins qu'un succès de Bordeaux deux heures plus tôt, les reléguant alors à 8 points, ne leur coupe les ailes et l'enthousiasme (même si le programme des Canaris, qui iront ensuite à Dijon et recevront un Montpellier sans doute démobilisé, n'est pas le plus compliqué des équipes luttant pour le maintien). Mais les Girondins auront eux aussi 6 autres points à prendre. Parfois, les aléas et la longueur d'un championnat font que ce n'est pas forcément sur le terrain face au rival direct, mais par matches interposés, que l'on sauve ou pas un monument et une histoire. A eux de savoir utiliser leur dernier joker ce dimanche et de désamorcer l'angoisse d'un derby de l'Atlantique qui, dans le cas contraire, s'annoncera insoutenable le 8 mai à La Beaujoire. Au-delà de cette limite, leur ticket ne sera plus valable et leur sort ne dépendra plus d'eux.
Mathématiques et méthode Coué
Et appliquer la méthode Coué en s'abritant derrière les chiffres de la L1 ne reviendrait qu'à se bercer de douces illusions, qu'on en juge : depuis le retour d'une poule à 20 clubs il y a 18 ans en 2002-2003, une seule fois 36 points ont suffi pour éviter le couperet de la descente directe, ou du barrage (18e place) instauré en août 2016. C'était pour l'AS Monaco il y a juste deux ans, en mai 2019, un chiffre qui confirme la baisse récente du niveau de la Ligue 1, trois cancres ayant marqué encore moins de points qu'elle... Caen et Dijon, ex-aequo, se sont sauvés en 2017 avec 37 points, Lorient juste derrière eux avec 36 n'a pas survécu au barrage contre le 3e de Ligue 2. L'année suivante en 2018, Toulouse, 37 points également, est sorti vainqueur de son barrage contre Ajaccio, lui. Un peu plus loin dans le temps, Troyes ou Lorient ont accroché la 17e place et survécu avec 39 points, à l'instar d'Ajaccio (en 2003) et Bastia (en 2004). St Etienne s'est sauvé deux fois avec 40 points en héritant de cette angoissante 17e place, imité quelques saisons plus tard par Ajaccio et Toulouse. A contrario, le record de points marqués pour une relégation appartient aussi à...l'AS Monaco, qui en 2011 a trouvé le moyen de descendre avec 44 points et seulement 12 défaites dans la saison ! En clair, si par malheur les Girondins venaient à faire chou blanc sur les 4 derniers matches, ils n'auraient qu'une chance infime d'éviter à minima le barrage de maintien...Une chance qui passe tous les 18 ans, presque aussi rarement que la comète de Halley...
De Préville toujours out
Pour cette rencontre, Koscielny, Otavio, Jovanovic, le jeune Loïc Bessilé et De Préville, blessés, manqueront à l'appel. Jean-Michael Seri, lui, sera suspendu pour accumulation de cartons jaunes. A Rennes, Bruno Genesio, on l'a dit, pourra compter sur presque tout son monde, excepté son latéral gauche Adrien Truffert légèrement touché à l'adducteur après le match contre Dijon. Le gardien Alfred Gomis est quant à lui incertain, ayant ressenti une douleur au genou à l'entraînement des Rennais ce vendredi à la Piverdière. Il pourrait être remplacé par Romain Salin, qui n'a plus joué en Ligue 1 depuis le 24 janvier face à Lille (0-1).
Ecoutez la réaction de Jean-Louis GASSET, l'entraîneur du Football Club des Girondins de Bordeaux au micro de Christophe Monzie.
Ecoutez également la réaction de l'attaquant sud-coréen des Girondins Hwang Ui-Jo meilleur buteur actuel du club (10 buts).
Réaction de Bruno GENESIO, l'entraîneur du Stade Rennais FC.